Culture – Versailles, lieu de pouvoir et de bains de foule – « Voyage d’hiver », dans les jardins.

Une exposition au château rappelle que le Roi-Soleil a voulu que le lieu soit ouvert à tous.

Le Monde | 30.11.2017 | Par Florence Evin
Habile communicant, Louis XIV a compris l’intérêt des bains de foule pour soigner sa popularité. Il décide que son palais sera ouvert, accessible à tous ses sujets. L’exposition intitulée « Visiteurs de Versailles, voyageurs, princes, ambassadeurs, 1682-1789 », présentée au château de Versailles, l’illustre abondamment. La mise en scène, riche en cartes et guides d’époque, costumes, manuscrits, maquettes, plans, peintures et dessins, raconte la foule des petites gens, des courtisans et des ambassades étrangères se pressant sur la place d’Armes pour voir le roi.
« Le Roi-Soleil fut le premier à systématiser ce lien visuel », note Bertrand Rondot, conservateur en chef au château de Versailles et commissaire de l’exposition. Le souverain s’en vante, dans ses Mémoires : « S’il y a quelque caractère singulier dans cette monarchie, c’est l’accès libre et facile des sujets au prince », écrit-il, en 1662, à 24 ans. Revenant sur les mesures prises au début de son règne, il affirme : « Je donnais à mes sujets, sans distinction, la liberté de s’adresser à moi à toute heure, de vive voix (…), je m’instruisais par là en détail de l’état de mes peuples ; ils voyaient que je pensais à eux et rien ne me gagnait tant le cœur. » Tous les lundis, dans la salle des gardes, sont reçues les requêtes des visiteurs pour obtenir un appui, un soutien financier, un arbitrage.

L’accès à la totalité de l’article est protégé
« Visiteurs de Versailles, voyageurs, princes, ambassadeurs, 1682-1789 », jusqu’au 25 février 2018. Tous les jours sauf le lundi, de 9 heures à 17 h 30. Entrée : 13 € à 18 €. chateauversailles.fr

Promenade artistique dans les jardins de Versailles

L’équipe du Palais de ­Tokyo a concocté une déambulation d’art contemporain, baptisée « Voyage d’hiver ».
LE MONDE | 30.11.2017  | Par Emmanuelle Lequeux
« Voyage d’hiver », dans les jardins du château de Versailles. Entrée libre. Du mardi au dimanche, de 10 heures à 17 heures. Jusqu’au 7 janvier. chateauversailles.fr

Le Roi-Soleil n’est plus, c’est le temps du Voyage d’hiver. Une déambulation artistique concoctée par l’équipe du Palais de ­Tokyo dans les recoins les plus secrets des jardins de Versailles. Depuis dix ans, le ­château a fait de l’art contemporain l’un de ses alliés fidèles. Mais plutôt que d’inviter de nouveau une star, l’institution a décidé de la jouer collectif, et de convier l’amateur d’art à errer de bosquets en bosquets. D’ordinaire fermés au public, ils constituent un somptueux décor pour cette carte blanche à l’institution parisienne. A l’image du soleil vide posé par Ugo Rondinone à l’ex­trémité du grand canal, ce Voyage d’hiver inspiré par le Winterreise de Schubert se laisse saisir par la mélan­colie, travailler par le temps et le cycle des saisons. Inauguré à cet automne, il se métamorphose ainsi peu à peu avec la venue de l’hiver, du rouge explosif des dragons fondus par Anita ­Molinero jusqu’à la fête de glace mise en scène par Stéphane Thidet dans l’enceinte ronde du bosquet de la Salle de bal.

Avec ses ailes immenses, la sphinge blanche de Marguerite Humeau est posée à la cime du bosquet rocaille de l’Arc de triomphe. CHÂTEAU DE VERSAILLES
Conçu sur mesure pour ce site d’exception, le parcours mène dans le secret des enclos au gré d’une douzaine d’œuvres. Avec ses ailes immenses et ses faux airs néo-classiques, la sphinge blanche de Marguerite Humeau ouvre la voie. Elle est posée à la cime du bosquet rocaille de l’Arc de triomphe, au cœur d’un jardin d’herbes couleur sang. S’installant en intrus dans les bains d’Apollon inspirés par les ruines du peintre Hubert Robert, le poète américain John Giorno titille l’Olympe de ses haïkus.

