Y a-t-il des pesticides dans les aliments BIO ?

Notre-planete.info – 07/12/2017 – Christophe Magdeleine –

L’Agriculture Biologique a le vent en poupe : les produits BIO sont présents partout et sont de plus en plus abordables au point que seule une mauvaise volonté expliquerait un désintérêt. Et pourtant, les détracteurs du bio ne cessent de souligner que l’Agriculture Biologique n’est guère mieux que l’agriculture conventionnelle puisqu’elle est également traitée aux pesticides, suscitant l’interrogation et la défiance des consommateurs. Qu’en est-il vraiment ?
Oui, les produits BIO peuvent avoir été traités avec des pesticides
Officiellement, l’Agriculture Biologique interdit l’utilisation des produits chimiques de synthèse et privilégie la lutte biologique contre les nuisibles. Cependant, l’usage des pesticides naturels est autorisé en BIO lorsqu’il est justifié de la part de l’agriculteur, conformément à l’article 4 et à l’article 12 du règlement (CE) n° 834/2007, ainsi qu’à l’article 5 du règlement (CE) n° 889/2008. Autrement dit, l’emploi de pesticides (naturels) n’est pas autorisé de manière préventive (contrairement à l’agriculture conventionnelle), mais uniquement dans des cas où la culture est affectée par une maladie ou des ravageurs.
Ainsi, la BIO n’interdit pas l’utilisation de certains pesticides naturels comme le détaille le guide des produits de protection des cultures utilisables en France en agriculture biologique, révisé tous les trimestres. Les principales substances actives utilisées en Agriculture Biologique pour le traitement des maladies et ravageurs sont donc naturelles : cuivre, soufre, huiles, champignons et bactéries, mais cela ne signifie pas qu’elles sont sans conséquences pour le milieu et le vivant, en fonction des dosages épandus et des précautions d’emploi.
De plus, des dérogations, en plus des pesticides autorisés, peuvent être accordées pendant 120 jours maximum pour traiter les affections qui mettent en péril la culture.
L’insecticide Spinosad, autorisé en agriculture biologique depuis 2008, illustre les déviances de l’Agriculture Biologique. Philippe Lecompte, apiculteur professionnel bio, reconnaît que « le label bio en agriculture ne signifie pas une absence de risque sur la santé des abeilles, ni la présence d’une ressource florale pour les abeilles ». Une enquête récente montrait d’ailleurs que 75 % du miel est contaminé par des pesticides.
Enfin, les cultures bio ne sont pas à l’abri de contaminations, accidentelles ou volontaires, ce qui conduit souvent les détracteurs du bio à dire « de toute façon tout est contaminé alors pourquoi payer plus cher ? ».

Mais ils restent bien moins contaminés que les produits issus de l’agriculture conventionnelle
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Soyons toutefois rassurés, les produits alimentaires cultivés selon le mode de production biologique sont meilleurs pour la santé que leurs homologues en conventionnel. C’est le résultat d’une méta-analyse menée en 2014 par une équipe internationale d’experts qui dresse les conclusions suivantes :
  • les concentrations en antioxydants tels que les polyphénols, sont de 18 à 69 % plus élevées dans les cultures biologiques.
  • les niveaux en métaux lourds sont significativement plus faibles dans les cultures en AB (jusqu’à 50 % de moins pour le cadmium)
  • Les concentrations en azote total, en nitrate et en nitrite, étaient respectivement 10 %, 30 % et 87 % plus faibles dans les cultures issues de l’AB que dans celles de l’agriculture conventionnelle.
  • Les pesticides de synthèse sont détectés dans 46 % des produits de l’agriculture conventionnelle (surtout pour les fruits) mais seulement 11 % pour les produits issus de l’Agriculture Biologique.
Cependant, cette méta-analyse, la plus complète à ce jour, reste imparfaite : les pesticides naturels ne sont pas pris en compte, tout comme les minéraux et les vitamines.
Dans tous les cas, la plupart des agriculteurs engagés dans la BIO partagent une éthique, celle de produits sains qui respectent les milieux, le vivant et notre santé, ce qui est loin d’être le cas de la filière de l’agriculture conventionnelle, effrayée lorsque que les autorités menacent de lui retirer un pesticide, comme le fameux glyphosate.
L’idéal serait une culture vivrière, personnelle ou communautaire dans un jardin potager sain et écologique, ce qui, là aussi, n’est pas toujours le cas…
A défaut d’être parfaite, l’Agriculture Biologique reste aujourd’hui la meilleure alternative pour diminuer significativement son exposition aux pesticides comme le montrait cette édifiante enquête de Greenpeace menée l’année dernière au Japon : un changement d’alimentation – passage du conventionnel au bio – chez une même famille, avait entraîné une diminution significative de la contamination des urines en pesticides, et ce en seulement 10 jours !

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