Apprendre des commémorations futures

Ouest-France –  08/12/2017
Dans quelques mois, nous célébrerons à la fois le cinquantenaire des événements de mai 1968 et le 60e anniversaire de la création de la Ve République. Quels rapports ? Éléments de réponse par Jean-Michel Djaian, journaliste et écrivain.
Dans quelques mois, nous célébrerons à la fois le cinquantenaire des événements de mai 1968 et le 60e anniversaire de la création de la Ve République. Quels rapports ? De Gaulle. Essentiellement de Gaulle. L’acteur de la scène politique d’alors, à la fois capable, en 1958, d’incarner le sauveur de la République… Et, dix ans plus tard, de devenir le bouc émissaire d’une contestation estudiantine et syndicale qui faillit faire basculer le régime.
On peut comprendre que l’actuel président de la République, Emmanuel Macron, hésite à célébrer le premier événement pour se concentrer sur les vertus du second. Mais si on veut saisir la portée politique de ces moments qui ont secoué notre histoire contemporaine, mieux vaut prendre la mesure des raisons qui les ont fait advenir.
Que se passe-t-il au cours des hivers qui précèdent ces deux événements séparés de dix ans? En décembre 1957, la France est empêtrée dans le chaos algérien mais aussi dans celui d’un régime parlementaire épuisé par ses propres turpitudes.
Malgré la naissance d’une nouvelle constitution qui, dans la foulée, fait table rase du vieux système, le nouveau pouvoir ne voit rien de ce qui se trame alors dans les tréfonds de la société.
La jeunesse va être littéralement subjuguée par les Stones, les Beatles, l’amour et la paix; Warhol révolutionne l’art, Godard et Truffaut réinventent le cinéma. Un monde nouveau s’installe en lieu et place de l’ancien, sans que l’Homme du 18juin et son fidèle ministre et écrivain André Malraux n’en imaginent ni la portée culturelle ni ses conséquences politiques. De Gaulle a sauvé le pays sans avoir perçu que sa jeunesse était déjà ailleurs, prête à en découdre avec la société conservatrice et bourgeoise d’alors.
Le rôle de l’éducation
Dix ans seulement séparent l’événement de l’autre. Sans vouloir transposer à aujourd’hui ce qui, au fond, relève d’une interprétation de l’histoire, ce qui se passe sous nos yeux depuis l’élection d’Emmanuel Macron mérite attention. Le surgissement démocratique de ce jeune chef d’État indique clairement que les Français voulaient aussi en finir avec une certaine pratique de la politique, celle où les partis classiques régnaient en maître sur les mécanismes de représentation démocratique.
Voilà que le pouvoir mue. Celui qui désormais le détient fait son miel de vouloir gouverner autrement, comme s’il fallait en finir avec la lassitude de ne voir rien changer. Sait-on pour autant ce qu’il en est des conséquences culturelles de cette nouvelle donne, à l’heure où les nouvelles générations cultivent une représentation de la politique si éloignée de celle de leurs aînés.
Et s’il fallait pour comprendre ce qui peut se passer dans dix ans, chercher du côté des modes de communications numériques, de la pratique généralisée des réseaux sociaux Ce que, jadis, le rock et la pop disaient d’un état d’esprit de notre civilisation?
Alors, sans évidemment anticiper les événements, nous pourrions imaginer quelques bouleversements prévisibles, utiliser les commémorations à venir dont nous sommes si friands pour en dénouer les écheveaux comme les sous-entendus. Au fond, on en revient toujours à l’éducation.
Comme le disait le célèbre auteur de science-fiction HG Wells… que l’on parle de crises, d’hommes providentiels de passé ou d’avenir, « la civilisation est engagée dans une course sans fin entre l’éducation et la catastrophe ». Puisqu’il en est ainsi, autant prendre le temps de s’instruire, de décrypter les cycles invariables de l’histoire, de les anticiper peut-être. Le gouvernement des hommes a tout à y gagner.
Editorial

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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