Dernier tour de piste pour les animaux ? / Un travail de bête

Plusieurs villes françaises et pays interdisent les spectacles de cirque mettant en scène des bêtes, sauvages ou non.
Le Monde |  22.12.2017  | Par Rosita Boisseau

/ AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

Un double mouvement affole actuellement les boussoles du cirque. Du côté des artistes contemporains, la réapparition dans les spectacles d’animaux domestiques, en particulier des chevaux, peu présents depuis le début des années 1980, ouvre une nouvelle ère à plumes et à poils. Sur le front des enseignes traditionnelles, la présence des bêtes sauvages, vedettes de la piste, suscite les foudres des associations animalistes, qui font pression sur les pouvoirs publics pour les interdire.
Cette tempête soulève des discussions fiévreuses. La liste des pays, actuellement au nombre de 27, qui interdisent sur leur territoire les troupes avec animaux sauvages, s’allonge. « Ce mouvement risque de donner un coup supplémentaire aux cirques traditionnels, qui vont avoir du mal à s’en remettre, en particulier les petites compagnies, analyse Marc Jeancourt, directeur du Pôle national cirque d’Ile-de-France. Mais je crains aussi que, parallèlement, les arts de la piste soient malheureusement absorbés par l’esthétique grand show du Cirque du Soleil. » « Au-delà de la question des animaux, il y a un autre objectif, moins visible, commente Guy Périlhou, de l’association Cirque d’audace : celui de freiner l’installation des chapiteaux, de plus en plus difficile dans l’espace public, alors que le tout-sécuritaire menace. Cela met en péril tous les cirques. »
Alain Pacherie, directeur de Phénix : « S’il y a des troupes avec animaux, c’est qu’il y a des spectateurs pour les voir. C’est la loi de l’offre et de la demande »
Pour l’heure, un collectif rassemblant 200 enseignes de cirque traditionnel s’est constitué. « On a l’habitude de ces associations pro-animaux et la loi est de notre côté, précise Gilbert Edelstein, patron de Pinder et président du Syndicat national du cirque. Nous avons un public. On reçoit chaque jour des appels pour savoir si nous avons bien des animaux sauvages»…
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Le 16 06 2017-
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Animaux et spectacles : un travail de bête
Pour la sociologue Jocelyne Porcher, le « travail animal » est le « grand absent de la question animale et un fait social impensé ».
LE MONDE | 21.12.2017 | Par Rosita Boisseau
La question du bien-être animal provoque des débats tendus. Elle ne date pas d’hier : la première loi contre la cruauté vis-à-vis des animaux, et en particulier des chevaux, dans l’espace public remonte au… XIXe siècle.
Depuis 2007, le concept de « travail animal », valorisé et défendu par Jocelyne Porcher, sociologue et chercheuse à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), à Montpellier, bouscule les points de vue en activant un champ de recherches conjointes sur les fermes, les centres équestres, les cirques, les zoos et les parcs d’attractions. Le « travail animal » est le « grand absent de la question animale et un fait social impensé », selon la formule de la sociologue.
Lire l’enquête :   Dernier tour de piste pour les animaux ?
Loin de la maltraitance et de l’exploitation auxquelles certains veulent le réduire, le rapport de l’homme à l’animal générerait une coopération à approfondir par le travail. « Il s’agit de comprendre quelle place ­occupent les animaux dans le travail et ce qu’il signifie pour eux, explique Mme Porcher. Les animaux que j’ai pu observer collaborent au travail et en comprennent les procédures et les objectifs. Ils y investissent leur subjectivité et leur affectivité. “Libérer” les animaux, comme veulent le faire certains, sous-entend, à plus ou moins long terme, de faire advenir un monde sans animal. »
Le dressage a évolué
Les enquêtes menées par Jocelyne Porcher portent sur des cochons de plein air, des sangliers dans des parcs animaliers, mais aussi un ours dans l’industrie cinéma­tographique, un éléphant de cirque… Ces études, dans les domaines des sciences sociales, de l’éthologie et de l’anthropologie, nourrissent les démarches des artistes de cirque. Le dressage a évolué. « Il est ­souvent considéré comme négatif mais il est un moment de travail entre l’homme et l’animal, commente la philosophe ­Vinciane Despret. Il arrive alors ce miracle de voir des choses peu ordinaires exécutées par les animaux au cirque et ailleurs. On peut d’ailleurs constater comment, dans un spectacle, l’animal a la volonté de travailler ou pas. S’il ne voulait pas se prendre au jeu, il ne se passerait rien, assure-t-elle. La seule question à laquelle il ne peut pas répondre, et nous non plus, c’est s’il est heureux ou pas de travailler. Evaluer son bien-être n’est pas mesurable, ni objectif. »

People demonstrate near the Bormann-Moreno circus in Paris, on December 2, 2017, to ask for a ban of wild animals in circuses. / AFP PHOTO / THOMAS SAMSON

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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