Suisse – séisme bancaire : un putsch au pays de banques ?

Nexus magazine d’information indépendant – janvier/février 2018 – Marielsa Salsilli –

Une première en Europe et dans le monde !
La proposition prévoit que la Confédération helvétique reprenne son pouvoir de création monétaire. Une telle mesure permettrait à la seule banque centrale de créer des francs Suisses. L’activité commerciale des banques serait de fait restreinte à se finalité originelle (et dont elle n’aurait jamais dû s’écarter) : la gestion de comptes, c’est-à-dire les transactions et les paiements, la gestion de patrimoine et l’octroi de prêts. Mais comment ? N’est-ce pas là le métier de banquier ? En théorie, oui. Mais les banques sont trop occupées à créer de l’argent… et à jouer avec. Si la question de la monnaie n’avait pas été rendue artificiellement aussi complexe et opaque, tous les citoyens le sauraient.

Bunker de la finance
L’histoire commence quand un instituteur à la retraite Hansruedi Weber, soutenu par une poignée de citoyens, mais aussi des journalistes et des universitaires de renommé internationale (1) lancent en 2014 l’initiative populaire « Monnaie pleine » Son slogan : « Pour une émission monétaire uniquement par la banque nationale et une monnaie à l’abri des crises ! » Les 100 000 signatures nécessaires pour réclamer la votation sont largement recueillies, malgré la technicité du sujet, un contrôle administratif draconien et le silence médiatique. un comble pour la Suisse qui a bâti sa prospérité et sa sécurité nationale sur l’activité bancaire et qui héberge les sièges sociaux des banques systémiques et les instances de pilotage de la finance internationale (2), en particulier, la toute puissante Banque des règlements internationaux (BRI). « La BRI contrôle les banques centrales et les organisations financières internationales. Elle ne dépend d’aucun gouvernement et ses avoirs sont insaisissables« , rappelle Gérard Foucher, un dénonciateur des plus populaires de l’hégémonie monétaire. La BRI édicte depuis Bâle les règles applicables à toutes les banques commerciales de la planète (3).
Changer la Constitution
Mais neutralité n’est pas synonyme de laisser-faire. Déjà, en 1891, le gouvernement helvète s’était réapproprié le contrôle de la monnaie, en interdisant aux banques commerciales de faire tourner la planche à billets. Cependant, avec le développement de la monnaie scripturale (4), la souveraineté monétaire avait encore, insidieusement, échappé à la Confédération.  C’est ainsi qu’en Suisse et ailleurs, 90 % à 100 % de la masse monétaire provient désormais de l’argent-dette. par quel miracle le peuple suisse envisage-t-il de mettre fin à l’impunité des banksters ? En modifiant la Constitution fédérale, pour que seule la Banque nationale suisse (BNS) soit autorisée à créer l’argent. pièces et billets, mais aussi l’intégralité de l’argent électronique. Toute la monnaie en circulation deviendrait alors de la « monnaie centrale » garantie par l’État et pleinement légale (5). D’où son appellation de « monnaie pleine ».
100 % money
De la monnaie électronique d’origine centrale dans le circuit économique ? Dans ces conditions, la masse monétaire pourrait être enfin ajustée à la production économique réelle et orientée vers des projets au service de la collectivité. Les banques ne pourraient prêter que de l’argent disponible (épargne, emprunts ou monnaie centrale, au lieu de c réer comme aujourd’hui de l’argent-dette. Ce qui conduirait à la disparition du principe de réserve fractionnaire (6). La proposition suisse est proche en cela du mouvement 100 % money (7). Cette revendication citoyenne internationale consiste à exiger que les montants maximum des crédits accordés par une banque commerciale n’excède pas ses réserves en monnaie centrale, soit un taux de réserve fractionnaire de 100 %. Dans les deux cas, le résultat serait le même : les banques commerciales ne seraient plus autorisées à créer de l’argent ex nihilo. Avec pour bénéfice immédiat la sécurisation des transactions et des comptes (8). Une révolution !
Consulter les citoyens sur le « monopole privé de la création monétaire », dans le centre névralgique de la finance mondialisée, a quelque chose de surréaliste… et d’impertinent. Le gouvernement a dix mois pour organiser le referendum et il est clair que ce sera la campagne du NON… Il faut donc s’attendre à un matraquage de l’opinion publique. Ne soyons pas pessimistes avant l’heure et suivons avec attentions ce referendum 2018. Car quels qu’en soient les résultats, l’initiative aura le mérite d’éduquer la population sur l’argent. Ni soumission, ni rébellion. Même si nous ne savons pas encore comment, ne vivons plus comme des esclaves, tout simplement !

Notes 
(1) Peter Ulrich, Christoph Binswanger, Sergio Rossi, Philippe Mastronardi…
(2) Le CSF, l’IADI, l’AICA, le CBCB…
(3) Accords de Bâle III, BRI, 2010. (4) La monnaie scripturale provient de simples jeux d’écriture comptable, par opposition à la monnaie fiduciaire, émise sous forme de pièces et de billets et initialement indexée sur la richesse réelle des États à partir de leur réserve d’or métal.
(5) les moyens de paiement légaux sont définis par la loi : pièces, billets et argent électronique de la banque centrale (ceux-ci exclusivement réservés aux règlements interbancaires). C’est la monnaie centrale. La monnaie scripturale est utilisée comme de la monnaie légale, sans en être. Aussi devrait-t-elle être couverte par de la monnaie centrale (principe du taux de réserve fractionnaire)
(6) le taux de réserve fractionnaire correspond en théorie au ratio maximum de monnaie scripturale que peut créer une banque commerciale, à partir de la monnaie centrale qu’elle possède réellement. En réalité, cette réserve est constituée à postériori par la banque centrale, à partir du montant des crédits accordés par les banques commerciales. Ce taux, estimé à 10 %, est en réalité plus proche de 1 % (ce qui signifie que 100 euros de monnaie scripturale  peuvent être créés pour 1 euro d’argent légal en compte) : 0 % en Angleterre à 2,5 % en Suisse.
(7) I. Fischer, 100 % money, 1935. Voir aussi The Chicago Plan, qui proposait une séparation stricte entre les mécanismes de création monétaire et ceux d’octroi de crédits.
(8) Dans le dispositif 100 % money, les banques sont solvables puisqu’elles détiennent une réserve de monnaie centrale égale aux crédits octroyés. Dans la proposition Monnaie pleine, les comptes clients sont déjà en monnaie centrale et, sécurité supplémentaire,, ne figurant pas dans le bilan de la banque commerciale, ils ne peuvent être inclus dans la masse en cas de faillite bancaire.

A propos werdna01

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