Réforme des retraites : elles seront toutes équitables… sauf celles des patrons

Charlie Hebdo – 25/04/2018 – Jacques Littauer –
Le système de retraite français a besoin d’être simplifié et rendu plus lisible, c’est indéniable. Mais cela ne doit pas conduire à occulter le partage des richesses sur lequel il repose ni à oublier les « retraites chapeaux » réservées aux dirigeants.
C’est l’inscription matérielle de l’histoire sociale de notre pays, ses antagonismes et ses élans de solidarité : « l’organigramme institutionnel de la sécurité sociale ». On y voit le régime général, le régime agricole, les fonctionnaires et les militaires, les collectivités locales, les marins, les Français de l’étranger…
Et, bien entendu les « régimes spéciaux » : mines, clercs et employés de notaire, industries électriques et gazières, SNCF, RATP, Banque de France, parlementaires, et même les cultes ! Bref, dans notre pays, chacun a le droit à son régime, pour une raison fondamentale : la protection sociale en France n’a pas pour but de « prendre aux riches pour donner aux pauvres », mais de permettre à chacun de conserver son statut, lorsqu’il tombe au chômage, est malade ou trop âgé pour travailler.

Et il n’y a pas besoin de s’exciter sur les avantages des cheminots pour voir des différences un peu partout, comme avec le calcul de la pension de base, qui repose sur les vingt-cinq dernières années dans le privé, et les six derniers mois pour les fonctionnaires. Une situation qui semble à première vue très défavorable aux salariés du privé. Mais comme ceux-ci bénéficient de salaires plus élevés et de retraites complémentaires, il n’y a pas de différence systématique dans un sens ou dans l’autre, et tout dépend des trajectoires individuelles.
Mais ce qui est sûr, c’est que notre système, avec ses 35 (!) caisses de retraite, ne favorise pas la mobilité des salariés, qui sont confrontés à un invraisemblable casse-tête dès qu’ils passent du public au privé, ou inversement. Et personne n’est en mesure de savoir combien elle ou il touchera le jour fatidique de la cessation définitive d’activité, ce qui crée une belle panique dans les familles quand les 60 ans approchent…
L’idée de notre cher président d’harmoniser et de simplifier tout ça est donc louable, comme le principe qu’il défend, selon lequel « chaque euro cotisé donne e les mêmes droits ». Mais au-delà de ce qu’auront à y perdre certains régimes particulièrement généreux, le débat qui s’ouvre sur les retraites se fait selon le présupposé, en apparence évident, selon lequel tout cela est une histoire de démographie : trop de vieux  (qui nous ruinent à végéter dans les Ehpad) et pas assez de bébés.  Or, si le système de retraite a été réformé à moult reprises ces dernières années – en 1993, 2003, 2010 et encore en 2014 -, conduisant à chaque fois à allonger la durée du temps de travail et à réduire le montant des pensions, pour celles et ceux qui arrêtent de bosser trop tôt, c’est tout simplement qu’il n’y a pas assez de gens qui ont un emploi. La vraie source du déficit des retraites, c’est le chômage de masse, tout le monde le sait.
Et donc, passer à la semaine de quatre jours et supprimer  par là même le chômage, serait la meilleure réforme des retraites. Mais il n’est pas sûr que Manu la propose. De même, on pourrait faire cotiser plus les entreprises, mais il paraît que Dieu lui-même l’interdit, car cela remettrait en cause leur compétitivité, fondement de notre civilisation. Donc, loin des apparences, les solutions au problème des retraites ne sont pas (ou pas seulement) démographiques, mais économiques et politiques.
Enfin, comme toujours, on va longuement disserter pour savoir s’il est vraiment justifié que les petits rats de l’Opéra de Paris puissent cesser les entrechats dès quarante ans, mais on ne va pas parler des « retraites chapeaux », ces rackets infligés à leurs sociétés par les grands patrons. Ainsi, en 2013, alors que PSA Peugeot Citroën supprimait 8 000 emplois, Philippe Varin, son P-DG, s’attribuait une retrait chapeau de 15 000 euros par mois. Mais c’est vrai que le petit personnel, ça coûte un bras… 
Pourquoi ne parle-t-on pas de ce « régime spécial taille patron » ? Parce qu’il ne creuse pas le trou de la Sécu, mais pioche seulement dans les poches des entreprises ? Mais, euh, camarades, ce qui va au patron n’est plus disponible pour les salariés, ou je me trompe ? Alors, la « transparence », « l’équité », c’est bien, cher président, mais pourquoi ça ne concerne jamais elles et ceux du haut de l’échelle ?

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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