Carrefour s’en va de la caisse

Le Canard Enchaîné – 31/01/2018 – Alain Guédé –
Annoncer 2 400 et la  suppression d’une branche occupant 2 100 salariés tout en passant pour un chevalier blanc, c’est le joli coup de com’ réussi, le 23 janvier, par Alexandre Bompard, le nouveau  patron qur Bernard Arnaud a fait venir à la tête de Carrefour.
Le type qui dégraisse une boîte avec aisance, transforme les vendeurs de la Fnac, qu’il a dirigée pendant sept ans en geeks vitaminés, fait grimper au ciel les cours de la Bourse d’entreprise affaiblies puis s’en va sans se fâcher. En 2015, la Fnac lui a versé 11,5 millions d’euros et l’année d’après, il a reçu 13,9 millions avec ses bonus. Nombre de médias et d’analystes financiers ont salué, admiratifs, son dernier plan de restructuration du groupe Carrefour, appelé à le « propulser dans l’ère numérique » (« Les Échos », 24/1). Ça s’appelle « Carrefour 2022 », ce qui est sacrément puissant comme nom !
Mais deux syndicats, la CGT et le Syndicat indépendant du commerce (ex-CFDT), s’ingénient à gâcher la fête. a moyen terme, prédisent-ils, ce sont plus de 12 000 emplois qui risquent de s’entasser dans une nouvelle charrette. Ainsi, la mise en location-gérance d’une flopée de magasins – grands ou petits- pourrait se traduire par 3 500 pertes d’emplois, la suppression de 100 000 m2 de surfaces de ventes affecterait 1 400 postes de vendeurs, et l’automatisation ds entrepôts menace 7 500 jobs.
De leur côté, des délégués FO décrivent le scénario d’une routine affligeante, mais rodé, au sein des supermarchés du groupe. Dans un premier temps, le repreneur réembauche tout le personnel; puis de nouvelles conditions de travail s’installent, et le vide se fait. Rapidement, les avantages maison – primes de résultat, tickets-restaurant, couverture sociale sur la santé, l’invalidité et le décès – sont supprimés. Les conditions de travail deviennent harassantes. Bilan : 20 % des salariés, selon FO – 30 % , selon la CGT-, quittent les lieux, écœurés. Par-dessus tout, les syndicats craignent cette arme de destruction massive des emplois que représente le passage automatique des achats en caisse. L’état-major du groupe ne dit mot sur ses projets. Mais Bercy répond au « Canard » que livrer ses estimations sur la prochaine purge se révèlerait « anxiogène ». D’autant que, toujours selon les conseillers de Le Maire, l’industrie du diesel et celle des banques et assurances sont également menacées d’une Saint-Barthélémy sociale. Les caissières vont se sentir moins seules…
Promo sur les dividendes
Alexandre Bompard s’est refusé, lui aussi, à ces stressants calculs, préférant délivrer un message mirifique : 560 millions d’euros seront investis chaque année dans la conversion numérique de carrefour – soit six fois plus que lors de chacun des derniers exercices. Bel investissement, mais guère plus douloureux, au fond, que les 540 millions déboursés l’an dernier pour les actionnaires (contre 520 l’année précédente). Auxquels Bompard a également annoncé un excellent millésime 2018…
Les propriétaires de titres sont, de fait, dorlotés par le groupe. En 2000, le taux de rendement des actions Carrefour ne dépassait pas 0,75 %. En 2017, il a explosé : 5,60 % ! Laurent Berger,  secrétaire général de la CFDT, exhorte donc le groupe à renoncer à distribuer des dividendes en 2018, afin de répartir l’effort entre les actionnaires et les salariés. Les salariés, qui ont vu Carrefour rater les virages du numérique et du commerce en ligne sont perplexes. « Plus la société va mal, et plus on la ponctionne pour ses actionnaires. Carrefour est devenu un groupe financier plus qu’un entreprise de distribution« , peste un représentant du personnel.
Même sans caissières, les actionnaires continueront de passer à la caisse de Carrefour. 

A propos werdna01

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