Les britanniques nous alertent sur le privatisation du train

France-Inter – 03/03/2018 –Giv Anquetil, Antoine Chao, Charlotte Perry
Alors qu’en France, on se prépare pour le grand chambardement de la SNCF, on a voulu aller en Grande-Bretagne où une autre bataille du rail cristallise aussi toutes les tensions.
Gare en AngleterreGare en Angleterre © Radio France / Giv Anquetil
Sauf que nos voisins britanniques se battent, eux, pour re-nationaliser leurs trains. Car voilà bientôt 25 ans qu’une vingtaine de compagnies privées s’y partagent le réseau sans réelle concurrence ; et le bilan est assez catastrophique : outre les lignes surchargées, les tarifs y sont jusqu’à 6 fois plus chers qu’ailleurs en Europe.
A la gare d'Euston en AngleterreA la gare d’Euston en Angleterre © Radio France / Giv Anquetil
Ici des mots d’ordres comme « We own it » (« Ca nous appartient ») ou « Bring Back British Rail » en faveur d’une re-nationalisation des chemins de fer rassemblent 76 % d’opinions favorables, si bien que même Jeremy Corbyn l’a repris dans le programme de l’opposition Travailliste.
Une occasion pour nous d’aller juger sur pièce les promesses de la libéralisation, alors même que la législation européenne oblige la France à ouvrir son réseau de chemin de fer à la concurrence au plus tard en décembre 2019.
Charlie Hebdo – 07/03/2018 – Jacques Littauer –
A la fin des années 1980, toute l’Europe s’enflamme pour le modèle suédois qui permet aux autorités locales de mettre en concurrence les compagnies ferroviaires grâce à des appels d’offre, et ce même si plusieurs d’entre elles feront faillite par la suite. Et c’est l’accident : en 1991, la toujours bien inspirée et libérale Union européenne édicte une directive imposant aux États membres se séparer l’exploitation de l’infrastructure, ce que la France fera, comme les autres, en créant Réseau ferré de France (RFF) – distinct de la SNCF – remplacé en 2015 par SNCF Réseau, aujourd’hui accusé de tous les maux.
Au royaume-Uni, ce sera John Major qui privatisera le rail britannique en 1993, alors que même Margaret Thatcher s’y était refusée, estimant que « ce serait aller trop loin« ?. Car dans cette nouvelle structure, obsédée par l’idée de créer de la concurrence, on a oublié un léger détail : la sécurité. Comment s’assurer que les entreprises privées, forcément préoccupées par par leur rentabilité, vont y consacrer toute l’attention suffisante ?
Les britanniques, – enfin ceux qui ne sont pas morts écrabouillés dans les accidents – ont très vite fait le lien, eux. Le scandale a été tel que même Tony Blair a été obligé de renationaliser Railtrack, le gestionnaire du réseau, suite aux trop nombreux accidents. Gag de l’histoire : les infrastructures étaient en si mauvais état que l’État britannique a dû faire exploser les subventions publiques, qui ont triplé entre 2000 et 2006. Ah ! Ces privatisations qui doivent nous faire gagner de l’argent… Aujourd’hui, les trains sont affreusement chers en Angleterre. Ainsi, les britanniques paient en moyenne cinq à six fois plus que les autres usagers européens. Une passagère assure ainsi dépenser 4 500 euros par an pour un trajet quotidien de quarante-cinq minutes entre son domicile et la capitale.   
Euh ! Darmanin, t’as dit que chaque Français payait combien pour la SNCF, déjà ? 340 euros, c’est ça ? C’est très malin de faire peur de la sorte. Allons-y : l’Éducation nationale nous coûte 1 000 euros par an, l’armée 700 euros… Au secours ! Et en plus Darmanin ment. Car selon le rapport Spinetta, le coût pour le contribuable n’est que de 200 euros, à supposer que ce même chiffre ait un sens.   
Dernier fait : selon le Railway Peformance Index du BCG, qui mesure la qualité globale des systèmes ferroviaires, la France se classe quatrième, au même niveau que l’Allemagne et la Suède, et devance les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique, l’Espagne et bien sûr le Royaume-Uni. Comment oser proclamer après ça, comme le fait le Premier ministre, que « la situation est alarmante, pour ne pas dire intenable » ? Sa stratégie est classique. Un, dresser un tableau apocalyptique du service rendu. Deux, faire flipper tout le monde avec la « dette ». Trois, invoquer « l’urgence », comme si tout allait s’effondrer demain faute de « réforme ».
Et la solution à tous nos maux : précariser les futurs cheminots sur l’autel de la réforme, histoire de paraître « moderne » et « équitable ». Alors que rien dans le rapport Spinetta ne montre que leur sacrifice résoudra tous les problèmes.
Lire aussi : Quand on veut tuer son train, on dit qu’il a la rage – L’âge de faire/mars 2018 – Lisa Giachino –

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