La France est moins endettée que les autres !

Charlie Hebdo – 02/05/2018 – Jacques Littauer – 
Le spectre de la dette est agité par le gouvernement pour justifier la fin du statut de cheminot, le manque de profs, de médecins… Manque de bol, selon le FMI, la France figure parmi les moins endettés des pays riches.
Tremblez, simples mortels, le Fonds monétaire international (FMI) a sorti l’étude qui va vous terrifier : les dettes – celles des particuliers, des entreprises et des États – sont à un niveau record. Pas moins de 164 billions de dollars, c’est à dire 164 milliers de milliards. Autrement dit, un chiffre inaccessible à l’esprit humain, même à celui des experts du FMI.
Et, évidemment, la dette, c’est mal. Elle rend les États vulnérables, car que se passera-t-il demain si les taux d’intérêt, qui sont actuellement très bas, remontent ? Et comment faire face à la prochaine crise financière, dont on connaît tout, sauf la date ? La dette nous met des blocs de ciment aux pieds, elle nous lie les mains, vite, vite, vite; il faut redresser les comptes !
Et là, on se dit : mais le jeune Piketty n’a-t-il pas dit que les inégalités, ces dernières années, explosaient comme jamais ? N’y aurait-t-il pas moyen de gratter deux ou trois picaillons dans les poches de ces dames et messieurs très riches, riches, ou même juste vivant confortablement, si la situation est si grave ? Tut tut tut, ce serait trop simple. Par exemple, notre président n’aurait jamais fait perdre à la puissance publique chaque année 3 milliards en supprimant l’ISF, 4 milliards en réduisant la fiscalité sur le capital, et 2 milliards en réduction d’impôts sur les entreprises. En effet, procéder ainsi, ce serait creuser la dette de la plus bête des manières. Ah ! attendez, on me souffle dans l’oreillette que si, c’est exactement ce qu’il vient de faire.
Ce fait, invraisemblable, illustre l’idée mise en avant par Thomas Porcher dans son excellent dernier livre, Traité d’économie hérétique (Fayard), selon laquelle l’argument de la dette est « à géométrie variable« . Quand on veut casser le statut des cheminots parce qu’on le juge incompatible avec la « start-up nation », on fait le lien avec la dette de la SNCF – dont la responsabilité incombe en plus à l’État. En revanche, quand il s’agit de faire des cadeaux aux plus riches, ce qui est une perte pour l’État se transforme en recettes supplémentaires, les ultrariches désormais débarrassés de leur ISF allant 17 fois au restaurant par jour et achetant 22 voitures – toutes françaises – pour faire repartir l’économie. Alors que ces politiques ont été expérimentées à grande échelle aux États-Unis et au Royaume-Uni, et que toutes les études montrent qu’elles ont fait exploser les inégalités sans, bien évidemment, créer d’emplois.                 Certes, l’incohérence n’a jamais été un obstacle pour les hommes politiques, de l’ancien monde comme du nouveau, qui est, on l’aura noté, le même que le premier, en pire. Mais on se régalera quand même du graphique figurant page 9 du Fiscal Monitor du FMI, qui classe les pays en fonction de leur dette totale. Car ce graphique ajoute, à raison, à la dette publique les coûts liés au vieillissement prévisible de la population, en incluant les retraites et les frais de santé de nos « seniors ». Et là, les amis, ça dépote ! La dette du Japon atteint 300 % du PIB; pour les États-Unis, c’est 250 % et près de 200 % en Belgique…
Certes, comparer la dette au PIB est d’une débilité profonde, car c’est comme comparer votre emprunt immobilier sur vingt ans à votre revenu annuel. Ainsi, un couple gagnant 2 600 euros par mois peut tranquillement rembourser un prêt immobilier de 200 000 euros en vingt ans. Mais si on lui applique le même calcul qu’aux États, on écrira que sa dette représente… 625 % de ses revenus annuels ! Et on en déduira que sa situation est catastrophique, alors qu’elle est parfaitement saine. 
Mais le plus fort est, que dans ce tableau du FMI, notre belle France est le 23ème pays riche le moins endetté. C’est d’abord dû à notre démographie, moins désastreuse qu’ailleurs – un grand merci aux bébés et aux immigrés. Mais c’est aussi dû à notre système de retraite, beaucoup moins coûteux que toutes les assurances complémentaires privées, et qui, parce qu’il repose sur un transfert immédiat entre actifs et retraités, n’accumule aucune dette, ou très peu. Mince, mais alors, si on est moins endettés que les autres, il va falloir trouver un autre argument pour continuer à tout casser… Embêtant, ça.
Traité d'économie hérétiqueParution : 14/03/2018 /240pages /Format : / 35 x 215 mm /Prix imprimé : 18.00 €«
La dette publique est un danger pour les générations futures  », «  La France n’a pas fait de réformes depuis plus de trente ans  », «  Notre modèle social est inefficace  », «  Le Code du travail empêche les entreprises d’embaucher  », «  Une autre politique économique, c’est finir comme le Venezuela  »  ; telles sont les affirmations ressassées en boucle depuis plus de trente ans par une petite élite bien à l’abri de ce qu’elle prétend nécessaire d’infliger au reste de la population pour sauver la France.
Ces idées ont tellement pénétré les esprits qu’elles ne semblent plus pouvoir faire l’objet du moindre débat. C’est justement l’objet de ce livre  : regagner la bataille des idées, refuser ce qui peut paraître du bon sens, tordre le cou à ces prétendues «  vérités économiques  ».
Savez-vous qu’il y a eu plus de 165 réformes relatives au marché du travail depuis 2000 en France  ? Que nous avons déjà connu une dette publique représentant 200  % du PIB ? Que plus de la moitié de la dépense publique profite au secteur privé  ?
Dans ce traité d’économie hérétique, Thomas Porcher nous offre une contre-argumentation précieuse pour ne plus accepter comme une fatalité ce que nous propose le discours dominant.
 Thomas Porcher est économiste. Membre des Économistes atterrés, docteur en économie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est professeur associé à la Paris School of Business. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages notamment « Introduction inquiète à la Macron-économie » (Les petits matins)  et de publications dans des revues académiques internationales.
Économie en encore : Qui a dit que le gouvernement se désintéressait des ouvrièr-e-s, des employé-e-s, des veuves ? Loin de de ces clichés, Bruno Le Maire n’a pas hésité à garantir à des millions d’épargnants que, qu’il neige où qu’il vente, la rémunération de leur Livret A ne baisserait jamais en dessous de 0,5 %. Autrement dit, si vous avez placé 1 000 euros pendant 1 an, ce ne sont pas moins de 5, oui, 5 euros, qui vous seront versés à la Noël… on craint de nombreux excès.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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