Des franciliens résistent au bétonnage de leur quartier

L’âge de faire / journal mensuel alternatif – janvier 2018 – Fabien Ginisty – 
Face à la pression inédite engendrée par l’aménagement du « Grand Paris », des associations locales se sont regroupées récemment au sein d’une coordination régionale pour faire reconnaître la valeur environnementale, mais aussi l’utilité sociale des espaces verts en ville.
Un petit bout par ci, un petit bout par là, les parcs et jardins urbains sont peu à peu grignotés par le béton. Les promoteurs savent en général trouver les mots et les chiffres pour convaincre les élus qui habitent rarement les quartiers concernés. En Île-de-France comme ailleurs, ce phénomène n’est pas nouveau, mais semble amplifié avec l’opération d’aménagement du « Grand Paris », de tell sorte qu’il commence à mobiliser en nombre les citoyens. Les emblématiques « murs à pêches » de Montreuil sont visés par un projet immobilier de 8 000 m2 porté par Bouygues. Le square François Truffaut de Noisy-le-Sec, fermé récemment, devrait être vendu au promoteur Green (!) city immobilier pour y ériger 17 logements « de standing ». A la Courneuve, on change d’échelle, puisqu’un méga-projet table sur la construction de 24 000 logements, sur une partie du parc Valbon et une zone classée Natura 2000. Il y a aussi des jardins partagés récemment détruits au Pré-Saint-Gervais; la place du Marché vendue, à Romainville…
En 2003, suite à un long combat des associations, l’État a reconnu le caractère exceptionnel des murs à pêches, et a pris une décision de classement d’une partie de ce territoire au titre des « sites et paysages ».
« Les associations se réunissent pour alerter sur la spéculation immobilière en cours et sur la nécessité de préservé les espaces verts publics du bétonnage intensif. » Voilà ce qu’on peut lire en introduction du manifeste de la Coordination de protection des espaces verts et publics d’Île-de-France, créé en septembre, et qui réunit aujourd’hui une vingtaine de collectifs de lutte contre des projets urbains locaux. 
Jardin public géré et animé par les habitants
La résistance des uns devient ainsi le résistance de tous, tout comme les revendications, au premier rang desquelles la place des habitants dans le processus de décision : « Ce sont les habitants qui vivent au rythme de la ville. Or, ce sont les élus qui décident. Eux n’ont qu’un bail de 6 ans, pourtant, ils vont prendre des décisions qui auront des effets durant la vie entière des habitants. Le temps électoral n’est pas celui de la ville, encore moins celui de la nature. » Ginette Lemaître, investie dans la Coordination, sait d’expérience qu’il n’y a que les combats que l’on ne mène pas qui sont perdus d’avance : au début des années 90, elle a été un moteur dans la victoire des habitants du Bas-Montreuil pour faire annuler un projet d’aménagement et ainsi protéger un jardin.  Aujourd’hui encore, les 3 200 m2 du « terrain d’aventure » sont gérés et animés « sans subventions » par les habitants qui se relaient pour l’ouvrir, à qui veut bien, tous les matins. 
La dépossession des habitants de « leurs » espaces verts, nécessaires écologiquement, mais aussi « pour humaniser la ville« , selon les mots de Ginette, n’est donc pas une fatalité : « On réfléchit beaucoup à la notion de ‘commun’ pour imaginer un statut nouveau qui protégerait les espaces verts des considérations électorales« , explique-t-elle. pour l’heure, la Coordination demande notamment un moratoire sur la vente par les lus des espaces verts communs.
Lire : Avec le « Grand Paris » et les JO, une vague de béton s’apprête à submerger l’Île-de-France (Bastamag 12/10/2017)

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