Le lobby des camions veut (encore) enfumer Bruxelles

Le Canard enchaîné – 11/04/2018 – 
C’est un privilège injustement méconnu : en Europe, les constructeurs de camions échappe,t à toute obligation de cracher moins de CO2… et réchauffent ainsi l’atmosphère en toute quiétude. Les camions sont bien soumis à des normes – pas trop féroces – sur les émissions de polluants, mais elles n’incluent pas le carbone.
L’exception est quasi planétaire : même la Chine et les États-Unis ont imposé des plafonds pour limiter les pétarades de CO2. Aujourd’hui, la fête est finie ! Le 2 mai, la Commission de Bruxelles proposera – enfin – des limites qui s’appliqueront à partir de 2019.
Mais le lobby des constructeurs compte bien s’éviter d’assommantes contraintes… Selon un document consulté par « Le Canard », l’Association des constructeurs européens d’automobiles (Acea) propose à la Commission de diminuer els rejets de 7 % d’ici à 202, soit « une baisse de 1,2 % par an« . Ce qui revient… à ne rien changer ! « Les émissions baissent déjà de 1 % par an« , souligne un expert. Et c’est bien tout le problème, alertent les ONG : à ce rythme, tenir les objectifs en matière de réchauffement climatique sera impossible. A eux seuls, les camions crachent en effet 25 % du CO2 émis par le transport routier…

Intitulé « Recommandations de l’Acea sur les futures normes de CO2 (…), le document pondu en mars par notre puissant lobby, passe en revue tous les arguments martelés en ce moment dans les couloirs de Bruxelles. Exemple : le calendrier serait trop « court » pour faire plus d’efforts d’ici à 2025. Joli pipeau, décrypte notre expert : « Cela laisse six ans, alors quel les États-Unis ont donné cinq ans pour baisser les émissions de 18 %. »
Carbone ambiance
Détail piquant : en coulisses, les guerre des lobbys fait rage avec une improbable alliance entre ONG et industries. De grands groupes, tels Ikea ou Nestlé ont écrit à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, pour plafonner ces émissions de carbone. Pas par amour de la plante, évidemment : moins un camion rejette de cO2, moins il consomme de carburant et plus la facture de transport s’allège…
Soucieux, de leur côté, de retarder cette pénible réglementation, les constructeurs s’accordaient jusq’à présent comme larrons en foire. Las ! L’entente s’est révélée trop cordiale. Pendant des années, les dirigeants de Renault-Volvo, MAN ou Daimler se sont retrouvés dans de luxueux hôtels, histoire d’accorder leurs violons sur le prix de leurs camions ou sur la date de mise en place de nouvelles technologies. un artel qui a écopé, en 2016, de la plus lourde amande jamais infligée par Bruxelles : près de 3 milliards d’euros.
Des poids lourds pour leur comptabilité…

A propos werdna01

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