La télévision, miroir déformé du monde

Ouest-France 21/03/2018 Jean-Michel DJIAN, journaliste et écrivain.
EditorialL’opinion internationale peut réellement s’interroger sur l’image que la télévision renvoie de la réalité du monde d’aujourd’hui. Tout semble s’organiser pour que nos yeux et nos oreilles ne perdent plus une miette du spectacle hallucinant qu’offrent les plus sulfureux dirigeants politiques de la planète à leur population.
Des frasques diplomatiques de Donald Trump et de Kim Jong-un aux feuilletons judiciaires de Silvio Berlusconi en Italie ou de Lula au Brésil, en passant par les figures de style si bien calculées de Vladimir Poutine au Proche-Orient, rien n’est épargné à ceux et celles qui, avec la meilleure intention, tentent de comprendre la marche du monde.
Une sorte de métapolitique planétaire médiatisée à l’extrême est en train de supplanter les diplomaties nationales au long cours jadis protégées par le seul secret.
Ce sont désormais les mêmes images des tragédies de la Goutha en Syrie, diffusées en boucle sur les écrans, qui dictent la tenue en urgence des réunions du Conseil de sécurité à l’Onu.
Ce sont tout autant les foucades médiatiques des présidents américain et nord-coréen qui préparent les esprits à des surenchères diplomatiques dont personne (et encore moins les diplomates) ne peut connaître l’issue. Que pèse politiquement aux yeux de l’opinion la visite protocolaire d’un chef d’État français en Inde devant le dernier tweet de Donald Trump ?
« Une image vaut mille mots »
Les habitants de la planète en sont réduits à n’être que les téléspectateurs addictifs d’une série que se joue dans leur dos. Qu’il soit argentin ou japonais, français ou sud-africain, l’imaginaire international du citoyen du monde se fabrique en creux sur YouTube, CNN, Twitterou BFM, souvent loin de son territoire et dans des proportions qui laissent penser que le futur ne tient qu’à un fil. Désormais il faut toujours des acteurs, du suspense et un dénouement avant de passer à autre chose.
«Une image vaut mille mots », disait Mao Tsé-Toung, reprenant à son compte une citation fameuse de son ancêtre Confucius. Combien de milliers de mots vaut aujourd’hui une image depuis qu’elle est devenue ce qu’elle est, c’est-à-dire numérisée, retravaillée, augmentée, parfois détournée ?
Entre le local qui cultive une certaine idée de « vivre ensemble » et le global qui, stimulé par Internet et Google, en fabrique une autre à coup de clichés populistes et autres caricatures politiques, c’est un nouvel imaginaire de l’humanité qui se dessine.
Il est imperméable à la critique autre que médiatique et impose à la masse des humains qui triment sur la Terre l’idée que le monde de demain est plus dangereux que celui d’hier… Ce qui reste à prouver.
Il suffirait pourtant que nous prenions, à l’école ou ailleurs, un peu de distance avec les écrans pour comprendre que la télévision, aussi professionnelle et planétaire soit-elle, ne sera toujours que le miroir déformé du monde.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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