L’empire du Milieu et de la châtaigne

Le Canard Enchainé – 18/01/2018 – Conflit de Canard –
Il y a de fortes chances qu’à Noël votre dinde aux marrons ait été farcie de châtaignes chinoises. On l’ignore souvent, l’empire du Milieu est devenu en quelques années le leader mondial de la châtaigne. Un quasi monopole : chaque année, les chinois en produisent plus de 2 millions de tonnes, soit 90 % de la récolte planétaire.
Si la Chine s’est hissée au rang de première puissance châtaignière du monde, c’est à cause de la grande famine des années 60 (30 millions de morts), après laquelle Mao a ordonné de planter à tour de bras des châtaigniers au motif que Castanea sativa, de son nom latin, est un fruit calorique proche des céréales et plus facile à cultiver. une aubaine pour la balance commerciale chinoise, d’autant que la mode du « sans gluten » a fait exploser les ventes de farine de châtaigne, proposée comme substitut aux céréales moulues. La demande est telle que les prix flambent : comptez jusqu’à 20 euros le kilo, contre moins de 1 euro pour la farine de blé !

Pendant que la Chine inonde les étals avec ses marrons, nos castanéiculteurs se font du mouron. Ces cinquante dernières années, alors que la production chinoise quadruplait, le nombre de châtaignes cueillies en France était divisé par dix. Et, avec 8 000 tonnes à tout casser, la dernière récolte est une vraie cata. la faute à la sécheresse, mais aussi à… un insecte chinois. Décidément ! Le cynips, qui a débarqué clandestinement en France en 2005, contamine avec ses larves les bourgeons des châtaigniers, qui développent alors une sorte de gale. Résultat : jusqu’à 80 % de fruits en moins et un arbre qui peut crever en cas de sécheresse. Le gros souci est qu’il n’existe aucun traitement contre le ravageur. La seule chose qui fasse peur au cynips, c’est Torymus sinensis, une micro guêpe parasite, elle aussi chinoise.
Les castanéiculteurs d’Ardèche, de Dordogne et de Corse, ou pousse l’essentiel de la production tricolore, ont bien eu l’idée d’en importer à grands frais, dans l’espoir de protéger à leur tour leurs vergers du sinistre cynips. Mais, manque de bol, le prédateur peine à s’acclimater en Europe, à l’inverse du cynips qui adore la France.
Les castanéiculteurs auraient préféré ne pas être marron.
Le cynips du châtaignier
Le cynips du châtaignier est aussi appelé Chalcide du châtaignier, il est un micro-hyménoptère ravageur parasite majeur du châtaignier.
Originaire de Chine, il est apparu pour la 1ère fois au Japon en 1940 et en Corée, en 1974 aux États-Unis et seulement en 2002 en Europe, en Italie plus précisément dans la région de Coni dans le Piemont, puis en Ligurie et en Toscane. Il se propagea en Slovénie en 2005.
En 2007 il fit son entrée en France, dans les Alpes Maritimes où il a été rapidement éradiqué en brulant tous les arbres infestés. Au printemps 2010, le cynips fut repéré pour la première fois en Ardèche, qui est la principale zone de production française. La région de Coni en Italie est une importante zone de production de plants de châtaigniers destinés à l’exportation vers les pays voisins dont la France. Le risque de propagation du cynips est par conséquent élevé, raison pour laquelle l’Union Européenne a pris des mesures sanitaires drastiques relatives au transport et à la plantation des châtaigniers. Le périmètre de vol de ces insectes étant restreint à 25 km, la propagation se fait essentiellement par le transport par l’homme de plants infestés ou de parties (greffons). Les châtaignes, elle, ne sont pas porteuses de ce parasite.

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