Ces ministres qui aiment tant la bidoche

Charlie Hebdo – 13/12/2017 – Fabrice Nicolino –
Qu’est-ce qui unit si fort nos deux derniers ministres de l’Agriculture ? Mais le culte de la barbaque, bien sûr ! Le Foll et Travert font tout pour éviter l’inéluctable déclin de la consommation de viande. Juste au moment où une étude montre qu’il faudrait s’en débarrasser.
L’ancien ministre, le toujours socialo Stéphane Le Foll, a régné sur la rue de Varenne entre le 16 mai 2012 et le 10 mai 2017, record de durée depuis la création du ministère de l’Agriculture en 1836. Le nouveau, Stéphane Travert, passé astucieusement du PS au camp Macron, est en poste depuis le 21 juin 2017. Et tous les deux, nonobstant un choix tactique qui n’empêche pas l’amour, se sont toujours couchés, et continueront de le faire, devant le lobby écrasant de l’agriculture industrielle. Laquelle doit bien peser, en y incluant le secteur de l’agroalimentaire, quelque chose comme 1 300 000 ou même 1 500 000 emplois en France. Essentiellement non délocalisables, ce qui ajoute à son charme.
Le Foll, qui n’a même pas l’excuse de l’ignorance – petit-fils de paysan, il a enseigné en lycée agricole -, a soutenu le délirant projet de la ferme des 1 000 vaches. Puis défendu les pesticides tueurs d’abeilles, vanté une fumeuse « agriculture écologiquement intensive », et bien entendu ciré les pompes de Xavier Beulin, défunt président le FNSEA et patron de la surpuissante holding Avril (alimentation animale, huiles végétales, carburant biodiesel, etc…). 
Travert fera aussi bien faisons-lui confiance. Il a déjà montré son éloquent soutien au glyphosate dans la grande controverse européenne, juste après sa défense si courageuse des pesticides dit néonicotinoïdes. et le voilà maintenant qui s’attaque à la bio, d’une façon biaisée, car, tout de même, ces gens savent reconnaître une clientèle au premier coup d’œil. Coincé par les promesses électorales de Macron Travert promet une loi qui obligerait à offrir 50 % fr produits bio dans les cantines d’ici à 2022.
Dans cinq ans, ce qui laisse de la marge, une marge dont on reparlera. Et dans le même temps, ce lobbyiste n’a pas manqué d’attaquer bille en tête la belle idée de Hulot d’un repas végétarien par semaine dans toutes les écoles. Citation : « Il s’agirait d’une écologie punitive. Je suis pour la liberté et la responsabilité plutôt que pour la contrainte. » En quoi il est bien d’accord avec son ami Le Foll qui, sur le même sujet, a déclaré : « Qu’on impose un repas végétarien, je trouve ça un peu bizarre.« 

Et les deux ont parfaitement raison car la sainte bidoche est au fondement même de leur empire agro-industriel. Qui s’y attaque déclare la guerre au système : en France, environ 70 % de ce qu’on appelle la surface agricole utile (SAU) sont consacrés aux herbages et aux prairies d’une part, à la production de céréales destinées à l’alimentation animale d’autre part. Les porcs, poulets, bovins et dindons – nous, bien sûr – occupent les deux tiers de l’espace agricole ! On comprend mieux le duo Le Foll-Travert, pas vrai ?
Coïncidence, un travail scientifique de haute tenue vient de paraître dans la revue Nature Communications (en anglais, ici), qui se penche sur cette question centrale : comment nourrir le monde ? Le rapport reprend l’estimation couramment admise : en 2050, il faudra produire environ 50 % de nourriture en plus pour les 9 milliards d’humains (au moins) attendus. L’agriculture bio, dont les rendements sont moindres que ceux de l’agriculture industrielle peut-elle relever le défi ?
Sans changements profonds, c’est non. Mais oui, peut-être, si l’on réduit l’invraisemblable gaspillage alimentaire – un tiers de la nourriture produite dans le monde est jeté – ainsi que la consommation de viande. Mes enfants de la patrie, c’est d’une simplicité biblique : en réduisant massivement les surfaces consacrées à la nourriture des animaux de boucherie, il sera possible de cultiver plus largement les céréales et autres végétaux destinés à être consommés directement par les humains. Car ne n’oublions jamais : l’animal d’élevage est un déplorable transformateur d’énergie. on estime qu’il faut entre 3 ou 4 et jusqu’à 11 calories végétales – du poulet jusqu’au bœuf – pour obtenir une seule calorie animale.
La solution, qui déplaît tant à Le Foll et à Travert, libérerait les animaux domestiques de l’esclavage, nous rendrait une meilleure santé et donnerait de la place aux animaux sauvages. Pas de doute, on y va droit.
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