Face à la gentrification nantaise, l’expérimentation

L’âge de faire – journal mensuel alternatif – janvier 2018 – Fabien Ginisty –
Sur l’île de Nantes, une association agit « pour que la gentrification se fasse avec les habitants actuels , et non à leurs dépens.
Au centre de l’ïle de Nantes,le quartier République-les-Ponts. Le genre de quartier où les rares quincaillerie ferment, ainsi que les restos africains, pour laisser la place aux restaurants bio et aux études d’avocats : en pleine gentrification, impulsées par les financements massifs de la métropole. Parmi le gratte-poil, l’association de quartier La Nizanerie, du nom de la rue Paul Nizan, où tout a commencé en 2012. Quatre jeunes diplômées d’architecture investissent alors la rue en travaux pour proposer des permanences architecturales aux habitants.
Des collectifs et des associations se joignent à l’initiative. Des jardins partagés, une boîte à dons, un micro-marché hebdomadaire voient le jour, des ateliers de bricolage aboutissent à l’édification d’un kiosque, des débats s’organisent notamment autour de la rénovation urbaine. Cinq années ont passé et l’objectif n’a pas changé : « faire en sorte que les habitants se sentent légitimes, capables de porter une parole collective et de peser sur l’aménagement du quartier. » Mathieu Cirou coordonne aujourd’hui l’association, qui a obtenu auprès de Nantes métropole le droit d’occuper l’espace public. « Le quartier bouge beaucoup, avec des groupes sociaux très différents. Nous, on créé des prétextes à la rencontre pour que les gens habitent ensemble plutôt que côte à côte. Pour cela, les salariés et bénévoles de la Nizanerie s’appuient sur des évènements « populaires », c’est-à-dire qui parlent à tout le monde », proposés par les habitants lors des apéros mensuels. Lotos, concours de soupe…

Fête des voisins
« Si on ne fait rien le quartier va s’aseptiser »
Dernière idée en date : les résidents pourraient coller des étiquettes sur leur boîte-aux-lettres pour indiquer qu’ils mettent à disposition leu aspirateur, leur appareil à raclette, leur perceuse… « Les élus ne manquent pas de parler de nous dans leur discours. en créant de la convivialité, on est conscient qu’on participe à changer l’image du quartier, qu’on le rend plus attractif, et qu’on contribue à une plus harmonieuse gentrification, constate lucidement Mathieu. En même temps, si l’on ne fait rien, les entre-soi sociaux vont s’étendre, le quartier va s’aseptiser et l’occasion de montrer qu’on peut faire vraiment société dans la différence sera passée dans l’apathie générale. » L’aspect chaotique de la parcelle en question peut froisser certains nouveaux habitants, tout comme la présence de SDF, traditionnellement présents dans le quartier. « Des agents sont venus nous demander si on souhaitait qu’ils soient « déplacés » ! Au moins, ici, ils sont sur un pied d’égalité, et participent aux réunions du quartier. »
Qu’en sera-t-il en 2018, quand les contrats aidés arriveront à échéance ? « Sans animation salariés, l’action s’essoufflerait aujourd’hui. On travaille à trouver des fonds pour créer un lieu ressource et multi-services. Et à long terme, évoluer vers le statut de Régie de quartier qui serait bénéfique à tous. »

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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