Le Japon renforce sa défense maritime, face à la montée en puissance de la Chine

Tokyo se dote d’équipements de réponse à l’éventuelle occupation d’une de ses îles.

 Minister Shinzo Abe in Tokyo, Japan, April 11, 2018. REUTERS/Toru Hanai

Le Monde | 12.04.2018 à 10h55 | Par Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)
En inaugurant, le 7 avril, sa première brigade de déploiement rapide amphibie, le Japon a ajouté un élément déterminant au dispositif d’intervention destiné à répondre à l’éventuelle occupation d’îles reculées de son territoire, principalement en mer de Chine orientale.
Forte au départ de 1 500 hommes – elle en comptera à terme 3 000 –, cette unité similaire aux troupes de marines françaises ou aux marines américains, est placée sous administration des Forces japonaises d’autodéfense (FJA) terrestres. Elle est basée à Sasebo, sur l’île de Kyushu de l’ouest du Japon.
« La défense de nos îles est devenue une mission critique en raison de la dégradation de la situation ­sécuritaire autour du Japon », a déclaré le vice-ministre de la défense, Tomohiro Yamamoto. Fruit d’un projet initié en juin 2017, l’unité est la première du genre depuis la deuxième guerre mondiale.
Sa formation sera complétée par la mise en service de nouveaux matériels, principalement de fabrication américaine. Il s’agira notamment de 17 avions de transport Osprey à rotors ­basculants permettant des décollages verticaux, et d’engins de ­débarquement, comme 52 véhicules d’assaut amphibies AAV-7.
Dans le même temps, les deux porte-hélicoptères de classe Izumo, plus gros navires de la flotte nippone, pourraient devenir, a confirmé le 2 mars le ministre de la défense Itsunori Onodera, des porte-avions capables d’accueillir des chasseurs furtifs F-35B.
Il s’agirait, selon une source au sein des FJA citée par le quotidien Mainichi, de « disposer d’une base pour des opérations aériennes au cas où une nation étrangère s’emparerait d’aéroports des îles japonaises ». L’un de ces nouveaux « porte-avions » pourrait être affecté dans les eaux proches des îles Nansei, dans l’extrême sud-ouest du Japon.
Tensions régionales
La nouvelle tendance montre que le Japon s’éloigne de la doctrine strictement défensive qui prévalait depuis la formation des…
L’accès à la totalité de l’article est protégé
La nouvelle tendance montre que le Japon s’éloigne de la doctrine strictement défensive qui prévalait depuis la formation des FJA en 1954. L’idée de les équiper d’une force à vocation offensive était exclue jusqu’à il y a une dizaine d’années.
Le Japon s’inquiète des tirs de missiles nord-coréens, du renforcement de la présence militaire russe en Extrême-Orient et surtout de celle de la Chine en mer de Chine orientale. Avec ce pays, l’Archipel a des différends sur les îlots Senkaku – Diaoyu en chinois –, administrés par Tokyo mais revendiqués par Pékin et Taïpei, et sur leur frontière maritime.
A cela s’ajoute un questionnement sur l’avenir de l’engagement américain dans la région depuis l’élection de Donald Trump. Dans ce contexte, le gouvernement du premier ministre Shinzo Abe a décidé de renforcer les moyens de la défense nippone. Il l’a fait en modifiant l’interprétation de l’article 9 de la Constitution, qui affirme le renoncement à la guerre et prévoit pour cela qu’« il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre ». Il a fait adopter en 2015 un texte autorisant les FJA à participer à des alliances de sécurité.
« Agir prudemment »
Dans le même temps, Tokyo augmente depuis 2012 son budget de défense. Pour l’exercice 2018, commencé le 1er avril, le gouvernement l’a établi à 4 938 milliards de yens (37 milliards d’euros). Il reste bien inférieur à celui de la Chine, fixé en 2018 à 1 110 milliards de yuans (143 milliards d’euros).
A la mi-mars, le Parti libéral-démocrate (PLD au pouvoir) a dévoilé ses propositions pour les directives de défense à moyen terme, actuellement en cours de révision, les dernières datant de 2013. L’objectif est de sortir d’une culture du maintien des FJA prêtes au « minimum nécessaire ».
Partant du constat que leurs 247 000 membres ne sont ni équipés ni entraînés pour des opérations durables, le rapport préconise un accroissement des coopérations internationales, avec le Royaume-Uni, la France, l’Inde ou encore l’Australie, en plus du ­renforcement de l’alliance avec les Etats-Unis. Il prône également une intensification des manœuvres et la constitution d’une réserve solide.
De quoi faire réagir la Chine. Quand la rumeur a commencé à circuler, fin 2017, que le Japon pourrait se doter de porte-avions, Pékin lui a demandé d’« agir prudemment ». « Nous exhortons le Japon à faire plus pour renforcer la confiance mutuelle et promouvoir la paix et la stabilité régionale », avait déclaré Hua Chunying, la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères. Elle avait estimé qu’une telle initiative susciterait l’attention des voisins du Japon « pour des raisons historiques », une allusion à l’attaque aéronavale surprise de 1941 sur la base américaine de Pearl Harbour.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Défense, International, Politique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.