La candidature de Marichuy au Mexique: une campagne pour faire éclore cent fleurs rebelles

Tlaxcala – 26/02/2018 – Mauricio Centurión  Traduit par Fausto Guidice – Extraits –
Les membres sont issus du Congrès National Indigène, composé de 523 communautés et représentant 43 groupes autochtones de 25 États, après 7 mois de consultation et de travail en assemblées avaient créé la surprise en proposant une candidate indépendante à la présidence du Mexique : María de Jesús Patricio Martínez, dite Marichuy. Cette femme, une indigène Nahua, a assumé avec le Conseil du Gouvernement Indigène la tâche ardue de visiter les villes du Mexique afin de faire connaître leurs propositions, « recueillir la douleur » et chercher à collecter  les 860 000 signatures que l’Institut National Électoral exigeait  pour pouvoir valider la candidature.  Elle n’a pas atteint ce but, mais a mené une campagne enrichissante pour tous.
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Une ferveur contagieuse accompagne chacune de ses apparitions publiques, telle une bourrasque balayant le vieux monde gris et figé de la politique mexicaine. Dan un pays où près de 80 % des quelques 17 millions d’indigènes vivent sous le seuil de pauvreté, son irruption sur la scène politique est le fruit de l’exaspération grandissante des Mexicains suite au mandat exécrable du président Pena Nieto, l’année 2017 marquant la cuisante défaite du gouvernement dans la guerre contre la drogue avec plus de 25 000 homicides enregistrés.
Représenter et non évincer
Marichuy est médecin généraliste traditionnel, soignant par les plantes, un savoir qu’elle a hérité de sa mère et de sa grand-mère. Elle affirme que les zapatistes,  par  leur soulèvement de 1994, lui ont fait comprendre qu’on pouvait vivre autrement. Depuis lors, elle a fait de la lutte et de la guérison des maux son mode de vie. Elle est plutôt timide, mais ses mots tombent avec conviction et force :  » Plus que des votes, nous collectons des douleurs que nous avons dans tous les villages et qui devaient être entendues. Nous n’offrons pas de solution magique, nous appelons nos peuples à s’organiser« . « Après 524 ans de dépossession et d’extermination, nous voulons passer à l’offensive et cette fois-ci  être protagonistes de l’histoire que nous voulons vivre.« 
Proposer et non imposer / Servir et non se servir
L’ Institut national électoral a exigé du Congrès national indigène 860.000 signatures pour pouvoir  entrer dans le processus électoral. Ce n’était là que le premier obstacle, étant donné que les signatures devaient  être collectées avec un smartphone coûteux : dans les communautés  il est impensable et inutile d’avoir un téléphone à plus de 2000 $ parce qu’il y a très peu de couverture de réseau et de connexions dans ces  zones et il fait donc voyager deux ou trois heures pour obtenir une connexion  et ensuite être en mesure de collecter des signatures. Comme si tout cela ne suffisait pas, l’Institut a reçu 1 331 plaintes pour exclusion de municipalités ayant des niveaux élevés et moyens de marginalisation, ainsi que 725 municipalités déclarées en état  d’exception ou de catastrophe déclarée suite aux  tremblements de terre de septembre.
Sachant tout cela, la porte-parole et le Conseil indigène de gouvernement sont partis en tournée dans  les villes et villages du Mexique.
Les  71 membres du Conseil  et sa porte-parole savaient qu’en assumant leur tâche, ils portaient la voix et le regard de celles et ceux d’en bas, s’engageant à se battre pour la justice et la démocratie, à respecter la terre mère et les langues et les visions du monde originaires,  à construire des révoltes et des résistances et avec les exploités du pays et du monde, contre ceux d’en haut, à ne pas se vendre, abandonner ou se rendre. À suivre et respecter les sept principes  du « Commander en obéissant »: Servir et ne pas se servir, Représenter et non évincer, Construire et non détruire, Obéir et de non commander, Proposer et non imposer, Convaincre et non vaincre, Descendre et non monter. 

Descendre et non monter
 Marichuy monte à à la tribune. De son visage émane une profonde sérénité contrastant avec la force de ses propos : « Tous ceux qui sont réunis aujourd’hui savent que notre Mexique se meurt. Ils s’approprient notre terre-mère, notre eau, nos forêts, ils nous imposent leurs mines, leurs aliments transgéniques… Ceux qui luttent ont trouvé sur leur chemin la prison, les disparitions forcées, parfois même la mort… Ça suffit ! ».  Lance-t-elle à la foule électrisée par son discours. accusée de prendre des voix à la gauche, notamment du candidat soutenu par une coalition de différents partis, Manuel Lopez Obrador, la candidate indigène balaie d’un revers de main ces critiques. « Nous ne sommes pas un parti, nous sommes le peuple. Ce n’est pas notre propos de  prendre le pouvoir ou d’arriver au fauteuil, parce que nous savons que l’unité ne se construit pas d’en haut, c’est quelque chose qui est corrompu et qui y arrive va se corrompre, nous voulons construire quelque chose d’en bas, de différent parce que nous ne sommes pas d’accord avec  tout ce qui se passe, et nous ne sommes pas d’accord pour qu’on continue à nous ignorer ».
Construire et non détruire
Les 255 864 signatures pour Marichuy que le Conseil indigène de  gouvernement a réussi à recueillir  valaient la peine. Cela valait la peine de sortir  des communautés pour traverser chaque localité meurtrie et écouter les peines des gens. L’heure est venue que cent fleurs éclosent dans les villes et villages du Mexique, un  Mexique « plus jamais sans nous ». Et celles et ceux qui disent cela  ont mis  plus d’une décennie pour leur première apparition ensemble. Ils se  disent semblables à l’escargot, avançant  lentement, mais laissant des traces. Les fleurs ont commencé à bourgeonner. 
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NdT : * Ometeotl (nom nahuatl composé de ome, « deux », et teotl, « énergie»), ou Omeyotl, désigne, dans la cosmogonie mexica/aztèque, le principe de dualité qui gouverne l’Omeyocan ; c’est une sorte d’entité suprême, unique, immatérielle, transcendante, créateur unique de toute chose, atteignant la perfection, qui s’est divisée en deux divinités : Ometecuhtli (essence masculine) et Omecihuatl (essence  féminine). Ils ont engendré quatre dieux créateurs : Xipe-Totec, Tezcatlipoca, Quetzalcoatl et Huitzilopochtli.

A propos werdna01

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