Santé & Bien-être Mutuelles : Quelle prise en charge des médecines alternatives ?

INREES – 20/11/2017 – 
Depuis une dizaine d’années, de plus en plus de personnes font confiance aux médecines dites « douces » ou « alternatives ». Mais face à des pratiques souvent onéreuses et rarement prises en charges, les institutions tardent à emboiter le pas.
Comment s’y retrouver, et être remboursé au mieux ?
Acuponcture, magnétisme, iridologie… Depuis quelques années, ces pratiques dont le nom juridique officiel est « médecines non conventionnelles » suscitent l’intérêt grandissant des français : plus de 4 personnes sur 10 font appel à ces méthodes, que l’OMS dénombre à plus de quatre cent. Pourtant, malgré cet engouement pour une prise en charge plus naturelle de notre santé, les institutions ont peine à suivre. D’une pratique à l’autre, l’encadrement, la reconnaissance légale et la prise en charge varient… Et il est bien difficile d’y voir clair !
Découvrez nos deux tableaux réunissant toutes les mutuelles conseillées, en bas du sujet !
La France en retard
Il faut d’abord savoir que ces pratiques sont classifiées en quatre catégories par l’ordre des médecins : les thérapies biologiques (phytothérapie, aromathérapie…), les thérapies manuelles (osthéopathie, chiropractie…), les approches corps-esprit (hypnose, méditation, sophrologie…), et les systèmes complets (acuponcture, homéopathie…).
Cependant, seuls les titres d’ostéopathe et de chiropracteurs sont légalisés aujourd’hui. Maître Isabelle Robard, avocat, docteur en droit, et spécialisée en droit de la santé explique que « Notre réglementation sur l’exercice illégal de la médecine est très ancienne puisqu’elle remonte à 200 ans. Donc de ce fait potentiellement, tout praticien peut se trouver confronté à une poursuite. »
Alors que la sécurité sociale rembourse de moins en moins, les mutuelles prennent le relais
Pendant qu’en Espagne ouvre le premier hôpital européen spécialisé en médecine chinoise, qu’en Allemagne les Heilpratikers (naturothérapeutes) travaillent en équipe avec les médecins et sont remboursés ; en France, l’État se met avec lenteur et précaution au diapason. L’avocat ajoute qu’« on a du retard lorsqu’on se réfère au droit comparé par rapport au Portugal ou à l’Allemagne, par exemple. Le Portugal a beaucoup d’avance, j’ai travaillé avec les pouvoirs publics et cela a débouché sur une loi qui a permis de légaliser les naturopathes, les praticiens en acuponcture, en médecine chinoise, en shiatsu etc. » Pourtant même l’OMS, dans un rapport portant sur sa stratégie pour la médecine traditionnelle pour les années 2014-2023, reconnaît leur efficacité « les médecines traditionnelles dont la qualité, la sécurité et l’efficacité sont avérées, participent à la réalisation de l’objectif de donner à tous un accès aux soins » peut-on y lire.
Il a fallu attendre 2013 pour que l’Académie de médecine reconnaisse à demi-mot l’utilité de l’ostéopathie, de la chiropractie et du tai-chi. Comme indiqué sur son site : « l’acupuncture, la médecine manuelle-ostéopathie et l’hypnose (thérapies les plus pratiquées dans les hôpitaux de Paris) ne font preuve d’utilité que dans un nombre restreint de situations : lombalgies, cervicalgies, certaines céphalées (…). De même le tai-chi paraît efficace pour la prévention des chutes et l’amélioration de l’équilibre chez les personnes âgées. » Une petite révolution.
Le secteur privé aide davantage
Il faut toutefois savoir que reconnaissance ne signifie pas forcément remboursement. À l’heure actuelle, aucune médecine non conventionnelle, qu’elle soit pratiquée par un médecin ou non – n’est prise en charge en tant que telle par l’assurance maladie. Toutefois, dans la réalité il en est souvent autrement. Certains médecins conventionnés, qualifiés en acuponcture, en ostéopathie ou en réflexologie par exemple – pratiquent ces thérapies sous couvert d’une séance de médecine générale. Maître Robard précise : « On a deux systèmes : ceux qui sont exclus du système de santé et qui ne peuvent donner lieu à aucun remboursement de la sécurité sociale, et de l’autre le docteur en médecine qui dans le cadre de sa consultation va globaliser l’ostéopathie, par exemple. ».