Minuscules toiles et harmoniques
Moins spectaculaire encore, l’intervention de Cameron Jamie dans le bosquet de l’Encelade. La sculpture figure l’enfouissement sous terre du géant qui aurait donné naissance à l’Etna. Baroque contemporain, le sculpteur américain s’est contenté d’entourer cette stupéfiante silhouette de plomb de quelques totems de céramique. Des laves archaïques dont on pourrait penser qu’elles remontent elles aussi au XVIIIe siècle. Les temps se brouillent plus encore avec les trois aquariums dans lesquels Hicham Berrada a orchestré une théâtrale alchimie, catalyse de bronze qui transforme lentement le métal en brume argentée.
Loin du tsunami kitsch de Jeff Koons ou de Takashi Murakami, qui avaient submergé en leur temps le château, le Palais de Tokyo a privilégié la puissance évocatrice, l’infiltration. Il faut ainsi être bien perspicace pour dénicher, dans les arbres, les minuscules toiles de Louise Sartor, qui forment un jeu de piste. Il faut avoir l’oreille grande ouverte pour percevoir les sons diffus créés par Oliver Beer. Le jeune Britannique a exploré le réseau d’eau des jardins, sa musicalité, et composé une sorte d’orgue géant et souterrain. Il produit des harmoniques semblant surgir du sol ; un chant de la terre, mêlé aux sons des visiteurs, auquel fait un lointain écho l’installation de Dominique Petitgand, elle aussi sonore. Alors que la nuit menace de tomber, il est temps de se glisser enfin dans le ­bosquet de l’Etoile. Le plus vide. Le moins dramatique. Mark Manders y a posé une muse venue s’endormir. Son visage de glaise, inachevé, est saisissant de beauté, concentré sur sa propre énigme. Un voyage dans notre hiver intérieur.
« Voyage d’hiver », dans les jardins du château de Versailles. Entrée libre. Du mardi au dimanche, de 10 heures à 17 heures. Jusqu’au 7 janvier. chateauversailles.fr
L’exposition
À l’occasion de l’exposition « Voyage d’hiver », Versailles ouvre ses jardins à dix-sept artistes pour une déambulation contemporaine dans la poésie de ses bosquets. Le parcours a été conçu comme un cheminement dans un musée à ciel ouvert qui débute alors qu’octobre rouille déjà la végétation de nuances nouvelles pour s’achever dans la pâle brillance de l’hiver. Il sera balisé par dix-sept regards, dix-sept œuvres qui dialoguent avec les créations végétales dessinées par André le Nôtre.
Pour sa dixième édition, l’exposition d’art contemporain a été conçue conjointement avec le Palais de Tokyo. Le commissariat d’exposition, formé par Jean de Loisy, Rebecca Lamarche-Vadel, Yoann Gourmel et Alfred Pacquement, invite les visiteurs au voyage du 22 octobre au 7 janvier, tous les jours sauf les lundis, de 10h à la tombée de la nuit.
Une invitation au voyage
Au moment où les Grandes Eaux s’achèvent, Voyage d’hiver montre les bosquets des jardins sous une autre lumière.
Quatre fontaines historiques donnent au jardin un mouvement giratoire qui suit le rythme des saisons. Flore, Cérès, Bacchus et Saturne, aux intersections des principaux axes entre les bosquets, posent ainsi la base du symbolisme de Versailles, où tout n’est que mouvement progressif, changements infimes et cycles se répétant à l’infini. Voyage d’hiver accompagne pour trois mois ces métamorphoses en proposant une promenade méditative au cœur du parc qui bascule doucement dans le froid et le gel.
http://www.chateauversailles.fr/grands-formats/voyage-d-hiver

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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