Livre : « Le goût des pesticides dans le vin »

Siné Mensuel – mars 2018 – Antoine Lopez –
La richesse aromatique des vins conventionnels tient aussi aux pesticides qu’ils contiennent. C’est la démonstration savante de Gilles-Eric Séralini et Jérôme Douzelet, vulgarisée dans un livre à consommer sans modération.
Gilles-Eric Séralini est un chercheur connu pour ses travaux sur les OGM et les pesticides (on lui doit notamment la preuve de la toxicité du Roundup); Jérôme Douzelet est un chef cuisinier bio, œuvrant au Mas de Rivet à Barjac (Gard). Partant du principe que les pesticides sont devenus abondants dans la nourriture et que l’on manque de référentiel pour en détecter la présence,, les deux hommes sont partis à la recherche du goût des pesticides. L’expérience a duré deux ans, avec le concours de professionnels du goût (œnologues, cuisiniers), elle est relatée dans un petit livre qui se lit comme on boit un nectar.
Plus contaminé que l’eau potable
Les deux aventuriers du goût ont établi un protocole précis pour répondre à leur questionnement : comparer à chaque fois deux vins de même cépage, même terroir, même année, l’un est bio, l’autre conventionnel. Ils ont ainsi choisi seize couples de vins (bordeaux, bourgogne, etc.). Ensuite, ils ont recherché les traces de 251 pesticides dans les dives bouteilles : tous les vins conventionnels étaient contaminés avec au total, onze pesticides différents et un seul vin bio. La concentration des poisons allait de 9 à 1144 ppb (parties par milliard). On notera que la loi plafonne à 0,1 ppb la présence d’un pesticide dans l’eau, seuil au-delà ,duquel elle est déclarée impropre à la consommation. Avec en moyenne 2927 fois plus de pesticides que pour l’eau potable, ces vins devraient être déclarés imbuvables ! Puis Séralini et Douzelet ont dilué une par une les molécules de ces onze pesticides dans de l’eau pure au même taux que celui trouvé dans les vins. L’eau révéla alors le goût de chaque pesticide.

Ce soir-là, on savoure à l’aveugle deux vins rouges de même AOC : indéniablement des bordeaux. Ensuite, on goûte l’eau sans et avec le pesticide repéré en cherchant laquelle exhale une note aromatique ou gustative exprimée aussi dans l’un des deux vins. L’eau « chargée » laisse une impression de brûlant, voire un léger goût de chlore. En revenant aux vins, on en trouve un qui s’attarde un peu au palais avec ce même brûlant chloré. Séralini révèle l’identité des flacons, des Pomerol de 2009. Le contaminé est un château l’évangile (non bio, autour de 400 euros la bouteille) contenant 146 ppb de boscalid (un fongicide) ciblant chez les humains le foie et la thyroïde; l’autre un château Gombaude-Guillot (bio) vierge de pesticides (autour de 50 euros la bouteille). Monte alors en mémoire d’avoir aimé nombre de bouteilles au goût de boscalid…
Hors collection / Janvier, 2018 / 144 pages / ISBN 978-2-330-09300-6 / prix indicatif : 14,80 €
Le vin, en tant que produit fermenté, a des vertus dé­toxifiantes insoupçonnées quand il n’est pas traité. Mais la viticulture conventionnelle est parmi les plus gros consommateurs de pesticides au monde. Ces substances nous intoxiquent durablement et, par leur proximité chimique avec les arômes naturels, déforment le goût des vins. C’est ce que nous montrent les auteurs de ce livre, où l’on découvre aussi qu’il est possible d’ap­prendre à reconnaître le goût des pesticides, pour pou­voir ensuite éviter les produits qui en contiennent.
En effet, ils ont proposé à des cuisiniers et à des vignerons une expérience inhabituelle : goûter des pesticides dilués dans de l’eau aux doses où ils ont été identifiés dans des vins. Une palette de nouveaux goûts et de sensations s’ébauche dans le cerveau, qui permet peu à peu de déceler la présence de pesticides. Un “Petit guide” détaille les caractéristiques, au nez et à la bouche, de onze pesticides parmi les plus répandus dans les vins.
Ce livre n’est pas un guide œnologique. Il se conçoit plutôt comme un outil original, de science pour tous, plaidant pour une recherche du bien-vivre et du bien-manger qui passe par l’éradication des substances chimiques nocives.

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