Glaive – Cahuzac, le droit et la morale

L’Opinion 15/05/2018 Nicolas Beytout
L’édito  – Ainsi se referme un des plus grands scandales politico-financiers des dernières décennies : Jérôme Cahuzac a été condamné en appel à quatre ans de prison, dont deux ferme. On connaîtra bientôt l’épilogue de ce feuilleton, selon que sa peine sera ou non aménagée pour lui éviter d’aller en prison.
Il n’y a donc pas eu de surprise, la cause de l’homme politique déchu était entendue : à la honte d’être celui qui avait prétendu lutter sans relâche contre l’évasion fiscale, il avait ajouté une arrogance folle et une amoralité souveraine. Fraudeur, menteur, manipulateur. Coupable, forcément coupable.
Sauf qu’on ne connaîtra jamais vraiment les ressorts de ce jugement. Faudra-t-il retenir que sa peine a été allégée en appel ? Devra-t-on garder en mémoire l’implacable sévérité des attendus du jugement ? Ou faudra-t-il faire le tri, dans cette décision de justice, entre ce qui relève de la morale et ce qui relève du droit ? Pour avoir bafoué la morale publique, il avait été déshonoré ; pour avoir piétiné la loi, le voici condamné. Mais l’a-t-il été d’abord pour ses méfaits, ou pour l’exemple ?
Certes, la décision de la Cour d’appel arrive à point nommé, maintenant que la transparence est devenue vertu cardinale et que la moindre niche fiscale passe pour une fraude potentielle. Et puisque le personnel politique, suspect par nature, doit être plus blanc que la femme de César, marquer au fer le ministre félon servira de message bien au-delà du cas Jérôme Cahuzac.
Mais cela fait plus de deux cents ans que l’on s’efforce de séparer la morale et le droit, l’émotion et le jugement, tout comme la politique et la justice. C’est même l’une des conditions d’existence d’un Etat de droit. Cette frontière est ténue. Attention, pour faire un exemple, à ne pas trop la chahuter.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Justice, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.