Come-back – François Hollande: «Moi, Président, j’aurais pu…»

L’édito de L’Opinion 11/04/2018 Rémi Godeau
Il réécrit son quinquennat. Pour défendre son bilan. Réhabiliter son action. Estomper sa normalité. Revendiquer sa marque. Réviser ses échecs. Revisiter sa défaite. Et dans cet étrange exercice d’autopromotion, un an à peine après un empêchement historique, tout à ses « leçons du pouvoir », le maître François Hollande assure à propos d’Emmanuel Macron : « J’aurais pu le battre… » Mieux que 400 pages de plaidoyer pro domo, l’expression résume l’homme, son œuvre, sa faillite. On sent poindre une de ces anaphores que l’ex-Président prisait tant : «Moi, Président, j’aurais pu…»
Lui, Président, aurait pu assainir les comptes publics, mais il a préféré laissé filer la dépense, maquiller le budget légué à son successeur et, surtout, organiser un matraquage fiscal jamais vu des ménages. Lui, Président, aurait pu, via le pacte de responsabilité, créer un climat de confiance à même de stimuler l’emploi, mais ses zigzags, dénis, reculs et trucages ont nourri la défiance et accru le nombre de chômeurs de 26 % en cinq ans, malgré force contrats aidés et formations. Lui, Président, aurait pu restaurer une social-démocratie exsangue à force de redistribuer sans discernement, mais il s’est enfermé dans une critique facile de l’ultralibéralisme, dans un donnant-donnant mortifère avec les syndicats, laissant les services publics à vau-l’eau. Lui, Président, aurait ainsi pu moderniser la SNCF dont il critique à présent la réforme, mais il a enterré une convention collective en passe d’être signée pour les cheminots nouveaux entrants. Lui, Président, aurait pu…
«… Mais je n’ai pas voulu», a poursuivi l’ex-chef de l’Etat. Il s’est sacrifié, dit-il magnanime, au nom de l’intérêt général. Au nom d’un «devoir supérieur» qui le fait sans doute, aujourd’hui, renouer avec ses commentaires bavards, pour mieux entraver l’action de son adversaire.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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