Le Qatar champion du monde des armes par habitant

Le Canard Enchaîné – 03/01/2018 – Claude Angeli –
Il ne manque que la bombe nucléaire à ces 2,6 millions d’hommes et de femmes. L’émirat es l’un de nos meilleurs clients, et il va embaucher 25 000 militaires étrangers.
Le cheikh Hammad al-Thani et ses généraux ont un appétit d’enfer. Avions de combat, missiles, blindés, radar… ils ne cessent de signer des contrats et de s’interroger sur ce qui pourrait encore renforcer leur armée de 27 500 hommes. Ce riche émirat « détient le record mondial des armements de toutes catégories par rapport à son nombre d’habitants », comme le constatent avec ironie certains diplomates français. Lesquels ignorent peut-être à quel point les arsenaux de l’émirat croulent sous les livraisons en tout genre. Aussi, à en croire les services de renseignement français et britanniques, le Qatar va-t-il devoir « embaucher » quelque 25 000 contractuels et conseillers militaires étrangers, venus du Pakistan, de Turquie et d’autres pays amis. Résultat  : les effectifs actuels des armées vont progressivement doubler. 
Mais la boulimie de technologie militaire de l’émir et de ses proches ne suffit pas à justifier cette débauche de matériels et ce recrutement de « mercenaires », comme le qualifie un expert militaire.C’est aussi une assurance sur l’avenir, et cette démarche n’est pas nouvelle. Depuis des années déjà, l’émirat héberge une très grande base aérienne US à Al-Udeid, ainsi que les quartiers généraux du Commandement central de l’armée américaine pour la région. Aujourd’hui, le Qatar augmente le nombre de ses amis et des alliés en achetant des avions de combat à la France, aux États-Unis et, bientôt peut-être à la Grande-Bretagne, des chars Leopard à l’Allemagne et des missiles sol-sol à la Chine. 

Rafale AASM équipé de bombes guidées

Blindés tout confort Autre raison de développer un tel réseau d’amitiés : les menaces venant de la coalition montée par l’Arabie saoudite en compagnie des Émirats arabes unis, de l’Égypte et de Bahreïn. Le 5 juin, ces quatre états sunnites ont rompu toute relation avec le Qatar – lui aussi sunnite… -, qu’ils accusent d’être l’ami du puissant Iran (chiite) et de jouer les bailleurs de fonds du terrorisme international. Une incrimination stupéfiante, car tous ces braves sunnites, le Qatar compris, ont financé à qui mieux mieux les djihadistes de tout poil. Ce que les médias ont mis un certain temps à admettre.
Le 7 décembre, la visite d’Emmanuel Macron à Doha, la capitale de l’émirat, a été qualifiée  de « très réussie » par l’équipe élyséenne. Non seulement, l’émir ajoutait 12 Rafale aux 24 qu’il avait déjà commandés, mais il décidait de prendre une option sur 36 autres exemplaires de l’avion Dassault. Mieux, un contrat de 50 Airbus 321 figurait au bilan de ce voyage, ainsi que le projet du métro de Doha.

VBCI de l’armée française

A en croire les conseillers de Macron, une vente de 190 blindés VBCI fabriqués par le groupe Nexter Systems était aussi donnée pour acquise car, dès le 9 décembre, l’émirat signait « une lettre d’intention » (d’achat). Or tout s’est ensuite compliqué. Cet excellent client veut un blindé plus puissant que le modèle français – quant au moteur et à ses divers armements -, pourvu d’une tourelle de tir téléguidée (par l’équipage à l’abri) et doté de l’air conditionné, comme à la maison. Le Qatar n’achète pas de prêt-à-porter, cette fois il ,exige du sur-mesure : un blindé de 32 tonnes et non pas de 28 comme celui qui équipe l’armée française, jugé maigrelet. Ultime revendication : l’émir demande qu’une majorité des 490 VBCI qu’il envisage de commander soient assemblés dans une usine de l’émirat.
C’est la loi du genre  : le client est roi, même s’il en coûte au fournisseur.

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