Trump/Macron, mode d’emploi

Charlie Hebdo – 14/03/2018 – Robert McLiam Wilson* – Traduite de l’anglais par Myriam Anderson –

Donald Trump annonce qu’il vaut taxer les importations d’acier et d’aluminium, lançant potentiellement une guerre commerciale globale. Le président Macron est invité à la Maison-Blanche pour le premier dîner d’État de l’ère Trump. Le Lien ? laissez-moi vous expliquer.
Dans le réseau complexe du commerce international, croire en l’utilité des taxes sur les importations revient, parait-il, à croire au Père Noël. Les entreprises dont l’activité dépend de l’acier importé feront rejaillir le surcoût sur leurs clients. Les prix vont monter, les ventes tomber, des emplois se perdre. Un poste de travailleur de l’acier américain sauvé, c’est dix de perdus dans l’industrie et les services. Sans compter l’impact économique des inévitables taxes que les autres pays imposeront sur les exportations américaines en représailles. 
Jusqu’ici, vous êtes en droit de demander ce que j’en sais, moi. A quoi je vous répondrai : au moins autant que cet escroc attardé de Trump qui ne pourrait donner une définition valide de l’économie de l’offre même si sa vie en dépendait. Mais le résultat est moins fascinant que le processus de décision : le jeudi 1er mars, le secrétaire au commerce, Wilbur Ross, piège un Trump isolé et chafouin pour une réunion à la Maison-Blanche avec une bande patrons de l’industrie de l’acier et de l’aluminium en invités-surprises. S’ensuivent quelques minutes de négociation sur les minima fiscaux des taxes à l’import – probablement à base d’images et de coloriages. Une heure plus tard, sans autre forme d’examen législatif ou diplomatique, Trump annonce qu’il instaure de nouvelles taxes drastiques. Aussitôt, la Bourse américaine s’effondre, et l’humeur du président suit. Moins une démonstration politique qu’un bon gros caprice. 
C’est le monde dans lequel nous vivons. Si vous parvenez à coincer le président américain avec une quinzaine de types qui ont une idée derrière la tête, le pov’ vieux leur lâche immédiatement ce qu’ils veulent. Plus il s’énerve, plus il s’isole, plus il devient un pigeon facile – parce que le plus bizarre des secrets, c’est que les arnaqueurs sont incroyablement faciles à duper.
Et donc, Emmanuel Macron sera le premier cher D’État étranger à dîner avec Donnie. En temps normal, cela impliquerait des tentatives pour renforcer les liens politiques et culturels avec un allié stratégique. Mais tout cela est bien trop subtil et intello pour l’ère Trump. Macron et son équipe doivent comprendre que, s’ils caressent ce gros garçon dans le sens du poil, ils ont une fenêtre de tir de douze à dix-huit heures. Il leur lâchera peut-être même une poignée de porte-avions. Il faut le complimenter sur sa coiffure, lui dire que vous rêvez de parler anglais aussi bien que lui. Qu’il est le plus intelligent, le plus grand, le plus beau de tous. Qu’il a la plus grosse de tout l’Univers. 
Et que demander en échange, jeune Emmanuel ? Oubliez la clause de la nation la plus favorisée. Demandez-lui qu’il vous donne le parc de Yellowstone. Ou Manhattan. De déclarer unilatéralement que les États-Unis sont désormais francophones. N’importe quoi, vous l’aurez.
Et ne vous inquiétez pas de l’opposition du Congrès républicain ou du Sénat. Allez, tant que vous y êtres, glissez-lui qu’il est bien meilleur qu’Obama, et persuadez-le de démissionner. Je vais vous dire comment le convaincre. Dites-lui tout simplement qu’en Europe, tout le monde pense que « président des États-Unis », ça fait quand même un peu gay…
* Né en 1964 dans le quartier ouvrier de Belfast, Robert McLiam Wilson est un écrivain nord-Irlandais.  Après avoir vécu à Londres et étudié la littérature anglaise à Cambridge, il est revenu en Irlande du Nord pour donner des cours à l’Université d’Ulster. Dès son premier roman, Ripley Bogle (1988), il remporte plusieurs prix littéraires en Grande Bretagne. Son œuvre la plus connue est sans conteste Eureka Street. C’est un roman foisonnant avec comme personnage central la ville de Belfast.

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