Sécurité routière – Point de vue : Rouler à 80 km/h, une expérimentation.

Ouest-France – 26/04/2018 par Dominique Seux *
On ne l’a pas assez vu, c’est pourtant une vraie innovation dans la conduite des politiques publiques. Depuis qu’il a pris sa décision en janvier, Édouard Philippe a indiqué que l’abaissement de 90 à 80 km/h de la vitesse autorisée sur le réseau routier secondaire, à partir du 1er juillet, serait « expérimental ». Il y a quelques jours, Emmanuel Macron lui-même confirmait que « si cela ne marche pas, on arrêtera » au bout de deux ans.
Le point intéressant est que, plus les jours passent, plus le gouvernement insiste sur cet aspect de la mesure, sur lequel il était relativement discret au départ. Bien sûr, l’objectif est de rassurer les automobilistes et de désarmer les opposants. Mais au-delà, c’est une excellente idée de tester des réformes avant de les rendre définitives.
Il est difficile de s’opposer à une expérimentation pour vérifier si une mesure est efficace. Dans le cas des 80 km/h, c’est le Premier ministre qui porte ce projet : il a été touché par la visite auprès des accidentés de la route. Emmanuel Macron était dubitatif, son programme étant muet sur le sujet. Mais il a laissé Édouard Philippe décider, arbitrant contre Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, qui voulait laisser la main aux préfets.
En clair, le Président soutient l’idée… si elle marche. Coup de chance pour Matignon, une analyse internationale (OCDE) vient de confirmer que toute baisse de la vitesse diminue le nombre de morts ; et la Sécurité routière a rappelé, la semaine dernière, que c’est sur les routes secondaires hors agglomération qu’ils sont très nombreux : 9 579 entre 2012 et 2016.
Tester davantage les réformes
s associations d’automobilistes et les politiques hostiles à la mesure ont trouvé trois contre-attaques. Un : c’est l’amélioration de la sécurité des véhicules qui va faire reculer les accidents, pas les coups de frein. Deux : voilà encore une décision imposée par Paris contre la province. Trois : personne ne reviendra en arrière, on ne rechangera pas les panneaux de limitation en cas d’échec.
Les deux premiers arguments sont discutables, le troisième est pertinent. Sur le 1er : Si la baisse de la vitesse se conjugue avec les progrès techniques des voitures, tant mieux. Sur le 2ème : il est étrange de reprocher au gouvernement de s’en prendre aux Régions si c’est sur les routes de campagne que l’on meurt, pas en ville. Sur le dernier : mais ce sera, c’est vrai, compliqué et coûteux de réinstaller des 90 km/h partout dans seulement deux ans
En réalité, la question provocatrice que personne n’ose écrire ainsi est celle-ci : est-il légitime de modifier les habitudes de tous les conducteurs de France pour épargner 300 à 400 vies par an ? Les années de test permettront de répondre à cette question à la fois philosophique et pratique, mais on remarquera qu’elle s’est posée à chaque étape de la lutte contre l’insécurité routière.
Au-delà, l’État aurait intérêt à expérimenter davantage qu’aujourd’hui des réformes avant de les rendre définitives, et pourquoi pas sur l’éducation, la fiscalité ou les aides sociales. C’est, certes, lui demander un énorme effort : reconnaître qu’il n’a pas la science infuse et qu’il peut se tromper. Mais cela vaut la peine d’essayer.
Dominique Seux *Directeur délégué de la rédaction des Echos

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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