Se soigner avec les arbres

Inexploré magazine – Trimestriel  avril/mai/juin 2018 – Mélanie Chereau –
Le Shinrin Yoku au Japon, ou sylvothérapie, est une méthode à la fois récente et ancestrale de soin par les arbres. Reconnecter avec la nature, s’imprégner de la forêt, permettrait à nos corps et nos esprits de se ressourcer en profondeur.
Nous allons mieux quand nous sommes en contact avec la nature » explique Yoshifumi Miyaziki, chercheur à l’université de Chiba au Japon, spécialiste du Shinrin Yoku, ou « bain d’arbres », cette méthode entérinée par ses nombreuses recherches liées aux effets de la nature sur la santé. Il est vrai que, de tout temps, l’homme s’est associé à l’arbre, pour son habitat, pour le bois du feu, pour s’abriter ou ne serait-ce que pour respirer. L’humain inhale l’oxygène que l’arbre diffuse et l’arbre absorbe le CO2 qu’il exhale. La réciprocité commence déjà par un lien de vie très fort entre les deux. Mais il semblerait qu’au-delà des relations d’utilité immédiate, l’arbre et l’humain aient beaucoup plus à échanger. Les chamans l’ont bien compris et les tribus traditionnelles se sont toujours entourées de l’esprit de arbres ou des plantes pour se soigner. il existe ainsi plusieurs méthodes pour bénéficier d’une connexion qui noue ou renoue notre corps et notre âme avec les poumons de la Terre.
Se détendre, saluer, respirer C’est la première sensation que la plupart d’entre nous tentons d’obtenir  en nous promenant en forêt : une détente, un « changement d’air ». En effet, le vent, le balancement des feuilles et des branches, les odeurs, la verdure provoquent un bien-être quasi immédiat, pour peu que l’on arrive à débrancher le mental et nos téléphones portables ! Jean-Marie Deffosez recommande la sylvothérapie-détente (1), le premier stade d’apprivoisement de la méthode de soin par les arbres. il s’agit d’en choisir un et de s’en rapprocher, un exercice qui peut également se faire en ville. Tous les processus d’approche respectueux sont autant de premiers pas vers un échange énergétique. Nous utilisons nos cinq sens, nous déployons tout notre potentiel sensoriel en écoutant, respirant, touchant, regardant…

Yoshimufi Miyazaki a conduit de nombreuses études  scientifiques auprès de diverses populations. Il a constaté que les bains de forêt avaient comme premier bénéfice de réguler la pression artérielle. Les personnes qui ont une tension basse la voient remonter et inversement, celles qui ont une tension haute, constatent sa baisse.  Les effets sur le stress et l’anxiété ont également été observés par la chercheuse Ming Kuo, de l’Université de Chicago. Comme l’explique M. Amos Clifford, expert américain de la thérapie forestière, « les bains de forêt stimulent considérablement le système immunitaire. Le nombre de cellules tueuses naturelles (lymphocytes NK), qui s’en prennent aux cellules cancéreuses et aux pathogènes nocifs, augmente après un bain de forêt et les répercussions de ce seul effet sur notre corps sont nombreuses. » Selon lui, les capacités d’autoguérison de notre corps sont totalement renforcées lorsque nous sommes en état d’équilibre, ce que le contact avec la nature nous apporte.
Yoshifumi Miyazaki a également étudié les effets directs de la thérapie par la forêt et mis en évidence que les sujets ressentaient une relaxation profonde grâce à une augmentation de l’activité du système nerveux parasympathique, et une diminution du stress grâce à une réduction de l’activité du système nerveux sympathique. Selon lui, « la nature est en elle-même un véritable médecin et elle réduit le stress parce qu’elle produit une synchronisation des rythmes entre l’humain et elle« . M. Amos Clifford reprend cette idée en expliquant que cet équilibre est aussi à l’origine de l’adaptation de l’humain à son environnement : « Il faut se rappeler que l’espèce humaine a vécu dans la nature pendant plus de 99 % de son histoire. La structure en deux parties de notre système nerveux – le système nerveux parasympathique et le système nerveux sympathique (2) – a contribué à notre adaptation à cet environnement naturel. » La variabilité de notre fréquence cardiaque est héritée de cette genèse et il est donc logique qu’en renouant avec la nature, l’humain se rapproche de ce qui a façonné son fonctionnement. Les huiles essentielles issues des arbres nous atteignent lorsque nous nous promenons dans la for^te et leurs vertus thérapeutiques agissent directement.
Le réveil de nos intuitions
Après avoir régénéré le corps, retrouvé l’énergie, le contact avec la forêt ouvre des portes bien plus grandes sur un univers intérieur connecté à son environnement. En effet, si nous nous laissons pénétrer par l’immensité  de la nature, nous pouvons développer des qualités intuitives, inspirées, créatives. Au-delà du végétal, tout peut entrer en communication avec nous : l’eau, l’air, les pierres, le ciel, la terre. Dans cette démarche consistant à porter son attention sur le moment présent et sur ce qui nous entoure, nous nous approchons d’une pratique méditative de pleine conscience et le bain de forêt devient une méditation. A la manière d’une méditation qui mène à la spiritualité, l’arbre peut, si nous souhaitons le suivre, nous mener à des dimensions cachées et insoupçonnées qui pourront changer notre regard sur le monde et, peut-être, une partie de nous-mêmes. Et aujourd’hui, c’est presque un acte « responsable » que de restaurer les relations dégradées entre l’humain et la nature.
(1) Sylvothérapie – Le pouvoir bienfaisant des arbres / Jean-Marie Desfossez / Ed. Jouvence 2018, 15,90 €
(2) Qu’est-ce que les systèmes nerveux sympathique et parasympathique ? (Psychomédia)
Les nerfs des systèmes nerveux sympathique et parasympathique constituent le système nerveux autonome (ou végétatif) qui régule tous les processus corporels se produisant automatiquement, tels que la circulation sanguine (fréquence cardiaque, pression artérielle), la respiration, la digestion, le maintien de la température (transpiration…)… C’est par leurs actions opposées qu’ils contrôlent l’activité de plusieurs organes et fonctions.
Leurs cellules nerveuses (neurones) innervent les cellules des muscles lisses (présents dans la paroi de nombreux organes), du muscle cardiaque, des glandes et des cellules du système immunitaire.
Le système nerveux sympathique
L’activation du système nerveux sympathique prépare l’organisme à l’action. En réponse à un stress, il orchestre la réponse dite de combat ou de fuite (« fight or flight ») qui entraîne une dilatation des bronches, une accélération de l’activité cardiaque et respiratoire, une augmentation de la tension artérielle, une dilatation des pupilles, une augmente de la transpiration, une diminution de l’activité digestive… Ce système est associé à l’activité de deux neurotransmetteurs : la noradrénaline et l’adrénaline.
Le système nerveux parasympathique
L’activation du système nerveux parasympathique, à l’inverse, correspond à une réponse de relaxation. Il induit un ralentissement général des fonctions de l’organisme. Le rythme cardiaque et l’activité respiratoire sont ralentis et la tension artérielle diminuée. La fonction digestive et l’appétit sexuel sont favorisés. Ce système est associé au neurotransmetteur acétylcholine (sur lequel agissent notamment les médicaments anticholinergiques).
Le système nerveux autonome est l’une des deux composantes du système nerveux périphérique (à l’extérieur du cerveau et de la moelle épinière). L’autre composante est le système nerveux somatique sur lequel repose la relation de l’organisme avec l’extérieur (sensations du toucher, mouvements…).

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