Editorial – 2018, l’année du climat

Ouest-France  30/12/2017 François-Xavier LEFRANC.
L’année 2017 aura connu son lot d’événements climatiques extrêmes, dont 4 tempêtes ayant semé le chaos par delà l’Atlantique et les Caraïbes et de violents incendies au Portugal et en France. Face à ces défis, l’année 2018 doit être celle du climat. Avec ou sans Donald Trump.
Le doute n’est plus permis. Le réchauffement climatique est une réalité, et il s’aggrave. Depuis 2010, et surtout depuis trois ans, les records de température moyenne du globe tombent en rafales. L’année cyclonique 2017 restera comme l’une des plus noires. Balayant l’Atlantique des Caraïbes aux États-Unis, Harvey, Irma, Jose, Maria ont semé la mort et la désolation. Les vents ont puisé leur force titanesque dans la chaleur de l’atmosphère et de l’océan.

Les ouragans José et Maria dans les caraïbes | NASA
Les images satellites des tourbillons monstrueux léchant les côtes américaines pourraient nous faire oublier que le réchauffement climatique concerne toute la planète. Le niveau des mers monte, les glaciers fondent, l’acidité des océans augmente sous l’action du gaz carbonique. Mais surtout, le réchauffement est un accélérateur de misère. Dans les zones touchées par les catastrophes naturelles, les pauvres sont en première ligne. Et les réfugiés climatiquesde plus en plus nombreux.
En octobre, les fumées des incendies géants du Portugal ont envahi le ciel, jusqu’à la Bretagne et la Normandie. Comme pour rappeler que nul ne peut ignorer la menace. Mais n’est-ce qu’une menace ? L’emballement de la machine climatique n’est-il pas aussi l’un des plus gigantesques défis jamais posés à l’Humanité ? Saura-t-elle le relever ? Elle a les moyens d’agir. Mais le temps presse. Formons le voeu d’une année 2018 décisive pour la sauvegarde du climat.
Un mauvais signal est arrivé d’Amérique. D’un revers de la main, Donald Trump a balayé l’accord de Paris sur le climat. En annonçant le 1er juin le désengagement de son pays, le président des États-Unis a voulu flatter son électorat et rassurer l’industrie pétrolière. Mais il a peut-être bien malgré lui rendu service à la cause qu’il prétendait combattre.
Trump n’est pas l’Amérique
Aux États-Unis en effet, le cynisme de Donald Trump a dopé ses opposants. En son absence, des États, des villes, des entreprises, des universités, des églises, sont venus à la Cop 23 (la convention des Nations Unies sur le climat) à Bonn, en Allemagne, du 6 au 17 novembre. Ces Américains l’affirment : Donald Trump n’est pas l’Amérique. Gouverneur de Californie, Edmund G. Brown est l’un des responsables politiques américains les plus engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique : « Le monde politique est totalement contaminé par le court terme et l’émotion du moment, souligne-t-il. Trump fait beaucoup de dégâts (1). »
Et pourtant les choses avancent. Les émissions de gaz à effet de serre ont quasiment stagné entre 2014 et 2016. Même la Chine, où le président Emmanuel Macron se rendra en janvier, a diminué ses rejets de CO2. Premier pays pollueur au monde devant les États-Unis, elle fait aujourd’hui la course en tête pour la production d’énergie solaire et d’énergie éolienne. Et l’Europe ? « C’est dans la sauvegarde du climat qu’elle trouvera son nouvel élan », estiment le climatologue Jean Jouzel et l’économiste Pierre Larrouturou(2)qui militent pour un nouveau traité européen sur le climat : « 2018 est l’année d’un choix majeur ! »
Parler du réchauffement climatique, c’est parler de misère, de pauvreté, de crises migratoires à grande échelle, mais aussi de solidarité avec les pays les plus pauvres, de recherche et d’innovation pour une économie sans carbone. Le pari est là : opposer à la folie des hommes leur extraordinaire faculté d’inventer l’avenir.
(1) Le Monde, mardi 19 décembre 2017.
(2) Ouest-France, mardi 26 décembre 2017.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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