Tu crois qu’ils vont sauver le climat ?

Charlie Hebdo – 15/11/2017 – Fabrice Nicolino –
C’est désespérément drôle. pour la 23ème fois – d’où son nom de COP23 -, les « experts » du climat se sont réunis, cette fois à Bonn. En s’en tenant au faits, on comprend que rien de vrai n’a été tenté. Pire : malgré ce qu’elle prétend, la France émet plus de gaz à effet de serre qu’il y a vingt ans. 

Ouf, le 17, ce sera terminé. Quoi ? Ben, la COP23, ce truc sur le climat réuni à Bonn en Allemagne. Comme chaque année, des bureaucrates internationaux, des techniciens de la chose, des militants appointés d’associations diverses, des journalistes, viennent jouer leur rôle sur la scène. Ce qui les relie au-delà des divergences, c’est l’euphorie d’appartenir au monde envié des spécialistes.
Je lis à peine les nouvelles au jour le jour, car je sais trop bien ce qu’elles dissimulent si mal. permettez-moi une larme sue un mien article publié en novembre 1999dans Politis, dont voici un extrait : « Il devient chaque jour plus manifeste que notre système politique usuel ne permet pas d’affronter les menaces globales qui pèsent sur les grands équilibres naturels. En témoigne de façon caricaturale la conférence de Bonn [à Bonn, déjà !] sur le changement climatique. A l’heure où cette chronique est écrite, elle est loin d’être terminée, mais on peut déjà en parler sans grand risque d’être démenti. Les États-Unis et l’Europe s’y opposent dans un pesant jeu de ruse médiatique et de faux-semblants. A main gauche, les Américains, qui refusent toute mesure contraignante, notamment contre la saint-bagnole et entendent tout régler par le marché, la Bourse, l’argent. A main droite, une Union européenne qui profite de cet épouvantail pour nous faire croire qu’elle au moins est décidée à tenir les engagements pris à Kyoto voici deux ans, soit une diminution de 8 % des émissions de gaz à effet de serre en 2010, par rapport à 1990. » A près de vingt ans de distance, avouons que la farce, même sinistre, à des à-côtés rigolos. 
Retenons seulement deux faits. En premier, le PNUE – Programme des Nations-Unies pour le développement -, qui est loin d’être un critique de ce monde, a noté « un écart catastrophique » entre les tirades et les engagements de la COP21 en 2015 – souvenez-vous, Paris, Fabius et l’embrassade – et les résultats réels. L’objectif de limiter la casse climatique, nonobstant les catastrophes déjà en cours, est d’ores et déjà perdu. Sauf sursaut de nature historique. 
Le second dit une partie de la vérité sur l’Union européenne, et singulièrement la France. Trump est un bouc émissaire parfait, un poil trop parfait. Les experts autoproclamés véhiculent désormais une thèse fort commode. L’Europe serait vertueuse, sincèrement décidée à agir, mais les Américains, irresponsables, gâcheraient la mobilisation planétaire. Eh bien, pipeau.
L’Amérique de Trump est bien un désastre, mais l’Union européenne s’abrite derrière une fiction totale : elle aurait, depuis le protocole de Kyoto, signé en 1997, régulièrement diminué ses émissions de gaz à effet de serre. Tout au contraire, elles ont augmenté grâce à un tour de passe-passe digne de la maternelle. en une quarantaine d’années, la France – et c’est vrai un peu partout en Europe – a largué ses industries tout là-bas, où l’on peut brûler le poumon du prolétaire sans risque. Et du coup, ses statistiques sont chaque année meilleures. Mais si l’on considère non plus la production, mais la consommation, alors le tableau s’éclaire d’un jour moins ensoleillé.
Les émissions liées aux cotonnades et joujoux massivement importés sont françaises. Pas bangladaises, pas chinoises, pas vietnamiennes. Comme l’établit avec une grande clarté un document signé Aurélien Havel et Laura Barbier, la comptabilité des émissions favorise outrageusement le Nord importateur et dissuade les pays exportateurs du Sud de réduire la voilure, car les biens qu’ils nous envoient par containers sont essentiels à leur économie.
Mais au fait, si nous ne forçons pas nos misérables forces politiques à agir, ne serait-ce pas, amis consommateurs d’iPhone, de bagnoles, d’ordinateurs, de voyages bronze-cul à Saint-Domingue, parce que nous ne voulons rien lâcher de nos merdes à nous ? Épitaphe de notre belle époque : « Plutôt crever que de ne plus pouvoir téléphone depuis les chiottes ».
Visite guidée du grand nuage brun
Eh oui, c’était la semaine passée, mais certaines nouvelles sont plus coriaces que d’autres. Or donc, Trump est allé en Chine, où ces renards du parti communiste local lui ont offert sur un plateau d’argent 250 millions de dollars de contrats. Oui, on l’a assez dit, c’est énorme, et nul doute que Macron-Le Maire-Darmani rêveraient d’en avoir le dixième. 
C’est le moment d’évoquer ce qu’on appelle en Amérique justement, the Asian Brown Cloud, ou « nuage brun d’Asie (1) ». Comme il y a dans les océans des continents entiers de matières plastiques indestructibles, il y a des continents volatils dans les airs, surchargés de poussières toxiques. Pendant cinq mois de l’année, un nuage d’environ 3 kilomètres d’épaisseur, de la taille des États-Unis – tiens donc – recouvre l’Inde et une grande part de l’Asie du Sud, du Sud-Est et de la  Chine.
Est-ce grave, docteur ? Follement, car non content d’encrasser le cœur, le cerveau et les poumons des humains – ne parlons pas des autres organismes vivants -, ce nuage empoisonné chamboule le régime des pluies et la photosynthèse en empêchant le soleil de remplir ses bons offices. Faut-il insister sur les conséquences agricoles et alimentaires d’un tel bouleversement ? 
Y-a-t-il une issue ? Changeons de sujet et constatons l’évidence : la combustion des 250 milliards de dollars du Trump ira tôt ou tard rejoindre le grand nuage de la mort. La bonne nouvelle est qu’une partie de ceux-ci est porté par les vents jusqu’aux terrains de golf des Amériques.

(1) Une étude internationale a lancé l’alarme en 2002, sans provoquer la moindre réaction. En anglais : iisc.ernet.in/currsci/oct252002/947pdf

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