Chine – « Le plus grand pont du monde » relie désormais Hongkong à Macao

Cet ouvrage d’art pharaonique long de 55 kilomètres, techniquement un ensemble de viaducs, scelle le rapprochement géographique entre les régions administratives spéciales et la province du Guangdong. Lire la suite
« Le plus grand pont du monde » relie désormais Hongkong à Macao
Cet ouvrage d’art pharaonique long de 55 kilomètres, techniquement un ensemble de viaducs, scelle le rapprochement géographique entre les régions administratives spéciales et la province du Guangdong.
LE MONDE ECONOMIE | 02.04.2018 | Par Florence de Changy (Zhuhai (province du Guangdong), envoyée spéciale)

/ AFP / Philip FONG

Sur le pont Hongkong-Zhuhai-Macao, le 28 mars. PHILIP FONG / AFP
Au beau milieu du pont qui surplombe le vaste delta gris-vert de la rivière des Perles, l’ingénieur chinois Gao Xinglin lève les bras en signe de victoire, à la demande des photographes, mercredi 28 mars. Les six voies sont encore fermées à la circulation publique, mais tout est prêt pour l’ouverture de cet ouvrage d’art pharaonique qui relie Hongkong, Zhuhai et Macao : marquage au sol, signalisation, éclairages…
Vêtu de son uniforme de travail – blouson et pantalon gris –, l’homme, chef d’équipe du projet depuis sa conception il y a dix ans, paraît minuscule au regard des immenses piliers qui marquent le centre du pont. En contrebas, le fleuve charrie vers la mer de Chine les eaux boueuses de la province du Guangdong, la plus peuplée, la plus dynamique et la plus productive de toute la Chine, qui, depuis quelques années, se métamorphose grâce aux nouvelles technologies. Gao Xinglin ne cache pas sa fierté quant à l’aboutissement de ce projet, même s’il ne compte plus les nuits sans sommeil. « Nous avons dû faire face à d’innombrables défis, mais on les a tous surmontés », déclare-t-il en secouant la tête.

Une quinzaine de pays ont, par leur expertise, contribué au projet, mais celui-ci est « essentiellement chinois », souligne M. Gao. « Au début, les experts étrangers nous ont dit que ce serait impossible à cause des contraintes techniques. Mais, à présent que c’est chose faite, la Chine se hisse au rang des meilleurs créateurs de ponts du monde », se félicite Zhang Meisheng, président du bureau des affaires étrangères de Zhuhai.
Le coût des travaux (de l’ordre de 120 milliards de yuans, soit environ 15,5 milliards d’euros en fonction des estimations) a été réparti entre les trois entités administratives qui ont cogéré le projet : la province du Guangdong et les deux régions administratives spéciales (RAS) de Chine que sont Hongkong et Macao. Deux îles artificielles ont dû être construites de toutes pièces pour accueillir les bouches du tunnel qui interrompt le pont aux deux tiers de sa course à travers l’estuaire.
Formidable réussite
« En fait, nous avons construit les sections du pont et du tunnel en pièces détachées, notamment à Shanghaï. Puis nous les avons transportées pour les installer ici », explique Evelyn Tang, porte-parole de l’Autorité du pont Hongkong-Zhuhai-Macao, le consortium qui a géré le projet. Elle évoque « des sections moulées de 180 mètres de long », « la plus grande grue flottante du monde » et « des raccords à deux millimètres près » pour illustrer ce qui semble être une formidable réussite chinoise. Ce mégaprojet a toutefois été qualifié d’éléphant blanc par ses détracteurs, qui estiment qu’un train rapide aurait été bien plus efficace.

China March 28, 2018. REUTERS/Bobby Yip

« Bien que certains parlent du plus grand pont du monde, il s’agit plutôt d’un ensemble de viaducs, dont la longueur bout à bout est de 55 kilomètres », précise Michel Bonnet, directeur des opérations de Dragages Hong Kong, filiale de Bouygues Construction, qui a été chargée de la partie du pont réalisée dans les eaux territoriales de Hongkong ; partie entièrement gérée et financée par le gouvernement de la RAS. « On nous a confié les dix kilomètres les plus difficiles, car c’est notre spécialité », affirmait au Monde Nicolas Borit, alors directeur général de Dragages Hong Kong, en 2014. La remise des travaux a eu lieu mi-janvier.
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A l’extrémité chinoise (à l’Ouest), une fois passé le grand barrage de péage qui est déjà en place, équipé d’appareils de reconnaissance faciale, les véhicules arrivant de Hongkong pourront choisir d’aller soit vers Zhuhai et la province du Guandgong en Chine continentale, soit vers la RAS de Macao. Du côté de Hongkong (à l’Est), le pont débute sur l’île de Lantau, à proximité de l’aéroport international – le plus gros aéroport de fret aérien du monde –, où une troisième piste est en projet pour accompagner la croissance de la région.
Pour le moment, la manière la plus simple de traverser le delta est de prendre le ferry. Aller de l’aéroport international de Hongkong à Zhuhai par la route prend environ quatre heures. Une fois le pont en service, il faudra compter à peine plus d’une demi-heure pour se rendre d’un côté à l’autre. L’entreprise Shun Tak Holdings, dirigée par Pansy Ho, héritière de l’empereur des casinos de Macao, Stanley Ho, a annoncé cette semaine avoir gagné le monopole des navettes de bus entre les deux rives. L’aller-simple coûtera 80 dollars hongkongais (8 euros) contre 22 euros pour un ticket de ferry.
Question ardue des douanes
Tout comme le train rapide qui va relier Hongkong à Shenzhen, ville de 12 millions d’habitants et vitrine technologique de la Chine, le pont devrait, d’une part, accélérer le développement de la rive ouest du delta et, d’autre part, concrétiser l’intégration physique de Hongkong au sud de la Chine, région en plein essor qualifiée de « Californie chinoise ».

AFP / Philip FONG

Vue d’une île artificielle marquant le passage d’une section en tunnel sur l’ouvrage reliant Hongkong à Zhuhai et Macao, le 28 mars. PHILIP FONG / AFP
Pékin devrait dévoiler au mois de mai son plan pour la région de la « Grande Baie » (Greater Bay Area), zone du delta de la rivière des Perles qui, outre Hongkong, Macao et Zhuhai, inclut une dizaine d’autres villes chinoises, dont Shenzhen et Canton. Le développement stratégique de cette région, qui compte plus de 100 millions d’habitants dans un rayon de 150 kilomètres et qui fut déjà le berceau des réformes économiques sous l’impulsion de Deng Xiaoping, en 1979, est aussi une priorité politique. Le président chinois Xi Jinping l’a rappelé lors du 19e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), en octobre 2017.
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Reste à régler la question des douanes, qui est particulièrement ardue dans la mesure où Hongkong et Macao, en leur qualité de régions administratives spéciales, sont gérées avec une certaine autonomie et séparées du reste de la Chine par une frontière physique. Ainsi, les citoyens chinois ne peuvent pas aller et venir librement entre la Chine continentale et Hongkong ou Macao, et réciproquement pour les habitants des deux RAS.
Le gouvernement de Hongkong a d’ailleurs demandé cette semaine aux autorités de la province du Guangdong de faciliter les formalités afin de fluidifier les échanges d’hommes, de marchandises et d’argent au sein de la « Grande Baie ».

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