Société : les gardeurs et les jeteurs

Charlie Hebdo – 15/11/2017 – Marie darrieussecq –
L’humanité se divise en deux : les gardeurs et les jeteurs. La devise des gardeurs : « Çà peut toujours servir. » La devise des jeteurs : « Çà fera de la place. »
Êtes-vous du genre à garder le moindre brimborion, et à stocker tout en double de peur de manquer ? Au contraire, jetez-vous jusqu’aux dessins de vos enfants, et la moindre de vos chaussettes dès qu’elle ne trouve plus sa paire ? Quand ma grand-mère est porte, on a trouvé chez elle cinquante rouleaux de papier Cellophane… Marguerite Duras, elle, considérait qu’elle n’avait plus d’huile quand elle entamait la bouteille de rechange. La Vie matérielle est un chef d’œuvre plutôt méconnu de Duras, en revanche, Marie Kondo a vendu 2,5 millions d’exemplaires de son guide pratique La Magie du rangement. Marie Kono est cette Japonaise qui préconise de rouler ses chaussettes à la verticale pour gagner de la place. Et ça marche. Je l’ai lu, son bouquin. Elle recommande avec humour de le jeter après usage.
« Votre nouvelle vie commence après avoir fait du tri. » Pour ranger, dit Marie Kondo, il faut d’abord réduire le nombre des objets. elle s’adresse en priorité à ses compatriotes nippons : appartements minuscules et stockage en hauteur interdit à causes tremblements de terre. Elle a ensuite élargi sa méthode au monde occidental, disons au monde de la consommation globale.  Il est clair qu’elle ne s’adresse pas à cette partie du monde pour que le confort matériel consiste en une paire de tongs, une natte ou dormir, un balai et une marmite. Je me souviens qu’un des critères de la richesse, quand j’étais enfant, était de posséder deux paires de chaussures, une pour l’été et une pour l’hiver. Marie Kondo ne semble pas non plus vivre dans un monde où revendre sur eBay peut constituer une source de revenus, et elle ne se soucie guère de recyclage : elle jette tout à la benne. Son unité de mesure est le sac poubelle de 45 litres et sa méthode commence par en jeter, pour commencer, « 20 à 30 par personne« . sot environ deux tiers de la totalité des objets que vous possédez.

Le bazar des autres
Commencez par faire un monticule de tous vos vêtements, sans oublier le vieux blouson pendu à la patère, la casquette laissée dans un coin, les sacs à main racornis sous le lit, les bottes au garage, etc. La tas fera facilement votre hauteur et beaucoup plus que votre volume. Marie Kondo estime que nous possédons tous en moyenne cent soixante « hauts » : tee-shirts, chemises ou pulls. Devenue conseillère en rangement, elle dit s’occuper des gens ayant fréquemment accumulé plus de deux mille vêtements…
Prenez chacun de vos vêtements dans vos mains. Un par un. Et posez-vous la question : « Me donne-t-il de la joie ? » C’est l’unique critère de la méthode Kondo. Tous les objets y sont classés en cinq catégories : vêtements, livres, papiers, bazar et « trucs électriques », et enfin souvenir à valeur sentimentale. Vous devez tout passer au critère de la joie. ma table à repasser ne m’ayant jamais donné aucune joie, je l’ai jetée depuis longtemps. Mais les livres ? Marie Kondo estime qu’une trentaine de livres suffisent; elle fait exception pour les écrivains ou lecteurs professionnels, qui peuvent aller jusqu’à deux cent. J’ai environ trois mille livres. Je « désherbe » régulièrement, mais je rachète aussi souvent. C’est insoluble, mais ce mouvement me donne de la joie.
Le meilleur de sa méthode, c’est qu’elle jette le bazar des autres. Je suis une jeteuse qui vit parmi ces gardeurs, je connais le problème. Régulièrement, je fais une razzia en douce. Tous ces objets morts, immobiles, dans un coin : zou. De la place. De l’air. Du vent. Marie Kondo dit qu’il faut nier – comme pour l’adultère : toujours nier. Tu n’as pas vu mon écharpe ? Non. Tu n’as pas vu le pull tricoté par ma grand-mère avec la dernière pelote de laine disponible pendant la guerre et qu’elle m’a légué sur son lit de mort ? Non. Si vous avez un doute, enfermez les objets dans un carton. Si au bout de six mois, personne ne les réclame, jetez sans hésiter. Dans l’immense majorité des cas, le gardeur ne s’aperçoit pas de l’absence de la chose gardée.
Les objets encombrent notre planète, nos océans, l’estomac des tortues, l’air même que nous respirons où ils stagnent, carbonisés. Le fait de les jeter ne résout certes rien si on continue à les produire en masse. mais quand on a goûté à la joie de s’en délivrer, dans l’espace libéré, on hésite à racheter. c’est le début de la sagesse.
Paru le 19 mai 2016 – Pocket – 6,95 €
Avis à tous ceux qui se complaisent dans leur désordre… Marie Kondo nous démontre que nous vivons dans dans le faux avec La Magie du rangement. Un livre qui s’est vendu comme des petits pains à travers le monde. Avec sa méthode révolutionnaire, l’auteure nous aide à nous débarrasser de tout ce qui nous encombre physiquement et qui s’avère finalement un poids pour la tête également. On dit que certains lecteurs ont radicalement changé de vie suite à ces conseils. On ira peut-être pas jusque là, mais cette lecture est fort maline.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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