Numerus closus : la faillite

Alternative Santé – février 2018 – Édito de Paul Dupont –
Alors qu’autrefois on sélectionnait sur des critères philosophiques, on préfère aujourd’hui des têtes bien pleines.
En France, l’accès aux études de santé est limité par le système du numerus closus. Mis en place pour faire face à un sureffectif d’étudiants en médecine, il est à l’origine de la pénurie de médecins qui survient actuellement. Mais face à cet échec total, le gouvernement s’accroche et ne semble toujours pas décidé à changer de système.
Qui a bien pu inventer le système du numerus clausus (nombre clos) pour limiter l’accès aux études de santé en France ? Et dans quel but ? Ce système était sans doute utile à une époque de sureffectif, mais il a eu pour effet de diminuer de manière alarmante le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine : de 8 588 en 1971-1972, il a chuté à 3 500 en 1992-1993. Avec pour conséquence aujourd’hui une pénurie de spécialistes qualifiés, notamment en chirurgie, ophtalmologie, ORL, etc.
S’agissait-il de limiter les dépenses de la Sécurité sociale ? D’assurer un meilleur revenu à un petit nombre d’élus ? De permettre aux professeurs de mieux assurer leur enseignement ? D’éviter le favoritisme ?
Un échec total
Ce système est un échec total. Aujourd’hui, du fait du manque de médecins et d’infirmières, les hôpitaux doivent faire appel à des diplômés venus d’autres pays de l’Union européenne, qui n’ont pas forcément la même formation, tandis qu’en France nous avons limité peu à peu la transmission de l’excellence de l’enseignement. Cela ne concerne pas que les études médicales, car la limitation a aussi été imposée pour le nombre d’infirmières et de personnels soignants. On voit combien les urgences sont encombrées. Malgré des locaux souvent parfaitement adaptés aux soins, on manque d’équipes chirurgicales pour faire face aux urgences, même les plus vitales. Sans parler de la pénurie de médecins dans les campagnes.
Cette limitation de l’accès aux études n’a pas été adaptée aux besoins, et son cadre de sélection n’a pas su prendre en compte les qualités humaines que l’on peut attendre d’un médecin ou d’un soignant : à savoir son humanisme, sa vocation, sa compassion, son abnégation. Et alors qu’autrefois on sélectionnait sur des critères philosophiques, on préfère aujourd’hui des têtes bien pleines. Des personnes capables d’ingurgiter toutes les affirmations de l’industrie pharmaceutique. Car c’est bien là le problème : c’est cette industrie qui encadre les études et gère la commercialisation des médicaments.
Il est temps que cela change. Que soient mieux valorisées les rémunérations de tous ceux qui vont se consacrer au service d’autrui dans les hôpitaux publics, et que le nombre de personnels soignants soit augmenté rapidement. Mais, me direz-vous, avec quel budget ? N’y-a-t-il pas des remboursements abusifs ? Ne peut-on pas diminuer encore, par exemple, le nombre de médicaments remboursés ? N’y-a-t-il pas des équivalents naturels pour remplacer les antidépresseurs, les somnifères, les paracétamols et compagnie ? Il vaudrait mieux économiser à ce niveau et utiliser cette manne pour mieux rémunérer les personnels des hôpitaux et augmenter le nombre de praticiens de santé.
On me dira aussi que nous n’avions pas assez de professeurs. Mais qu’à cela ne tienne : pourquoi ne pas faire appel aux médecins qui ont une expérience pratique de la phytothérapie, de l’homéopathie et des autres médecines naturelles pour qu’on cesse enfin de mettre des œillères aux étudiants ? En effet, c’est bien cette logique du tout-médicament qui creuse la trou de notre Sécurité sociale !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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