Pourquoi un énième projet de loi sur l’immigration discuté cette semaine à l’Assemblée ?

France info – 18/04/2018 – 14h/17h – Agathe Mahuet –
Il veut un referendum est une réduction de l’immigration en France. Laurent Wauquiez à la tête du parti Les Républicains, pour qui le projet de loi sur l’immigration qui est discuté cette semaine à l’Assemblée ne va pas assez loin. Il faut plutôt selon lui durcir le droit  du sol ou mettre en place des quotas d’immigration. Devant les membres de son parti réunis en convention aujourd’hui, Laurent Wauquiez a pointé le « laxisme » d’Emmanuel Macron : « 2017, première année du mandat d’Emmanuel Macron : 262 000 titres de séjour ! C’est un record ! (…) Si rien n’est fait, et si la tendance n’est pas inversée, le quinquennat d’Emmanuel Macron se traduira par 1 million d’immigrés en plus au bout de cinq ans. Et encore, je prend les chiffres qui sont les plus optimistes… »
France Info – Nous accueillons maintenant Pierre Henry, directeur général de l’Association France terre d’asile.
Qu’est-ce qui différencie encore le parti « Les Républicains » du FN ? 
Pierre Henry – Eh bien, je me le demande, parce que manifestement, Laurent Wauquiez et marine Le Pen sont dans un espèce de concours des inventions populistes.
F. I. – Vous parlez d’invention ? C’est au sujet du referendum ?
P. H. –  C’est le referendum, c’est l’abandon du droit du sol, mais aussi la remise en cause de l’immigration légale parce lorsqu’il cite le chiffre de 262 000 titres de séjour en 2017, il faut juste faire l’effort de la déconstruction de ce chiffre.
Il y a 75 000 étudiants étrangers qui ont été accueillis par nos universités et cela fait consensus, en règle générale, de droite comme de gauche. Les étudiants internationaux représentent un marché et une chance pour nos grandes écoles et nos universités. De la même manière, il faut savoir que nos compatriotes se sont mariés avec des personnes non européennes à raison de 50 000. Ou est le problème ? Et la France l’année dernière a accordé 40 000 titres de séjour pour raisons humanitaires et en fonction des crises qui se manifestent à nos frontières. Donc le programme de la peur semble être le seul credo de Monsieur Wauquiez.
F. I. – Justement, ces mesures sont considérées comme pas assez dures par la droite et trop dangereuses en revanche par la gauche. C’est ce que disait ce matin le porte-parole du gouvernement, Benjamin Grivaux : « Pour la gauche, nous sommes des fascistes, pour la la droite, nous sommes de laxistes , c’est sans doute que nous sommes dans le vrai ! ». Quelle est votre opinion ?  » 
P. H. – Ce projet de loi n’inspire ni un esprit de louange ni un esprit de critique. Il ne répond pas aux défis de l’heure, notamment celui du premier accueil, où l’on voit sur les trottoirs de nos grandes villes des milliers de personnes qui sont obligées de reste là, à l’abandon. Le projet de loi ne répond pas à la crise des instruments européens, tout simplement parce que la solidarité n’est pas la valeur la mieux partagée entre les états membres. Et puis le projet de loi ne répond pas plus à la crise de défiance que manifestent les pays d’origine à notre égard lorsqu’il s’agit de renvoyer des personnes qui n’ont pas eu le droit d’asile. Et ce n’est pas en allongeant la durée de rétention de 45 à 90 jours pour les étrangers (et ce, quelque soit l’âge des personnes retenues, mineurs inclus) en situation irrégulière que cela va changer. Je crois vraiment qu’il aurait fallu prendre le temps de la discussion, parce vous savez, depuis 1981 il y a eu treize lois sur l’asile et l’immigration, une loi tous les vingt-sept mois. Or, on évalue jamais les effets de la loi précédente que déjà, on en écrit une autre.
F. I. – Alors, était-il nécessaire de refaire une énième loi sur la question de l’asile ?
P. H. – Je ne le crois pas, et en tout cas, pas de manière aussi précipitée. D’abord parce que cette question ne se règle pas prioritairement au niveau national, mais au niveau européen. La question de l’asile demande des convergences, une harmonisation du droit entre les principaux pays d’accueil et une révision complète d’un règlement dit « de responsabilité » qui en réalité est kafkaïen : le règlement de Dublin sur les états de première entrée qui ont normalement la responsabilité de prendre en charge les immigrés. Mais vous savez très bien qu’il ne fonctionne ni en Grèce, ni en Italie qui subissent l’arrivée massive d’immigrés. Donc, c’est au niveau européen que cela se joue.
Deuxièmement, je crois qu’il fallait véritablement prendre le temps de la concertation, arrêter de raisonner en politiques, tout seul de son côté, sans s’appuyer sur la réflexion des universitaires ou l’expérience des associations  qui sont sur le terrain. Je trouve que finalement, cette précipitation alimente un certain nombre de polémiques qui font peut-être le bonheur des éditorialistes, mais qui en réalité ne règlent rien sur le terrain.
Nous avons véritablement des défis à relever ensemble, car la question migratoire ne va pas s’arrêter demain. Des défis sont communs à toute la communauté internationale. Donc il faudrait lever la tête et ne pas vouloir parler ou flatter les mauvais côtés de l’opinion publique. Je crois que c’est cela que nous avons à faire et que le politique doit aussi faire : il a à éclairer les populations, à faire de la pédagogie sur une question qui est ressentie avec beaucoup d’anxiété par un certain nombre de nos concitoyens…

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