Terrorisme – Attentats et fichés S: lutter contre le sentiment d’impuissance

L’édito de l‘Opinion 14/05/2018 par Remi Godeau
Tragique, la violence terroriste s’installe dans notre quotidien. Il faut s’y habituer. Il faut aussi s’acclimater aux lendemains d’attentats : la résilience de la population va de pair avec l’hystérisation immédiate de la classe politique. L’union nationale a vécu, place à la surenchère sécuritaire sur un air de déjà-vu. Les uns, pavloviens, réclament la démission du ministre de l’Intérieur. Les autres exigent toujours, malgré l’impossibilité constitutionnelle, l’internement préventif des individus les plus dangereux. D’autres encore se perdent dans une défense alambiquée d’expulsions systématiques des étrangers ou des binationaux, immédiate ou après déchéance de nationalité…
Caricatural et attendu, ce bal des postures peut bien sûr être daubé. Mais on aurait tort de refuser le débat sur l’objet de la polémique, ce fichier S qui, en somme, permet de savoir sans agir. Que nous dit cet outil de surveillance, qui a aussi permis de déjouer des attaques ? Il révèle une défaillance de l’analyse des signaux en temps réel, dommage collatéral du démantèlement du renseignement territorial. Il souligne la nécessité de mieux définir l’articulation entre administratif et judiciaire, car dans un Etat de droit un soupçon de dangerosité ne saurait valoir condamnation. Il interpelle sur la méthode et les moyens dans la lutte antiterroriste, les 12 000 signalés ne pouvant faire l’objet d’un suivi permanent.
Enfin, la polémique interroge sur le message des autorités à l’adresse de Français en demande de protection. Chaque tueur fiché S souligne en creux les insuffisances de l’Etat, les faiblesses du renseignement. Voilà pourquoi le gouvernement doit utiliser tout l’arsenal juridique, et le faire savoir, en matière d’expulsions, de poursuites… Pour ne pas laisser s’installer, même si le risque zéro n’existe pas, le sentiment d’impuissance.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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