L’art de la guerre selon Vladimir Poutine

 Ouest-France 15/03/2018 par Laurent MARCHAND.
EditorialC’est le tsar incontesté de l’immense Fédération de Russie, sur onze fuseaux horaires. Il est au pouvoir depuis Noël 1999. À 65 ans, Vladimir Vladimirovitch Poutine est l’homme qui aura restitué à un pays dévasté par l’effondrement de son système deux qualités que les Russes recherchent : la stabilité et l’honneur. Inutile de pinailler sur les piètres résultats économiques de ce système. Sur le fléau de la corruption. Sur l’occasion ratée de faire entrer la Russie dans la modernité. Poutine est populaire et il sera, dimanche, réélu président dès le premier tour.

Square on March 14, 2018. . / AFP / Yuri KADOBNOV

Le président russe Vladimir Poutine s’adresse à ses partisans lors d’un rassemblement célébrant le quatrième anniversaire de l’annexion de la Crimée par la Russie, le 14 mars 2018. | YURI KADOBNOV / AFP
Ce qui est intéressant à observer, ce n’est pas tant la fabrique de ce consensus, où se mêlent le goût pour l’homme fort et la nostalgie de la puissance. Mais où va la Russie de Poutine aujourd’hui, à l’orée de son quatrième mandat. À en juger par la crise des espions qui a éclaté cette semaine avec la Grande-Bretagne, c’est une nouvelle saison de tension qui s’annonce.
Versatile comme un espion, Poutine a eu plusieurs visages depuis 1999. Celui des années 2000, concentrées sur la reconstruction d’un pays violemment secoué par la chute du communisme. Reconstruction verticale, selon la formule consacrée alors pour décrire le pouvoir instauré par Poutine, qui a assis son pouvoir sur les services de sécurité. Leur corruption. Leur soif de violence, assouvie lors des deux guerres de Tchétchénie.
Le deuxième Poutine, à partir de 2007, s’était donné comme objectif – il l’avait déclaré à Munich – de restaurer l’honneur perdu de la Russie sur la scène internationale. Cela nous a valu l’intervention en Géorgie en 2008. En Crimée et dans le Donbass en 2014. En Syrie en 2015. Des interventions en crescendo. Calibrées sur les potentiels offensifs des forces russes, en crescendo elles aussi.
Un parfum de Guerre froide
Chaque fois, il s’est agi d’utiliser la force de façon à obtenir le maximum de gain diplomatique et stratégique, avec le minimum de pertes militaires. Poutine n’est pas homme à envahir l’Irak à la Bush, mais, en bon judoka, à optimiser à son avantage les forces en présence. En profitant, en l’occurrence, du repli américain consécutif aux guerres inutiles menées par Washington.
Cet art de la guerre calibrée, on l’a vu également sur un autre tableau, celui des provocations contre les pays de l’Otan. La reconquête de la « grandeur » russe est passée, depuis dix ans, par une série d’actions de moyenne intensité. En venant chatouiller, par mer et dans les airs, les systèmes de défense de l’alliance atlantique jusqu’en mer Baltique et dans la Manche. En usant des cyberattaques pour tenter de déstabiliser, parfois avec succès, les processus électoraux de nos démocraties.
Poutine n’a pas fait de déclaration sur le cycle qui s’annonce avec sa réélection, mais les événements nous disent déjà que ce sera un cycle de tensions. Le conflit en cours avec la Grande-Bretagne, sur une série de faits d’espionnage, est emblématique. Poutine adore qu’on lui prête tous les complots. On ne prête qu’aux riches. Cela exauce son rêve de revanche et le renforce en interne pour mettre en scène une Russie agressée.
La crise avec Londres et la nomination, cette semaine, de deux faucons au Département d’État américain et à la CIA donnent un parfum de Guerre froide à la nouvelle saison qui s’annonce. Le parallèle risque toutefois d’être trompeur, car le monde a changé. En revanche, faute de rivaux, Poutine est sous la menace de l’usure du pouvoir, et il a besoin, plus que jamais, d’un ennemi extérieur. Pour durer, tout simplement.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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