Chasseurs : la « vengeance » du lapin

Le Canard enchaîné – 11/04/2018 – Conflit de Canard –
La saison de la chasse s’est achevée. On la dit aussi giboyeuse que la précédente, où plus de 500 000 chevreuils, près de 600 000 sangliers, plus de 61 000 cerfs, 13 000 mouflons… sanas compter le smillions de faisans, lapins de garenne et perdrix rouges avaient été zigouillés. de quoi ripailler à la table des chasseurs et dans les restaurants gastronomiques. Sauf que, une fois dans l’assiette, il arrive que le gibier se venge.
Dans un tout récent rapport, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) raconte à quel point la venaison pourrait s’avérer plombante pour la santé.  Au fil des 74 pages, on découvre ainsi que le gibier est farci de métaux lourds et de contaminants chimiques. Les animaux sauvages profitent aux aussi des pollutions industrielles, quand ils « broutent » sur des sols pollués à la dioxine, au furane et aux PCB, ou se désaltèrent dans des cours d’eau chimiqués. Quant aux terres agricoles, elles sont bourrées de cadmium, apporté par les engrais phosphatés et les boues d’épuration. Et, dixit l’Anses, ce sont les sangliers qui dégustent le plus, à cause de leur fâcheuse habitude de retourner la terre avec leur groin.
Mais là où les toxicologues se font vraiment du mouron, c’est pour la dose de plomb contenus dans le gibier. Après avoir analysé les foies et les muscles des pauvres bêtes, ils évoquent « une préoccupation sanitaire liée au plomb présent dans la viande de grands gibiers sauvages (sangliers, cerfs, chevreuils…) qui provient pour partie de son environnement mais apparaît surtout lié au phénomène de fragmentation des munitions ». Des résidus souvent invisibles à l’œil nu.
Et l’Anses d’enfoncer le clou (en plomb). Avec 1,2 million de chasseurs, dont beaucoup consomment en famille le contenu de leur gibecière, la chasse pourrait être « le premier contributeur à l’exposition au plomb par ingestion ». C’est pourquoi l’Agence recommande de ne pas manger du gibier sauvage plus de trois fois par an et le proscrit carrément pour les femmes enceintes et les enfants. Tout cela alors que Macron vient de réhabiliter les chasses présidentielles (1).
On espère que ça ne va pas plomber l’ambiance autour de la table, à Chambord !
(1) Le coût du permis de chasse national va passer de 400 à 200 euros. Moitié moins cher pour tuer deux fois plus dans  tous les départements… Un cadeau de 18 millions aux chasseurs – ce qui représente à peu près le budget des réserves naturelles.
Bilan de la dernière saison de chasse communiqué par l’Aspas fin février : douze morts dont deux mineurs et trois non-chasseurs.

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