Vinci est venu, a vu, a vaincu ! – Aéroports de Paris bientôt privatisé

Charlie Hebdo – 04/04/2018 – Jacques Littauer –

Parmi les plans du gouvernement figure la privatisation d’Aéroports de Paris (1). Une chouette idée qui évitera de pouvoir mener une politique de transports cohérente, et qui donnera plein d’argent à cette pauvre multinationale qu’est Vinci.
On est d’accord, la concurrence de tous contre tous, c’est pourri. Pourquoi se taper dessus entre salariés et chômeurs, entre pays (coucou Trump et la Chine), entre entreprises même, quand on pourrait se mettre d’accord pour faire des choses ensemble ? Mais il y a pire que la concurrence, il y a la rente. 
La rente, c’est du gras, beaucoup de gras, du profit qui débordent parce qu’il n’y a pas d’autre entreprise qui propose le même truc que vous. Coca-Cola, Google, Nike, Amazon…, toutes ces entreprises sont assises sur une énorme rente parce que, pour l’instant, personne n’a réussi à percer leur recette secrète, à imiter leur logiciel trop génial, à dupliquer leur réseau de distribution, à acquérir leur notoriété, etc. 
Et nous, en France, on a Vinci. Modeste PME de Quelque 200 000 salariés, héritière de la Société générale d’entreprises, fondée en 1899 par deux polytechniciens, l’entreprise est présente dans 116 pays. Vinci gère des ports, des autoroutes, des aéroports, des réseaux d’énergie, elle construit des horreurs modernes… Bref, elle est très présente sur l’ensemble de ces « marchés » où tout est joué d’avance avec des politiques (que ceux qui songent à la corruption se reprennent immédiatement…), et où on peut faire exploser les factures en toute impunité. 

Car Vinci et ses amis Eiffage et Sanef, d’autres gestionnaires d’autoroutes, on réalisé le casse d’argent public du siècle en obtenant pour des cacahouètes la privatisation des autoroutes en 2005, qui a permis depuis à leurs gros actionnaires d’acquérir une ou deux villas supplémentaires. Explosion du prix des péages, suppression massive d’emplois avec l’automatisation à marche forcée des bornes de paiement, aucun investissement pour moderniser le réseau, ils ne nous ont rien épargné. Le plus beau, c’est la surfacturation des (rares) travaux d’entretien effectués par des sous-traitants… qui appartiennent au même groupe. De quoi se payer une deuxième fois. 
Au final, les 15 milliards que cela a coûté aux autoroutiers en 2005 et qu’ils auraient dû mettre cinquante ans à rembourser, l’ont été en cinq ans ! Il faut dire que le contrat rédigé par l4etat était franchement drôle, puisque, s’il prévoyait une hausse « minimale » des tarifs des péages, il ne fixait en revanche… aucune limite à l’augmentation. Ainsi, selon la Cour des comptes, cette situation ne pouvait « qu’aboutir à une hausse constante des tarifs. »
Imagine-t-on la beauté de la chose ? nous sommes obligés de prendre l’autoroute pour mourir toujours un peu plus vite, et l’argent entre dans la poche de sociétés privées qui nous matraquent. Ces entreprises ont la liberté du privé, tout en étant certaines de leurs bénéfices, puisqu’elles sont en situation de monopole entre deux villes. C’est ce que l’on appelle une privatisation menée dans le souci du bien commun. 

Une dernière pour la route ? Pour le ciel, plutôt. Tellement heureux de ce succès, le gouvernement va privatiser Aéroports de Paris dont Vinci détient déjà 8 %. Or, Vinci n’a pas de rival sérieux sur ce coup là, puisqu’elle possède déjà les aéroports de Grenoble, de Chambéry, Aeroportos de Portugal, etc. Et elle ne risque pas de se trouver en concurrence avec des Qataris ou de Chinois. Parce que la grande braderie des biens publics au privé, oui, mais au privé bien de chez nous, Môssieur, il en va de la grandeur du CAC 40, euh, de la France !
Mais le problème est justement que l’État va se priver de la possibilité d’agir sur l’aménagement du territoire et la transition énergétique, en laissant cette infrastructure aux mains du privé. Et on connaît la suite : les salaires des dirigeants vont être délirants (le patron de Vinci gagne 7 000 euros par jour), les dividendes vont exploser, l’entreprise verra sa capacité de lobbying décuplée auprès des élus  à Paris et Bruxelles, etc.
Bref, on voudrait juste rappeler que, quand on est un vrai libéral, on est pour la concurrence (à supposer qu’elle puisse exister). Mais pour Macron et Philippe, ceux qu’il faut de toute urgence mettre en concurrence, ce sont des femmes et des hommes payés 2 000 à 3 000 euros par mois, qui, pour certains d’entre eux, se lèvent très tôt, ne voient pas leurs enfants tous les week-ends, et qui travaillent pour un gros monopole soviétique qui fait rouler des trains.

« Les candidats se bousculent ». Ben oui, tu penses… Et ensuite il y aura Engie et la Française des Jeux. Olivier Demeulenaere – Regards sur l’économie
« Voici que la vente de la France à la découpe se poursuit sous le règne « éclairé » d’Emmanuel Macron. Ils sont en train de privatiser les plus belles infrastructures du pays afin d’engraisser leurs amis financiers milliardaires et ce, contre les intérêts des citoyens propriétaires de ces infrastructures puisque ce sont bien eux qui les ont financées et construites. Vous imaginez bien que ceci fera augmenter les tarifs des services à l’instar des autoroutes aux péages exorbitants… »
(1) La Société Aéroports de Paris S.A. fonctionne en deux marques distinctes :
– une marque institutionnelle, Groupe ADP, qui commercialise le savoir-faire d’Aéroports de Paris S.A. (ingénierie, immobilier, télécommunications, gestion et management) en France et à l’international.
– une marque voyageurs, Paris Aéroport, qui devient le produit d’appel d’Aéroports de Paris S.A. en réunissant ses trois aéroports parisiens sous une même enseigne (Paris-Charles de Gaulle, Paris-Orly et Paris-Le Bourget).
Lire aussi : Aéroports de Paris: Le gouvernement prêt à lancer la privatisation totale d’ADP, selon BFM Business – L’État espère récupérer plus de 8 milliards d’euros. (Huffington Post 07/03/2018)
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