Peut-on vivre sans convictions ?

Après m’être posé cette question, je me suis convaincu que c’était la meilleure façon de vivre ! … mais je me suis ressaisi, me disant que ce serait là une flagrante contradiction ; j’allais donc remplacer « je suis convaincu » par « j’estime » ou « je crois ». Mais je n’ai pas eu le temps de le faire car une nouvelle idée a surgi dans mon esprit, selon laquelle il valait mieux laisser ma phrase du début telle quelle car elle reflète bien ce tissu de contradictions que tisse inlassablement ma pensée dès qu’il est question de notions tant soit peu abstraites.
Le fait est : dès qu’il se forme en moi une ébauche d’opinion, elle est aussitôt « contrebalancée » par l’opinion contraire et il en résulte que les deux s’annulent. Je vis donc pratiquement sans opinions et, à fortiori, sans convictions. Il m’arrive pourtant de prendre position et de défendre publiquement telle ou telle thèse particulière, mais le choix est fait la plupart du temps « à pile ou face » et surtout pour ne pas avoir l’air d’un demeuré, incapable de formuler ses pensées. Bon – diront sans doute certains – c’est pour ce qui concerne les convictions d’ordre philosophiques, religieuses ou politiques, mais il y a les faits sur lesquels on peut tout de même se prononcer.
Ah ! Les faits ! Parlons-en ! Que représentent les faits que l’on observe soi-même par rapport à ce qui se passe dans le monde ? Presque rien ! Car – ne l’oublions-pas ! – chacun de nous n’occupe qu’une seule place dans l’espace et se trouve, en outre, coincé dans l’éternel présent ! Le champ d’investigation de chacun est, par conséquent, extrêmement limité : l’endroit où il est, les personnes qu’il connaît, quelques centaines tout au plus. Qu’est-ce à côté des milliards d’êtres humains qui habitent la planète, sans parler de ceux qui y ont vécu avant nous. Bien sûr, il y a les livres d’histoires et de voyage, les informations transmises par les médias, mais les faits qui y sont relatés sont déjà de seconde main. Ils comportent, en outre, des interprétations très diverses et souvent contradictoires. Ce qui revient à dire que les informations qui nous parviennent sont, la plupart du temps, floues, imprécises et sujettes à caution. Mais malgré cela on se fait quand même sa « petite idée » sur ce qui se passe ou sur ce qui s’est passé, mais de là à avoir des certitudes, il y a une marge.

