École : Macron et les syndicats, au piquet !

Charlie Hebdo – 14/02/2018 – Jacques Littauer –
S’il est facile de souhaiter réduire le nombre d’enseignants, les chiffres montrent que la France compte moins de profs qu’ailleurs. Et si, plutôt que de s’exciter sur les effectifs, on mettait l’école au service de la réussite des élèves ?
Le gouvernement nous le serine depuis un moment : il y a trop de fonctionnaires. Parce que les agents publics ne produisent rien d’utile, c’est bien connu, ni à l’hôpital, ni dans les prisons, ni à la Poste, ni nulle part. La « start-up nation » n’a pas besoin d’eux, elle qui ne vit que de clics – et de quelques claques, pour les chômeurs par exemple. 
Mais il n’y aurait pas de fonctionnaires en trop, quand même ? Sûr que oui : dans les ministères, dans ces secrétariats où règne un tranquille absentéisme, dans ces services qui font doublon entre les communes, les départements et les Régions… Mais même mis bout à bout, ce ne doit jamais faire que quelques milliers d’emplois en trop, loin de l’objectif délirant de 120 000 suppressions de postes que s’est fixé le gouvernement. On ne pourrait en effet réduire significativement le nombre de fonctionnaires – pourquoi pas s’ils ne foutent rien ? – Que s’ils étaient nombreux à être en sureffectif, par exemple dans l’éducation, qui emploie tout de même 1,2 million d’enseignants, de la primaire à l’université. Or que disent les comparaisons internationales ? Que la France est en dessous de la moyenne.
Ainsi, si on croit le « Tableau de bord de l’emploi public » publié par France Stratégie, l’État français dépense moins pour l’éducation, non seulement que des pays habitués à truster les premières places de ce genre de classement – comme la Norvège, la Finlande et la Suède -, mais aussi que… le Royaume-Uni et les États-Unis. Amusant, non ? Notre Éducation nationale « pléthorique » nous coûte moins cher que les catastrophiques systèmes scolaires américain et anglais, qui produisent pourtant des illettrés à tour de bras.
Plus fort encore : étant donné que, dans ces deux pays, l’enseignement privé est nettement plus répandu que chez nous, à l’image des universités de l »Ivy League », comme Harvard, Princeton ou Yale, on compte près de 20 salariés (profs ou administratifs) pour 100 élèves aux États-Unis contre seulement 13 en France. Certes, les étudiants américains s’endettent de façon délirante, mais au moins ils s’éclatent dans des séminaires où ils ne sont que 12 par classe. Et notre fierté nationale descend dans les chaussettes lorsqu’on apprend que c’est le cas presque partout ailleurs. Passe encore que nous soyons dépassés par les sempiternels Scandinaves, ou à la rigueur par l’Allemagne, l’Autriche ou le Danemark, mais voilà que même des pays nettement moins riches que nous, comme la Grèce, l’Italie et le Portugal, se débrouillent pour mieux encadrer la jeunesse.
Enfin, de tous les pays analysés par France Stratégie, il n’y a que la Grèce où les profs sont bien moins payés, ce qui ne consolera sûrement pas les camarades syndiqués. Le constat est donc accablant : nous ne dépensons pas assez pour l’éducation, surtout quand on se rappelle que si seul jeune sur cinq décrochait le « bachot » en 1968, c’est désormais le cas de quatre sur cinq aujourd’hui.
Les profs ont-ils pour autant raison de beugler contre « le manque de moyens » ? Dans des centaines de lycées et collèges, dans certaines facs, c’est une évidence. Pourtant fait surtout défaut une véritable réflexion sur ce qu’il convient d’enseigner, ce que le débat sur la sélection à la fac à éluder, comme d’habitude.
Car ce qui manque à une grande partie de notre jeunesse qui ne sera diplômée de Sciences-Po Paris, c’est d’abord une solide confiance en elle, comme savent l’inculquer les pays scandinaves, à coup de classes de niveaux intelligemment conçues, de suivi personnalisé et de travail en groupe. Et, surtout, de valorisation des capacités de chacun, au lieu de ne souligner que les points négatifs, comme le font même nos profs et instits les plus dévoués, tellement c’est ancré dans nos habitudes.
Enfin, il faudrait, dès le plus jeune âge, mettre le paquet sur l’expression écrite et orale, la maîtrise de l’anglais et de l’informatique, la capacité de recherche autonome, la pratique de la synthèse, l’apprentissage du débat contradictoire, etc. Bref, des choses simples, mais plus compliquées que de supprimer des emplois, ou même d’en demander toujours plus.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Education, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.