Plusieurs services hospitaliers ouvrent leurs portes à la pratique de l’acupuncture
Face à la lenteur du secteur public, et si la solution venait du privé ? Des complémentaires santé proposent désormais des forfaits « médecine douce », que l’on peut souscrire en plus de sa mutuelle. Il est aussi possible de passer par une mutuelle, qui alors propose un forfait global incluant les pratiques « classiques » (dentiste, généraliste etc.) et un certain nombre de pratiques « parallèles » : réflexologie, naturopathie, sophrologie… (voir tableau comparatif), pour des tarifs variant de 11 euros à plus de 60 euros par mois. Si la naturopathie, l’acuponcture, la réflexologie, ou l’ostéopathie sont très fréquemment prises en charge, depuis quelques temps des établissements s’ouvrent à des pratiques moins « mainstream » : séances d’énergétique, EMDR…
Pour Isabelle Robard, ce sont les mutuelles et complémentaires santé qui entraineront les changements nécessaires : « D’après moi l’évolution va se faire en deux temps : d’abord il faut qu’on arrive à considérer qu’il n’y a pas qu’une forme de médecine, la médecine allopathique. Ensuite, la France est classée 22è mondial sur le plan économique, et c’est parce que notre pays aura de moins en moins de force financière, que les médecines non conventionnelles auront le plus de chance d’être légalisées. En effet, on va demander à chacun de se prendre en main, d’être plus autonome sur leur santé. Alors que la sécurité sociale rembourse de moins en moins, les mutuelles prennent le relai. J’ai une grande confiance dans le système privé qui commence à combler les lacunes de l’Etat français ».
Médecines alternatives à l’hôpital
Ces pratiques, non reconnues, sont pourtant de plus en plus utilisées à l’hôpital. Une enquête de 2012 de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris réalisée auprès de CHU dans la France entière a permis de recenser plus de 15 pratiques de médecines complémentaires : EMDR, musicothérapie, art-thérapie, aromathérapie, auriculothérapie, balnéothérapie, électrothérapie (TENS), homéopathie, luminothérapie, mésothérapie, naturopathie, olfactothérapie, qi-gong, sophrologie, réflexologie plantaire, shiatsu, yoga, tai-chi. De plus en plus d’hôpitaux cheminent vers une médecine intégrative : c’est à dire qui associe allopathie et médecines complémentaires. En 2015, 6 115 médecins français ont déclaré un titre ou une orientation de médecine complémentaire et un sur cinq exerce à l’hôpital.
Le Dr Christophe André a fait office de pionnier en introduisant la méditation à l’hôpital, en 2004, au centre hospitalo-universitaire Sainte-Anne (Paris). Depuis 2011, l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris) accueille un centre de médecine chinoise, avec notamment la pratique du qi gong, ou encore le shiatsu en pédopsychiatrie. Plusieurs services hospitaliers ouvrent aussi leurs portes à la pratique de l’acupuncture. Les universités de Montpellier et Strasbourg ont mis en place un diplôme interuniversitaire d’acupuncture en obstétrique réservé aux sages-femmes.
De plus en plus d’hôpitaux cheminent vers une médecine intégrative
Au CHU de Strasbourg, 12 sages-femmes assurent 6000 consultations par an, pour rendre les contractions plus efficaces, accélérer la dilation du col, aider le bébé à se retourner, mais aussi en cas d’allaitement difficile ou de baby blues. L’hypnose est elle aussi de plus en plus pratiquée. À l’hôpital Robert-Debré, elle est utilisée en pédiatrie pour lutter contre la douleur. Les sages-femmes ont également pu se former, et proposent ainsi aux femmes enceintes de l’utiliser pour mieux gérer la peur et les douleurs au moment de l’accouchement. Autre exemple d’utilisation de l’hypnose, au CHU de Nîmes depuis 2007, des anesthésies sous hypnose sont pratiquées dans le service de gastro-entérologie. Quant à l’hôpital Gustave Roussy (Paris), et à l’hôpital de Villejuif, on y pratique l’auriculothérapie pour les douleurs chroniques, les effets secondaires des chimiothérapies…
À quand les magnétiseurs et les coupeurs de feu ? Bien que très officieusement pour le moment, certains hôpitaux constatent l’efficacité de ses pratiques là où la médecine classique ne peut rien : ils n’hésitent alors pas à orienter leurs patients vers ce genre de thérapeutes, notamment pour soulager les effets secondaires des chimiothérapies, aider à soigner les brûlures graves… De là à ce qu’elles soient pratiquées à l’hôpital, il n’y a qu’un pas !

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