World Economic Forum – Inégalités: les milliardaires, boucs émissaires à Davos

L’Opinion 23/01/2018 Rémi Godeau
Davos est une aubaine. Chaque année, le World Economic Forum permet aux avocats de l’antilibéralisme, aux activistes de l’anticapitalisme et aux experts ès-pauvreté de déployer leur idéologie : haro sur les milliardaires, cause de tous nos maux ! Et c’est toujours la même ritournelle. Primo : un chiffre choc pour démontrer le gouffre, pardon l’abîme entre les plus riches et les plus pauvres. Secundo : un discours culpabilisateur sur l’indifférence des maîtres de la planète au creusement des inégalités, tous pays confondus. Tertio : un remède aussi connu que convenu, la hausse des impôts et des dépenses « à des fins redistributives ». L’offensive porte ses fruits. Poussés à la contrition, les puissants de Davos vont ainsi plancher sur : « Créer un avenir commun dans un monde fracturé ».
En toile de fond, l’ONG Oxfam nous apprend cette année que Bill Gates, Jeff Bezos et Warren Buffett possèdent autant que la moitié des Américains les plus démunis… Et alors ? On rêverait d’un débat sur le biais méthodologique d’une étude basée sur les seuls patrimoines, et non sur les revenus, et qui aboutit à classer parmi les plus miséreux au monde 80 millions d’Européens ou parmi la moitié la plus aisée les détenteurs d’une épargne de 3 000 euros… On espérerait une joute sur la thèse, pourtant posée comme une évidence, que la richesse nuit à la lutte contre la pauvreté. On souhaiterait un commentaire sur le fait que le trio de riches désignés à la vindicte est tout sauf un club d’héritiers et que deux d’entre eux ont signé un engagement moral – « the giving pledge » – à se délester de la moitié de leur fortune.
Mais chez les artilleurs de Davos, le constat ne saurait souffrir nuance. Dommage car en tronquant le diagnostic, ils limitent la réflexion sur les remèdes indispensables pour rendre la mondialisation plus inclusive. La faute qu’aux milliardaires, vraiment ?

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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