Le vin qui fait tache

Le Canard enchaîné – 21/02/2018 – Conflit de Canard –
A la fin du mois sera publié un énième plan gouvernemental pour réduire l’usage des pesticides. « Ecophyto 2+ » – c’est son nom – est la version remusclée d’Ecophyto 2, lancé en 2016. Lui-même était censé rattraper le fiasco d’Ecophyto 1, le quel promettait avec tambour et trompette, en 2008, de diminuer de 50 % en dix ans l’utilisation de désherbants et autres insecticides dans nos campagnes. Un franc succès : au lieu de la baisse annoncée, le « chimicage » des champs a progressé de 5 %;
On ne le rappellera jamais assez, la France est l’un des pays européens champions du pulvérisateur, avec pas loin de 80 000 tonnes par an. La vigne, qui ne représente que 3 % de la surface agricole, absorbe à elle seule 25 % du tonnage. Or, bizarrement, il n’existe aucune limite maximale autorisée pour les résidus de pesticides dans le vin, la seule limite fixée l’est pour le raisin ! En clair, les vis, une fois mis en bouteille, ne font l’objet d’aucun contrôle officiel pour y rechercher lesdits résidus.  Et le sujet est tabou. Dès qu’une association de consommateurs analyse des bouteilles de vin pour y dénombrer les résidus de molécules phytosanitaires, le lobby du pinard voit rouge et crie au dénigrement. Il y a trois semaines, c’est le collectif Alerte aux toxiques * qui mettait les pieds dans le pressoir en dénichant 16 types de molécules de pesticides dans une seule bouteille. Bonjour l’effet cocktail !
Et ce n’est pas n’importe quel vin puisque le nectar en question est tiré des vignes du président de la puissante Fédération européenne des vins sous appellation. Certes, il ne s’agit que d’une seule bouteille « enrichie » en résidus chimiques, mais ça la fiche mal pour celui qui, en 2016, alors qu’il dirigeait le CIVB, le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, déclarait publiquement vouloir, « à terme », sortir la filière viticole bordelaise de l' »usage des pesticides ». Des paroles à boire au goulot…
D’autant que parmi les 16 résidus retrouvés par l’assoce, figurent quatre CMR. Des substances cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques pour la reproduction ou la fertilité, sur lesquelles le CIVB demandait l’an dernier aux viticulteurs d’y aller mollo ou même de les remiser au hangar. Actuellement, pas moins de 70 CMR sont utilisés pour traiter les vignes. Des substances qui, en décembre dernier, étaient, dans un rapport piloté par l’inspection générale des affaires sociales, pointées du doigt comme étant les plus « nocives » et à éliminer rapidement.
Reste plus qu’à trinquer à notre santé !
* 16 résidus de pesticides dans le Vin de M. « Sortie des pesticides à Bordeaux ». (19/01/2018)

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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