Culture – L’enfant de Saint-Pierre d’Exideuil fait des étincelles

Jacques et Joseph réunis jeudi dans un même hommage à cet art millénaire qu’est la pyrotechnie. photo Nicolas Biraud
La Nouvelle République 11/02/2018
Jacques Couturier, l’un des tout premiers artificiers français, et son fils Joseph ont reçu jeudi en Vendée la croix de chevalier des Arts et Lettres.
Quand on m’a dit que la ministre de la Culture m’avait décerné une médaille, j’ai cru que c’était un canular monté par un concurrent pour se fiche de nous ! » Non, ce n’était pas un canular : jeudi dernier, le préfet de Vendée, au nom de la ministre Françoise Nyssen, a remis à Jacques et Joseph Couturier, le père et le fils, artificiers tous les deux, la croix de chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres. Une distinction décernée au compte-gouttes et dont seuls peuvent bénéficier les grands artistes français.

Né un 14 juillet
Ces médailles, par delà leurs récipiendaires, viennent honorer une discipline millénaire, souvent méconnue, et dont Jacques Couturier, âgé aujourd’hui de 70 ans, a fait sa passion exclusive.
Rien pourtant ne venait prédestiner le petit garçon de Saint-Pierre-d’Exideuil, fils d’ouvrier agricole à illuminer les ciels du monde entier. Rien si ce n’est peut-être sa date de naissance, un certain 14 juillet 1947.
L’instituteur lâche tout pour la passion de l’artifice
 La vie de Jacques Couturier est faite d’une succession de hasards qui laisse penser que ce prince du ciel était né sous une bonne étoile. Bon élève, le petit Jacques est envoyé au collège à Couhé, puis au lycée à Civray. A l’époque c’est encore exceptionnel pour un fils de paysan peu fortuné. Le bac en poche, le jeune homme s’en va faire un tour à la faculté des sciences de Poitiers sans trop savoir où tout cela va le mener
« C’est ma sœur qui m’a inscrit au concours de l’École normale. Moi, dans ma tête, je ne me voyais pas instituteur mais comme j’étais le dernier de la famille, j’ai obéi. » Jacques Couturier part pour la Roche-sur-Yon (cette année-là, il n’y avait pas de concours dans la Vienne) ; il est reçu haut la main et se retrouve peu après à la tête de l’école à classe unique du minuscule village de La Limouzinière.
Instituteur est encore à l’époque un métier où on se donne à 100 %. Non seulement il faut tenter d’inculquer aux jeunes têtes les rudiments du savoir mais il faut participer à la vie du village. Jacques se découvre une vocation d’organisateur de fêtes. Ses études interrompues de chimie lui permettent de découvrir le b-a ba du métier d’artificier.
.Michel Drucker
« Le virus était en moi », se souvient l’ancien enseignant qui, à 40 ans, prend la décision qui va révolutionner son existence : il démissionne de l’Éducation nationale et s’en va travailler trois mois dans une usine de feux d’artifice, à Saragosse, en Espagne. A son retour, il n’ignore plus rien de la pyrotechnie.
Il monte JCO à Saint-Florent-des-Bois. Ce n’est alors qu’une très petite entreprise appelée à animer les 14-juillet des villes et villages alentour. Mais va se produire un événement qui va de nouveau bouleverser la vie de Jacques Couturier. Par le plus grand des hasards, Michel Drucker, qui prépare la dernière de Champs-Élysées au Futuroscope, assiste à un spectacle monté par JCO.
Concurrent des étoiles
Enthousiasmé, l’animateur de télévision fait demander à Jacques Couturier de réaliser le spectacle pyrotechnique de Champs-Élysées.
En moins de temps qu’il n’en faut à un bouquet final pour illuminer un ciel d’été, Jacques Couturier devient une référence en matière de feux d’artifices. Trente ans plus tard, Joseph, le fils et héritier de Jacques, se trouve, avec sa sœur Soizik, à la tête d’une entreprise de 25 permanents, qui fait travailler jusqu’à 300 personnes, réparties en 87 équipes, pour le 14-juillet. Pour la plupart, ces collaborateurs ont été initiés par le Centre de formation d’artificiers que Jacques Couturier a fondé en Vendée.
Très attaché à sa Vendée d’adoption, Jacques a aussi gardé une grande tendresse pour les terres de son enfance : « Je suis attaché à mes racines. Je retourne de temps en temps du côté de Saint-Pierre et de Blanzay, en cachette. J’ai besoin de respirer cet air-là. » Et de revoir ce ciel constellé que le benjamin des enfants du petit ouvrier agricole contemplait autrefois depuis la ferme de La Bonardelière, ignorant qu’un jour d’autres enfants émerveillés admireraient ses propres étoiles.

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Lauriers monégasques
« On avait invité la principauté de Monaco pour rire ». En 1995, Jacques Couturier est l’une des chevilles ouvrières du salon « Salut l’Artiste » de La Roche-sur-Yon. A son assistante (devenue depuis sa femme), l’artificier n’arrête pas de demander si elle a bien invité tout le monde. « A part la principauté de Monaco, oui », répond sous forme de boutade la jeune femme. « Et pourquoi pas ? » rétorque du tac au tac Jacques.
A la grande surprise des organisateurs, ceux-ci voient débarquer Maurice Crovetto, directeur des fêtes de Monaco, en quête de spectacles plus modestes que les superproductions qu’on lui propose généralement. Enthousiasmé par le spectacle créé par JCO pour le centenaire de l’invention du cinéma, le Monégasque convie la PME vendéenne dans la principauté pour le prestigieux concours international de feux d’artifice, qu’elle emporte haut la main.
Depuis JCO a décroché des premiers prix un peu partout à travers le monde, notamment en Chine (à Liuyang, capitale mondiale de la pyrotechnie) ou au Vietnam.
Vincent BUCHE  Journaliste, rédaction de Poitiers

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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