Russie – En Sibérie, le mercure est descendu à – 62 °C !

Ouest-France 16/01/2018 Par Jean-Baptiste Gaudey
Oïmiakon, petit village de Sibérie de 500 âmes, a enregistré une température de – 62 °C, ces jours-ci. C’est le village habité le plus froid au monde ! Son record ? – 72 °C, en 1926. Ça jette un froid !
Quand les 512 habitants d’Oïmiakon mettent le nez dehors, à cette époque de l’année, il n’est pas rare que le mercure frise avec les – 50 °C. C’est frisquet. Mais le pire était à venir : les températures sont tombées ces derniers jours à – 62 °C. Ce qui fait d’Oïmiakon, le lieu habité le plus froid du monde.
Une chance pour les gamins du village russe : ils ont eu le droit de sécher l’école ! Quand le mercure tombe sous les – 52 °C, les autorités d’Oïmiakon considèrent que c’est tout de même un peu froid et qu’il vaut mieux rester au chaud. Mais à – 51 °C, zou, tout le monde sur le pont !

Pour vivre dans ce village, à 350 kilomètres au sud du cercle polaire Arctique, la population a dû accepter certaines contraintes : dehors, les moteurs des voitures tournent en permanence, sous peine de voir l’essence se solidifier ; pas de téléphone portable, à ces températures, il serait endommagé. Moins de 30 secondes après être sortis du fleuve, les poissons sont congelés.
Et c’est normal, ce temps ?

Les environs d’Oïmiakon. (Photo : Maarten Takens/Wikimédia)
Oïmiakon, pour situer plus précisément, c’est dans l’extrême Est de la Russie, à 9 243 km de Moscou par la route. Ces kilomètres se parcourent (quand tout va bien) en 126 heures. Parfois il y a l’avion, mais pas toute l’année. Bref, c’est loin, et c’est très isolé.
Malgré cela, le village est connu dans le monde entier et il attire quelques touristes : c’est là qu’aurait été enregistrée, le 26 janvier 1926, une température de – 72,6 °C. Un record absolu pour un lieu habité. Le conditionnel est de mise, car personne n’est vraiment sûr de ce chiffre, qui n’est pas le fruit d’une mesure mais d’un calcul réalisé par Sergueï Obruchev, un géologue. À partir de la température relevée dans une station météo du coin, il avait, par extrapolation, obtenu la valeur de – 72,6 °C.
Même si ce n’est pas précis précis et que les autres villages du coin grelottent autant, on est tout de même dans le vrai. En janvier, la température moyenne est de – 46,4° C. En février, de – 42 °C. En mars, de – 31,2 °C. Il faut attendre le mois de mai pour que les températures moyennes repassent dans le positif (2,7 °C). Juillet est le mois le plus chaud (14,9 °C en moyenne, avec des pointes ponctuelles à 25-30 °C). Mais l’été est alors déjà presque fini et les températures dégringolent vite.
Pourquoi y fait-il si froid ?

(Photo : Maxim Shemetov/Reuters)
C’est le sort de toute cette région du nord-est de la Sibérie : le climat est de type continental (aucune mer dans le coin pour faire tampon), froid (le cercle polaire n’est pas bien loin). La capitale régionale, Iakoutsk (300 000 habitants), à deux jours de route, est d’ailleurs considérée comme la ville la plus froide du monde.
Si c’est pire à Oïmiakon, c’est sans doute à cause des montagnes qui l’entourent. Elles bloquent un air glacial sur le village pendant les longs mois d’hiver, où le soleil ne se montre que trois heures par jour.
Pourquoi construire un village dans un tel endroit ?
Pas besoin d’être un champion du jardinage pour le deviner : quand il fait entre – 40 et – 50 °C une bonne partie de l’année, rien ne pousse vraiment bien, à part les stalactites de glace. À Oïmiakon, le sol ne dégèle d’ailleurs jamais. Et les habitants ne peuvent rester que très peu de temps dehors pendant l’hiver.

Oïmiakon revendique le titre de lieu habité le plus froid du monde. (Photo : Maxim Shemetov/Reuters)
Alors, pourquoi s’y installer ? À l’origine, ce n’était qu’un campement d’été pour les nomades éleveurs de rennes. Le long de la rivière d’Oïmiakon, qui ne gèle jamais selon les habitants du village, les pâturages sont verts. Mais dès l’automne venu, les troupeaux fuyaient ces lieux désolés.
Ce n’est que dans les années 1930 qu’un habitat permanent s’y est développé. Les urbanistes soviétiques, dans un grand élan planificateur, avaient décidé que ce serait bien que les nomades le soient un peu moins. Et qu’ils se fixent quelque part une bonne fois pour toutes. Ils leur ont construit des maisons reliées à un système de chauffage collectif (qui transforme les maisons en sauna… quand il n’est pas en panne), une école, un magasin, quelques rues et une route qui les relie au vaste monde. Mais rien n’y fait. La population, au mieux, stagne.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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