Une marge qui m’a toujours paru infranchissable. On peut tout au plus « pencher » vers telle ou telle thèse, tout en faisant bien attention de ne pas y « tomber ». Attitude prudente, hésitante, distante et qui irrite forcément tous les convaincus qui s’acharnent à vous faire partager leur façon de voir qu’ils estiment être la seule bonne, la seule vraie. Si vous vous sentez en forme et disposé à discuter, vous pouvez même « défendre » (juste pour vous amuser) la thèse contraire à la leur, alors qu’elle est en fait loin d’être la vôtre, étant donné que vous n’en avez point. Il peut arriver aussi que, fatigué et excédé par le verbiage des convaincus, on les écoute sans réagir et même avec un air entendu… Trahison à ma non-appartenance ? Non ! Lassitude !
Si on analyse les discussions des tenants de « solides convictions », on trouve toujours en filigrane, la notion de « vérité ». Mot qui sert à désigner ce qui est antinomique de l’erreur et du mensonge. Mais il n’en est plus du tout de même, lorsqu’on écrit le mot « Vérité » avec un grand « V ». (Sans doute pour marquer qu’il exige la vénération !) Ainsi « sacralisé » le mot « vérité » rejoint une série d’autre mots tels que « destin », « esprit », « Dieu, « machin », qui sont les mots les plus imprécis du vocabulaire. Ce sont des mots passe-partout qui n’ont de sens que celui qu’on leur donne.
Pour ce qui concerne le mot « Vérité » avec un grand « V », ce sont surtout les gens anxieux qui l’utilisent. C’est juste quelque chose qu’ils cherchent sans savoir au juste ce que c’est , mais qui serait susceptible de leur apporter l’apaisement, la délivrance, le salut. Bref, « un sens à la vie » qui, selon eux, serait caché au commun des mortels.
Certains ne cherchent même plus, ils pensent avoir trouvé cette Vérité dans tel ou tel enseignement dont ils deviennent les zélés propagateurs. Pour ma part, j’espère ne jamais contracter ce genre de convictions car elles me font horreur à l’instar du cancer. Ne s’agit-il pas d’ailleurs d’une sorte de « tumeur maligne » qui, en se fixant dans l’esprit des gens, fausse leur perception de la réalité et en fait des obsédés et des « possédés ». Et s’il en est ainsi, il est permis de se demander si tous ceux qui sont obnubilés par leurs certitudes et leurs convictions ne seraient pas des « cas » qui relèvent de la psychopathologie ? Question angoissante étant donné que ces gens écrivent des livres, passent à la télé, accèdent souvent au pouvoir…
Mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est le fait qu’ils sont admirés et ont pour la plupart une foule de suiveurs, appelés, suivant les circonstances : disciples, «fans »,fidèles, camarades, militants, adhérents. Et c’est grave car les convaincus des différentes obédiences ont fatalement tendance à entrer en conflit entre eux. N’est-ce pas ce qui se passe sous nos yeux dans le monde ? J’ai en tout cas cette impression, mais je me garde d’en tirer une conclusion, me disant qu’il y a sans doute d’autres facteurs de discorde qui entrent en ligne de compte et qui probablement m’échappent. Je voudrais toutefois qu’ils comprennent que je n’ai nulle intention d’attaquer leur thèse (les défenseurs des thèses contraires s’en chargent) C’est le fait d’avoir des convictions qui m’apparaît comme une étourderie d’autant plus incompréhensible lorsqu’il s’agit de personnes qui semblent intelligentes de dont je ne saurais suspecter l’honnêteté instinctuelle. Comment est-ce possible qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils combattent pour des idées qui leur sont « chères » à la manière des assiégés d’une forteresse dont les défenseurs sont, en même temps, les prisonniers. Serions-nous toujours au Moyen-Age ?
On aurait toutefois tort de s’attendre à ce que les gens convaincus soient disposés à renoncer aux certitudes qui constituent leur « raison de vivre ». En présence de tout esprit sceptique, ils contre-attaquent et demandent : « Et vous, comment pouvez-vous vivre sans convictions ? Ne craignez-vous pas d’être comme une girouette, quelqu’un de désorienté, de déboussolé ? » – Je tiens à rassurer tout de suite ceux qui pourraient ainsi s’inquiéter à mon sujet. Je n’ai nulle conviction mais franchement je ne crois pas être un « paumé » ! C’est que l’absence de convictions ne signifie pas pour moi que l’on a pas de préférences. Les miennes sont en tout cas très marquées et très nettes. Ainsi je préfère la santé à la maladie, la beauté à la laideur, les plaisirs à la souffrance, l’amitié à l’hostilité, la paix à la guerre, le parfum d’une rose à celui d’une fosse nauséabonde… Tout cela suffit amplement pour me diriger dans le vie et je peux vous assurer que je suis tout aussi ferme et intransigeant dans mes choix que je suis incertain et indécis sur le plan des idées.
Je vais même plus loin : j’ai tout lieu de supposer que la plupart des gens partagent mes préférences et se passeraient fort bien des opinions et des convictions si ce n’était pas pour se mettre en valeur aux yeux des autres ? Or, à partir de ce moment, on est pris au jeu stupide de l’auto-affirmation par opposition à ceux qui n’ont pas pris (pour les mêmes raisons !) l’option contraire. Cela peut faire partie des artifices de la séduction, dans le sens large de « conquête ». C’est comme le plumage de certains oiseaux. Le paon, lui, n’a pas de belles idées, mais il a de belles plumes !
N.B. – Je ne serais pas fidèle à moi-même si, après avoir écrit ces lignes je ne me posais pas la question de savoir si les convictions, surtout sous forme de « la foi », ne sont pas parfois bénéfiques et même salutaires à certaines personnes ? – Je pense notamment à tous ceux qui traînent une vie misérable et sont en proie à d’indicibles souffrances. Il se pourrait que leurs convictions les soutiennent, les soulagent. Alors pourquoi priver ceux qui en ont peut-être besoin ? Finalement je me dis qu’en fait, je ne détruis pas leur convictions, je ne fais que les mettre en doute. Et puis, les convictions que l’on chérit sont généralement si bien « assises » qu’il n’y a vraiment pas à craindre qu’un « mécréant » dans mon genre, puisse les ébranler…
Georges Krassovsky est décédé en juin 2011 dans sa 96ème année.
Voilà quelques extraits de ses actions :
1969 : grève de la faim de 41 jours pour protester contre le massacre des bébés phoques
1970 : « 3 jours » pour la sauvegarde de la nature, la Paix par la non-violence, la protection des animaux…
1971 : Publication du Manifeste pour la Survie de l’Homme
1975 : Pèlerinage à vélo sur la tombe de St-François-d’Assise (1.500 km).
1976 : Pèlerinage à vélo au berceau de la culture européenne : Paris-Athène (4.000 km)
1978 : Paris-Varsovie à vélo (3.000 km) pour le rapprochement entre l’Europe de l’Est et de l’Ouest.
1979 : Tour de l’Europe à vélo (7.000 km) pour une Europe unie.
1981 : Tour Eurafricain à vélo (9.000 km) pour la défense de la méditerranée.
1982 : Paris-Stockholm à vélo (3.850 km) à l’occasion de la 10e conférence sur l’Environnement.
1984 : Tour de France des retraités à vélo (4.850 km).
1985 : Tour de France à vélo (3.000 km) et Rotterdam-Istamboul (4.000 km).
1989 : Paris-Léningrad à vélo (3.300 km).
1990 : Moscou-Paris à vélo (4.000 km).
1991 : Tour du proche Orient sous l’égide de l’UNESCO (4.000 km).
1993 : Citation dans le « Guiness » des records pour son parcours de l’Atlantique à l’Oural (8.000 km).
1995 : Promotion en Russie, Ukraine et Moldavie de la semaine Mondiale du désarmement …
1998 : Lancement du « Pacte de l’An 2000 » – ON NE TUE PLUS ! – à l’occasion du 3ème millénaire.
2000 : Création du « Pacte du Fol Espoir » repris par les sites de « l’Alliance Humaniste » et « Fraternet »
2002 : Manifestation et levée de drapeaux blancs pour dire NON à la guerre en Irak.
2004 : 2ème édition de son livre écrit il y a 30 ans «  Ce que Jésus voulait dire ».
2005 : Début de sa collaboration avec le mouvement de La France en Action (FEA) qui par la fédération «Agissons» lance une pétition pour un «Sommet mondial pour le désarmement».

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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