Guyane : montagne d’or : mirage économique ?

Biocontact magazine – mars 2018 – WWF France

La Guyane possède une forêt tropicale primaire à la biodiversité d’une richesse incomparable, qui reste, encore en partie, à découvrir et exige d’être protégée. Autoriser un complexe minier de l’envergure envisagée dans une vallée séparant deux Réserves biologiques intégrales (de Lucifer à Dekou-dekou) est une aberration écologique. Clairement, le projet de mine d’or industrielle Montagne d’Or porté par le promoteur russe Nordgold et envisagé près de deux réserves biologiques intégrales en pleine Amazonie est très loin de représenter la meilleure option d’investissement de l’argent public.
Le WWF France dénonce l’impact désastreux de ce projet sur un écosystème exceptionnel : il s’agirait de la première mine industrielle en Guyane et, de très loin, de la plus importante mine d’or dans l’histoire de France. Selon l’opérateur, pour extraire l’or, 57 000 tonnes d’explosifs, 46 500 tonnes de cyanure et 142 millions de litres de fuel seront nécessaires pour les 12 ans de durée de vie du projet.
Par ailleurs, et contrairement aux arguments avancés par les défenseurs de la mine, le projet n’est absolument pas une solution pour lutter contre l’orpaillage illégal : les métiers sont totalement différents d’un point de vue opérationnel, et surtout, les personnes travaillant dans l’orpaillage illégal sont très majoritairement en situation irrégulière (elles ne seront donc pas employées par le projet Montagne d’Or).

C’est conscient de cette menace sur un écosystème exceptionnel, grâce à son expertise et sa présence sur le terrain, que le WWF France a voulu savoir si le projet représentait un réel levier économique et, notamment, la meilleure option d’investissement de l’argent public. Pour réaliser son étude, le WWF France s’est appuyé sur deux documents publics, réalisés pour Nordgold, et qui n’avaient jusqu’à présent pas fait l’objet d’analyse publique : l’évaluation économique préliminaire publiée en juillet 2015 et l’étude de faisabilité bancaire publiée en avril 2017. Les conclusions sont claires : ce projet est un mirage en termes de développement pour la Guyane et un gouffre pour l’argent des contribuables.
Par ailleurs ce projet ne correspond à aucun besoin vital pour les populations car utilisé principalement pour la bijouterie. En effet, les coffres de la Banque de France recèlent plus de 2500 tonnes d’or. Largement de quoi alimenter les besoins de l’électronique, nanomedecine et dentisterie.
L’analyse économique du projet repose sur plusieurs hypothèses particulièrement favorables. La volatilité du cours de l’or et la dépendance au taux de change euro-dollar créent une incertitude réelle sur la rentabilité de l’ensemble du projet. Si les résultats économiques du projet minier venaient à baisser, l’impôt sur les sociétés payé par l’entreprise baisserait également. Cette rentrée fiscale, qui est la principale retombée attendue du projet pour les finances publiques, est donc très fragile.
Par ailleurs, si la rentabilité se dégradait, il y a fort à parier que les promoteurs feraient tout pour la rétablir, notamment en réduisant les dépenses, en premier lieu celles sur lesquelles ils ont des marges de manœuvre, à savoir le social et l’environnement. Le projet engloutirait au moins 420  millions d’euros publics (alors que les bénéfices espérés du projet s’élèvent à 352 millions d’euros). Pour chacun des 750 emplois directs annoncés, cela reviendrait à un coût de 560 000 euros pour la durée du projet.
« Les défenseurs du projet minier Montagne d’or mettent en avant ses avantages économiques pour faire oublier ses impacts écologiques. Ce projet est-il le « bon » pour le développement économique de la Guyane ? C’est pour répondre à cette question que le WWF France a réalisé l’étude « Montagne d’or » : un mirage économique. Les conclusions sont claires : le projet est à la fois un non-sens écologique et un non-sens économique. C’est un mirage économique qui consommera des quantités astronomiques d’argent public, argent qui ne serait plus là pour financer de vrais projets créateurs d’emplois de long terme pour les Guyanaises et les Guyanais. »

La France qui, lors de la COP21, a invité les dirigeants du monde entier à engager la transition énergétique face au réchauffement climatique, ne saurait accepter un projet qui générera un maximum de gaz à effet de serre (GES) pour se fournir en électricité, une saignée de 120 km à travers la jungle pour une ligne haute tension, la création d’un barrage trois fois plus grand que celui de Petit-Saut, d’une usine alimentée en bois de forêt primaire, d’une route élargie et bitumée, source de destructions supplémentaires, sans compter le gaspillage d’immenses quantités d’eau et les séquelles de l’après-mine parfaitement connues, recensées et prévisibles…

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