Union européenne – Budget : moins de social, plus de canons

Charlie Hebdo – 09/05/2018 – Jacques Littauer –
L’Europe ne peut agir, car elle n’a ni gouvernement, ni budget suffisant. Facteur aggravant : quand elle prend des décisions, c’est pour privilégier la sécurité extérieure, au détriment de la cohésion interne. 
Certes, l’Union européenne a de l’argent, celui que les États lui reversent sur les impôts qu’ils collectent. Le problème, c’est que ce budget est minuscule : si le budget de la France représente 11 % du PIB de notre pays, celui de l’UE plafonne à seulement 1 % du PIB des Vingt-Sept. C’est toujours pour la même raison : les États beuglent leur « engagement européen » sur les plateaux télé, mais quand il s’agit de mettre la mai à la poche, il n’y a plus personne. Parce que chaque État veut pouvoir utiliser « ses » recettes fiscales pour « ses » électeurs.

Cette année, la quadrature du cercle était particulièrement carabinée avec le bye bye ! de mesdames et messieurs les sujets de sa Très Gracieuse Majesté, qui prive le budget communautaire de 10 milliards d’euros par an, sur un total de 160. Mais on est très fort, à Bruxelles, pour « faire plus avec moins », comme l’a déclaré Jean-Claude Juncker, étant entendu que cette maxime s’applique toujours aux autres, mais jamais à soi-même. Ainsi ce sont les deux seules politiques (un peu) correctrices du tout-marché qui ont été sacrifiées : la politique commune agricole (PAC) et la politique dite de « cohésion » qui consiste à rendre quelques miettes aux régions les plus pauvres.

Évidemment, ces deux politiques sont très insuffisantes, et même contre-productives, telle la PAC, productiviste favorisant les grandes exploitations, qu’il faudrait complètement réorienter dans un sens écologique et respectueux de la consommation des produits animaux. Mais ce n’est pas en lui coupant les budgets qu’elle y parviendra. Et qui ne voit la nécessité de renforcer les aides aux régions pauvres, afin d’avoir une chance d’éviter l’éclatement en cours du continent ? Tout le monde, sauf les fonctionnaires géniaux qui ont élaboré cette proposition de budget, celle-ci devant encore être votée par le Parlement et le Conseil (qui réunit les chefs d’États).
Mais de telles critiques sont infondées puisque, selon la novlangue bruxelloise, ces deux politiques sont « modernisées » afin de « rester efficaces avec moins de ressources« ; en outre – attention ! c’est très fort -, elles pourront même « appuyer de nouvelles priorités, la politique de cohésion participant à « l’intégration à long terme des migrants ». Donc on te donne moins de pognon, mais tu pourras en faire plus qu’avant. Si, si, promis.

Mais, bizarrement, le communiqué de la Commission du 2 mai dernier oublie de mentionner les grands gagnants de ce budget que sont les militaires. Comme vous le savez, à Charlie, nous ne sommes pas opposés à quelques formes de protection par des personnes en uniforme. Mais nous ne sommes par sûrs de nous réjouir de la création d’un Fonds européen de la défense, doté de 5,5 milliards d’euros par an, soit plus du double de ce que l’Europe dépense pour la mobilité des étudiants avec le programme Erasmus. Avec cet argent, les militaires vont pouvoir développer plein de chouettes technologies, comme les drones, les logiciels cryptés ou les « métamatériaux » (1). 
Mais les militaires, du moins les plus gradés, savent aussi compter. Comme le montre Lætitia Sédou, membre du Réseau européen contre le commerce des armes, les industriels de l’armement « bénéficient de subventions à hauteur de 125 % : 100 % du projet, plus 25 % de frais administratifs ». de même, les brevets issus des recherches financées par l’argent européen resteront aux mains des industriels, qui pourront donc dévider de transférer ces technologies à leurs clients (2).
Et, ce qui est sûr, c’est que les dépenses laissées à la discrétion des industriels ne remplacent pas une réelle politique de européenne de défense, qui se résume toujours à un sigle : l’Otan. surtout à la Commission comme dans les capitales, on ne semble toujours pas avoir compris que l’Europe était menacée au moins autant par l’implosion sociale et la montée de l’extrême droite que par le terrorisme.
(1) Les métamatériaux sont des matériaux artificiels assemblés de telle sorte qu’ils permettent d’obtenir des propriétés optiques qui ne sont pas présentes dans les matériaux naturels.
(2) Lobbying – Discrètement, l’Europe s’apprête à déverser des milliards d’argent public en faveur des industries de l’armement / par Anne-Sophie Simpere
L’Europe, initialement pensée comme un vecteur de paix, se prépare à subventionner allègrement, et sans conditions, les marchands d’armes. Les industriels de l’armement, omniprésents à Bruxelles, sont en train d’obtenir la création d’un « fonds européen pour la défense », malgré l’absence de véritable politique commune en la matière. Le but : faire financer leurs recherches par l’Europe, sans contrôle sur la prolifération des armes ainsi développées, telles que des drones ou autres systèmes de combat autonomes. Un discret tour de force qui est en train de transformer, encore un peu plus, la nature du projet européen.
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