Culture – Victoires de la musique classique 2018 : Sabine Devieilhe sacrée reine

French soprano Sabine Devieilhe  Evian les Bains on February 23, 2018. / AFP / JEAN-PIERRE CLATOT

Organisée à Evian, la 25e édition des Victoires a confirmé l’ascension de la soprano colorature, doublement récompensée, et le rayonnement du violoncelle en France, primé avec Victor Julien-Laferrière et Bruno Philippe
LE MONDE | 24.02.2018 | Par Marie-Aude Roux
Après Paris, Toulouse, Metz, Montpellier, Lille et Bordeaux, c’est à Evian-les-Bains (Haute-Savoie), dans la Grange au lac en bois construite il y a plus de vingt ans pour le festival Rostropovitch, que s’est déroulée, vendredi 23 février, la 25e édition des Victoires de la musique classique.

Frédéric Lodéon tire sa révérence après avoir présenté l’émission pendant dix-sept ans
Une soirée anniversaire diffusée en direct sur France 3 et France Musique, présentée par le binôme Leila Kaddour-Boudadi et Frédéric Lodéon – qui tire sa révérence après avoir officié dix-sept ans dans ce qui reste aujourd’hui l’une des rares émissions télévisées de musique classique en prime time.
L’aventure des Victoires de la musique a commencé le 23 novembre 1985, toutes catégories confondues. Le violoncelliste Frédéric Lodéon, qui n’était pas encore homme de radio et présentateur, figurait parmi les nommés aux côtés de Katia et Marielle Labèque. Neuf ans plus tard, les Victoires de la musique classique naissaient au Palais des congrès, à Paris. C’est seulement au tournant du XXIe siècle qu’elles se délocaliseront en région. En l’an 2000, à Lyon, les deux phalanges symphoniques se succèdent au cours de la soirée – l’Orchestre national de Lyon conduit par Emmanuel Krivine, celui de l’Opéra de Lyon sous la baguette de Louis Langrée. De 1998 à 2002, une partie est encore dédiée au jazz, avant qu’il ne prenne lui aussi ses propres quartiers.

 A Evian, l’orchestre de l’Opéra de Lyon est de nouveau à pied d’œuvre sous la direction de Pierre Bleuse, l’assistant du nouveau directeur musical, Daniele Rustioni, nommé à la succession de Kazushi Ono. Rustioni fera un passage éclair avec l’ouverture du Guillaume Tell de Rossini. Parmi la pléiade d’artistes invités – les pianistes Anna Vinnitskaya, Nelson Goerner, le contreténor Jakub Jozef Orlinski –, difficile de faire plus antagonique que les deux shows présentés par les sopranos Angela Gheorghiu et Barbara Hannigan. D’un côté l’ancien monde : la brune diva roumaine en majesté dans « Un bel di, vedremo » de Madame Butterfly (Puccini). De l’autre le nouveau, avec la blonde et bondissante Canadienne qui dirige, joue, danse et chante I Got Rhythm de Gershwin, arrangé par Bill Elliott (extrait de son disque Crazy Girl Crazy, paru chez Alpha). Les deux se suivront au Palais Garnier : la seconde dans la reprise de La Voix humaine de Poulenc mis en scène par Krzysztof Warlikowski (du 17 mars au 11 avril), la première en récital, le 17 juin.
Dix-huit concurrents sont encore là sur les quelque 305 instrumentistes, 152 chanteurs, 45 révélations lyriques et instrumentales, 72 compositeurs et 443 enregistrements présents sur la ligne de départ. L’organisation du scrutin, auquel participe un collège de 300 représentants de la filière (artistes, compositeurs, agents, producteurs, éditeurs, presse, etc.), se tient à présent en deux tours, afin de diminuer le risque de lobbying depuis qu’une scandaleuse récompense du « meilleur enregistrement de l’année » en 2010 avait distingué le pianiste Cyril Huvé, alors président de la Spedidam (société de droits des artistes), devant Philippe Jaroussky et Cecilia Bartoli.
Si l’on avait encore des doutes quant à la suprématie du violoncelle en France, il se seraient envolés à l’annonce des résultats qui ont couronné deux des 12 finalistes du prestigieux Concours reine Elisabeth de Belgique en 2017. Le blond Bruno Philippe a été désigné dans la catégorie « révélation soliste instrumental » devant le pianiste Sélim Mazari et le corniste Nicolas Ramez, tandis que son aîné, Victor Julien-Laferrière, grand vainqueur du « Reine Elisabeth », se voyait décerné le titre de « soliste instrumental » devant son concurrent et homologue Gautier Capuçon et le pianiste Lucas Debargue.
Réalisation soignée
Natalie Dessay est jusqu’à présent la plus titrée des Victoires de la musique classique – six récompenses toutes catégories confondues. Mais il semble que Sabine Devieilhe, qui remporte cette année pas moins de deux trophées, lui emboîte sérieusement le pas. Outre celui de l’« enregistrement de l’année », avec Mirages (Warner Classics), un disque d’airs d’opéra et mélodies français, qui s’impose devant le Daphnis et Chloé de Ravel dirigé par François-Xavier Roth (Harmonia Mundi) et l’intégrale Schumann de la pianiste Dana Ciocarlie (La Dolce Volta), la soprano colorature de 32 ans est à nouveau sacrée, comme en 2015, « artiste lyrique de l’année », laissant derrière elle les barytons François Le Roux et Ludovic Tézier. Rien d’étonnant quand on sait que Sabine Devieilhe vient de triompher à l’Opéra de Vienne dans le rôle créé par Laurent Pelly pour Natalie Dessay dans La Fille du régiment, de Donizetti. Appelons les mêmes augures pour ses « cadettes » de la catégorie « révélation artiste lyrique », où la soprano Chloé Briot, remarquable Pinocchio dans l’opéra éponyme de Philippe Boesmans au dernier Festival d’Aix-en-Provence, s’est fait damer le pion par la mezzo-soprano Eva Zaïcik, troisième Prix au récent Concours Voix Nouvelles.
Parmi les trois compositeurs nommés, Karol Beffa (Le Bateau ivre) sera finalement retenu devant Bernard Cavanna (Geek Bagatelles, pour chœur de smartphones et orchestre) et Tristan Murail (Sogni, ombre et fumi, pour quatuor à cordes). Mais c’est un extrait du Concerto pour clarinette de Thierry Escaich, lauréat de l’année précédente comme le veut la coutume, qui sera interprété par Paul Meyer.
Particulièrement soignée, la réalisation a dévoilé en version drone les jeux de mains des pianistes. Quant aux incrustations de séquences mémorielles – Rostropovitch, Menuhin, Ciccolini, Gitlis, Engerer, Dessay, Alagna… –, elles auront fait apparaître autant la maturité rayonnante des grands disparus que l’émouvante juvénilité des talents d’aujourd’hui.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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