Paris 2024 à l’épreuve du dérapage olympique

Le Canard Enchaîné – 04/04/2018 – Jean-Michel Thénard –

Pas très sport, l’Inspection générale des finances (IGF). Dans un rapport remis le 30mars, elle s’est amusée à calculer, pour les JO de Paris 2024, le pire dérapage financier possible. Bilan :un dépassement potentiel de 500 millions d’euros au frais du contribuable ! Les inspecteurs de Bercy, qui ont épluché les « opérations majeures » prévues pour l’occasion, ont relevé quelques incongruités.
Le podium du « Canard
1) « Voies olympiques » royales
Sur les 166 kilomètres de voies de circulation pour ses déplacements pendant les Jeux, la « famille Olympique » n’entend les partager avec personne. Des axes lui seraient « réservés » à certains moments de la journée, d’autres mis à disposition pendant l’intégralité des jeux. Coût du privilège : 15 millions d’euros, selon Paris 2024… et jusqu’à 1274 millions d’euros, d’après l’IGF soit un dépassement de 109 millions !
2) Manque d’éducation
Pour installer un parking de 700 places dans le futur village olympique, Paris 2024 propose de démolir le lycée Marcel-Cachin de saint-Ouen. Et d’aligner 10 millions d’euros en guide dédommagement. Problème : un lycée neuf, clés en main, c’est 80 millions d’euros à la louche, sans compte le prix du nouveau terrain. La démolition d’un foyer de travailleurs migrants à Saint-Ouen est également envisagée, mais rien n’est prévu pour reloger ses 280 résidents. « Toute solution non satisfaisante pour les occupants pourrait être considérée comme une « expulsion« , avertit l’IGF. Une expulsion, oui, mais olympique !

3) Champion Total
Si l’effet d’aubaine devient un jour une épreuve aux JO, Total sera le grand favori. Le pétrolier a réussi à inclure dans le budget des Jeux la dépollution d’un terrain… qui lui appartient. A concurrence de 12 millions d’euros, Paris 2024 participerait au nettoyage d’un ancien dépôt de solvants situé au cœur de la Plaine-Saint-Denis, dont le niveau de pollution est jugé « exceptionnellement élevé« . Le conseil départemental de Seine-Saint-Denis aimerait y installer le futur siège du Cojo. « Irresponsable ! » tonnent les inspecteurs, pour qui « les coûts de dépollution doivent être supportés par l’entreprise Total, selon le principe du pollueur payeur« . L’IGF ne craint pas le coup de pompe !
L’Inspection tente une conclusion conciliante : si Paris 2024 met en œuvre les économies proposées, le dérapage pourrait être inférieur à 200 millions d’euros. Voilà le contribuable francilien pleinement rassuré !

 

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