Un budget bio revu à la hausse, mais d’où viennent les fonds ?

Ouest-France 06/04/2018 – Mathieu Robert –
Le ministère de l’Agriculture vient d’annoncer un budget pour la production bio qui s’élève à plus d’un milliard d’euros pour quatre ans. C’est au niveau de ce que demandait la filière. 
C’est quoi la bio ?
L’agriculture biologique, c’est un mode de production agricole spécifique, qui répond à un cahier des charges européen. La certification du label AB par des organismes indépendants garantit le respect de ses principes.
Au-delà d’un cahier des charges, l’agriculture biologique, c’est une façon de repenser le métier d’agriculteur, c’est une agriculture d’avenir que les producteurs réinventent dans leurs fermes et collectivement dans leurs territoires et leurs filières.
Le plan de financement annoncé par le ministère interroge du côté des régions et des fédérations.

 

L’été dernier, Stéphane Travert s’était fait une mauvaise publicité dans la filière bio, après avoir annoncé que l’État concentrerait ses subsides sur les aides à la conversion au bio (pendant les cinq premières années de production) et qu’il cessait de financer les aides au maintien – lesquelles prennent le relais de l’aide à la conversion.Une décision qui découlait aussi de dépenses engagées, mais non couvertes, de la part de son prédécesseur socialiste Stéphane Le Foll, ainsi que de l’impasse budgétaire dans laquelle s’étaient placés certains conseils régionaux, incapables d’honorer les dossiers qu’ils avaient retenus, ce qui bloquait tout abondement de l’État.
Les fonds d’État doublés  
L’annonce, hier, du budget alloué au plan baptisé « Ambition bio » pour la période 2018-2022 pourrait le réconcilier avec la filière. Confirmant une information du Figaro, le ministère de l’Agriculture a annoncé un budget de 1,1 milliard d’euros sur la période. La Fédération nationale des agriculteurs bio (Fnab), qui demandait un effort de 800 millions d’euros d’ici à 2020, a réagi positivement à cette annonce « à la hauteur des enjeux ».
Cette somme, ramenée à l’année, représente un budget annuel de 220 millions d’euros, en forte hausse sur ce qui avait été budgété par Stéphane Le Foll, qui avait prévu 160 millions d’euros par an sur la période 2014-2020.
Dans le détail c’est d’abord l’État qui va doubler son effort budgétaire, assure-t-on au cabinet du ministère de l’Agriculture, pour porter les fonds alloués à 40 millions d’euros par an. De même, les fonds européens vont être portés à 126 millions par an. Ce doublement des fonds d’État interroge les régions de France, selon lesquelles ce budget n’a pas été prévu dans la dernière loi de finances. De même pour la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique des régions de France (Fnab) quant aux fonds européens. Sur la période 2014-2020 de la politique agricole commune, la France a consommé trop rapidement les fonds européens dits « du deuxième pilier » (1,4 milliard d’euros par an). Le « premier pilier » (7,7 milliards d’euros), le plus gros, apporte des subventions en fonction de la surface des terres exploitées. Le « deuxième pilier », lui, finance non seulement le bio mais aussi la compensation du handicap naturel (ICHN) (1), l’assurance récolte, ou encore les Mesures agroenvironnementales (Maec, dont certaines sont encore en retard de versement de plus de deux ans) qui incitent les agriculteurs a utiliser moins de produits phytosanitaires.
Besoins budgétaires
Le ministère de l’Agriculture a évalué entre 1 et 2 milliards d’euros les besoins budgétaires complémentaires pour aller au bout de la programmation, c’est-à-dire jusqu’en 2020. Pour continuer de payer les aides promises aux producteurs, un transfert d’environ 650 millions d’euros du « premier pilier » vers le « deuxième » avait été annoncé en juillet, et devait financer à la fois l’ICHN, l’assurance récolte, les Maec et le biologique. Ce transfert avait suscité une réaction très négative de la FNSEA, le puissant syndicat tenant de l’industrie agroalimentaire. De plus, sa répartition n’a jamais été précisée. « Nous voulons savoir si c’est bien cet argent qui sera attribué en totalité au bio« , demande la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique.
8 % des fermes françaises en bio
En 2017, en France, la bio c’est :
Plus de 35 000 producteurs et productrices bio (+9,9 % en un an)
1,8 million d’hectares cultivés en bio (+15 % en un an)
19 nouvelles fermes bio par jour
7 milliards d’euros de chiffre d’affaire annuel (+20% en un an)
Depuis mi-2015, de nombreux paysans ont décidé de convertir leurs fermes. Cette tendance, dont bénéficient autant les filières animales que végétales, est particulièrement marquée en bovins lait et bovins viande, ainsi qu’en grandes cultures. Cette dynamique se retrouve tout au long des filières.
Pour en savoir plus… : https://www.produire-bio.fr/
(1) L’ICNH, c’est quoi ? Une aide en faveur des agriculteurs exerçant leur activité dans des zones défavorisées par l’altitude, de fortes pentes et d’autres caractéristiques physiques du territoire. Cette aide est fondamentale pour le maintien de l’activité agricole, et notamment de l’élevage, dans les zones à handicaps naturels et tout particulièrement dans les zones de montagne. Cette aide vise à réduire les différences de revenu qui perdurent entre les agriculteurs des zones défavorisées et ceux du reste du territoire. En permettant le maintien l’activité agricole, cette aide participe également à consolider l’activité  économique et préserver l’emploi dans ces territoires.

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