Ce soir mardi 23 janvier sur Arte à 20h50 Episode 1 : Les quatre sœurs, un récit de survivantes de la shoah par Claude Lanzmann

Le Figaro 23/01/2018 Par  Blaise de Chabalier
Les paroles de survivantes de la Shoah
Une vie consacrée à recueillir des témoignages directs sur la Shoah et à les faire connaître au plus grand nombre. Le cinéaste Claude Lanzmann est bien sûr l’auteur du célèbre film Shoah, d’une durée de 9 h 30, mais lorsqu’il tourna ce monument, entre 1976 et 1981, il accumula 350 heures de pellicule. Un trésor qui donna naissance à d’autres documentaires: Un vivant qui passe(1997), Sobibor, 14 octobre 1943, 16  heures(2001), Le Rapport Karski(2010), Le Dernier des injustes(2013, rediffusé ce soir à 23 h 20). Aujourd’hui, Claude Lanzmann, 92  ans, propose sur Arte Les Quatre Sœurs (un clin d’œil à la pièce de Tchekhov Les Trois Sœurs), une série de rencontres absolument bouleversantes avec quatre survivantes de la Shoah, toutes aujourd’hui disparues. Deux de ces témoignages sont diffusés ce soir (ceux de Ruth Elias et d’Ada Lichtman) et deux autres mardi prochain (ceux de Paula Biren et d’Hanna Marton).
À ceux qui peuvent parfois croire que tout a déjà été dit, notamment par Claude Lanzmann, sur l’extermination des Juifs, ces témoignages montrent le contraire. Filmées face caméra, avec la sobriété qui est la marque de fabrique de l’auteur de Shoah, Ruth, Ada, Paula et Hanna se livrent à cœur ouvert. De ces femmes qui n’ont pas de liens de parenté mais sont des sœurs de destin, le téléspectateur se sent d’emblée proche. Comme si chacun de nous était présent aux côtés de ces rescapées et du cinéaste, à l’écoute, comme lui, de ces récits d’expériences extrêmes, simplement impensables.
Ruth Elias, rencontrée en Israël où elle a donné naissance à deux fils après la guerre, confie son histoire particulièrement bouleversante. Née dans une famille juive de Tchécoslovaquie, elle raconte sa déportation, le 4 avril 1942, dans le camp ghetto de Theresienstadt situé dans les Sudètes annexées par les nazis. Ruth, alors âgée de 19 ans, explique qu’au bout d’une semaine ses parents et sa sœur sont transférés à Auschwitz, où ils périront tous. Ruth avait, elle, retrouvé son fiancé à Theresienstadt, l’avait épousé et avait pu rester sur place. Mais à l’hiver 1943, alors enceinte, elle est à son tour déportée à Auschwitz. Là, elle est confrontée à Mengele. Elle accouche dans l’infirmerie du camp et à la demande du médecin bourreau, sa poitrine est bandée afin qu’elle ne puisse pas nourrir sa fille. Après huit jours de calvaire, une femme docteur juive, qui deviendra son amie, lui procure une seringue de morphine pour mettre fin à l’agonie de son bébé.
Un regard à jamais marqué par la souffrance
Le témoignage d’Ada Lichtman est également saisissant. Cette Polonaise déportée à Sobibor raconte que les SS du camp récupéraient les poupées des enfants martyrs afin de les donner à leur propre progéniture. Ada, avec d’autres femmes, devait nettoyer ces jouets et leur confectionner des habits. Ada s’exprime aux côtés de son mari rencontré à Sobibor dont le regard est à jamais marqué par la souffrance.
Paula, une Polonaise, est passée par le ghetto de Lodz avant d’arriver à Auschwitz. Enfin, Hanna, originaire de Hongrie, était dans le convoi spécial de 1684 Juifs qui échappa à la mort après les tractations financières entre Rudolf Kastner, président du comité de sauvetage des Juifs, et Adolf Eichmann.

Ruth Elias était à Auschwitz où elle a travaillé dans les cuisines. Ruth Elias aimait la vie jusqu’à la chanter derrière les barbelés. Jusqu’à ce que, enceinte de huit mois, elle croise le chemin de Joseph Mengele, le sinistre médecin bourreau tortionnaire d’Auschwitz

Au fil de leurs témoignages exceptionnels, la dignité et la force morale de ces femmes bouleversent et impressionnent.
Mis à jour le 23/01/2018
Télérama
A voir sur Télérama.fr : “Les Quatres Sœurs”, un récit de survivantes par Claude Lanzmann
Une trentaine d’années après “Shoah”, Claude Lanzmann s’est replongé dans le récit, partiellement écarté du montage, de quatre survivantes, dont il restitue aujourd’hui la parole. Un documentaire exceptionnel dont le premier volet (sur quatre) est à voir en avant-première sur Télérama.fr dès aujourd’hui et mardi 23 janvier sur Arte à 20h50.
Ce qu’il leur a fallu de force, de santé, de courage, de coups de main, de coups de chance et de réflexes opportuns pour échapper à la machine de mort nazie, survivre et témoigner bien des années plus tard devant la caméra de Claude Lanzmann de ce qu’elles ont vu, entendu et vécu comme des millions d’autres femmes qui, elles, n’en sont pas revenues. Une trentaine d’années après Shoah, Claude Lanzmann s’est replongé dans le récit, partiellement écarté du montage, de quatre survivantes, dont il restitue aujourd’hui la parole. Les quatre films qu’il nous propose mettent en avant leurs quatre trajectoires singulières. Ce qui fait d’elles des « sœurs », pour ainsi dire, les unes pour les autres, mais également les nôtres, tant leurs histoires individuelles s’inscrivent dans l’histoire collective de la destruction des Juifs d’Europe.
Le premier de ces quatre inédits s’attache au récit de Ruth Elias, Tchécoslovaque déportée à Theresienstadt, puis à Auschwitz, où sa situation de femme enceinte l’a fait croiser le Dr Mengele. Le deuxième donne la parole à Ada Lichtman, rescapée du camp de Sobibor, où elle arrangeait les poupées prises à des enfants juifs et destinées à des fillettes de nazis. Filmées dans leur environnement familier, où résonne le bruit de fond de la vie — l’une saisit son accordéon pour entonner des chansons qui l’aidaient à tenir, l’autre, assise derrière un amas de poupées qui l’accompagnent encore —, ces femmes ancrées dans le présent du tournage opposent à la logique de mort la voix de la mémoire, celle de la survie.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Non classé, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.