Rupture – La CGT va défiler aux côtés de La France insoumise: un aveu criant de faiblesse…

L’Opinion 16/05/2018 Fanny Guinochet
Le syndicat sera le 26 mai prochain dans la rue pour une « marée citoyenne » aux côtés des formations politiques, dont celle de Jean-Luc Mélenchon. Une vraie révolution
Les faits – La CGT a appelé mercredi à manifester le samedi 26 mai aux côtés d’associations et, pour la première fois récemment, de partis politiques, en vue d’une «marée populaire» afin de dénoncer la politique d’Emmanuel Macron. «Compte tenu de l’urgence sociale, la CGT a pris la décision de construire cet appel avec d’autres organisations syndicales, associatives et politiques dans le respect des périmètres d’intervention et des prérogatives de chacune des organisations», peut-on lire dans un communiqué.
L’annonce a donc été rendue officielle. La CGT appelle à manifester le samedi 26 mai aux côtés de La France insoumise, EELV, NPA, le PCF… mais aussi d’associations comme Attac et la fondation Copernic, ou d’autres syndicats, comme la FSU. Le syndicat de Philippe Martinez appelle à « une marée populaire ». « Compte tenu de l’urgence sociale, la CGT a pris la décision de construire cet appel avec d’autres organisations syndicales, associatives et politiques », explique le communiqué. Avant d’ajouter : « La CGT reste ainsi fidèle à ses principes d’indépendance ».
Il n’empêche, cette décision de se rallier à une mobilisation – en week-end – décidée par des partis politiques est une petite révolution. Si certains en doutaient encore, c’est la preuve que la CGT ne se place plus uniquement sur la défense des salariés, et cherche à se positionner comme un opposant direct à Emmanuel Macron.
Soit un retour en arrière. Entre 1947 et les années quatre-vingt-dix, le Parti communiste français contrôlait tous les rouages du syndicat. Depuis, la CGT s’était – non sans mal – éloignée, au moins officiellement, de tout mouvement politique. C’est Louis Viannet, le patron de la CGT de 1992 à 1999 (décédé en octobre dernier) qui fut l’artisan de ce divorce. Non seulement, il démissionna des instances dirigeantes du PCF, mais il modifia en plus les statuts pour en retirer la notion de « syndicats de lutte des classes ».
Adepte du « syndicalisme rassemblé », Louis Viannet avait été celui qui avait repris contact avec la CFDT et avait contribué à sortir la CGT de son isolement. Son successeur, Bernard Thibault, avait suivi cette ligne, tentant de mêler négociation et contestation. La CGT s’était alors imposée comme un interlocuteur respecté dans le paysage social. Elle savait se faire entendre du gouvernement.
Extrême gauche. La CGT de Philippe Martinez rompt avec ce positionnement. Et, pour le numéro un du syndicat, c’est le signe d’un aveu de faiblesse patent. Dès son arrivée dans des conditions compliquées – après la succession ratée de Bernard Thibault et le bref passage de Thierry Lepaon à la tête de la centrale –, Philippe Martinez avait été taxé d’être trop proche de l’extrême gauche. Le choix de sa directrice de cabinet, Elsa Conseil, venue du NPA en était l’expression. Les militants les plus réformistes avaient d’ailleurs été éloignés des instances internes…
Mardi après midi, les débats autour de la journée du 26 mai, ont été vifs à Montreuil. Mais le vote a été sans appel : plus de 70 fédérations auraient estimé nécessaire d’être présentes dans les cortèges. Moins d’une dizaine aurait voté contre. Plusieurs dirigeants de fédération ont observé que loin de tout appel officiel, les adhérents CGT étaient déjà nombreux dans les mobilisations de La France insoumise ; le risque était que l’appareil soit dépassé par sa base. A Marseille, lors des dernières manifestations, le représentant local de la CGT s’était par exemple affiché main dans la main avec Jean-Luc Mélenchon, sans que personne n’y trouve à redire.

Philippe Martinez avait toutefois toujours refusé cette « alliance ». Il avait même cultivé la distance avec La France Insoumise qui n’avait eu de cesse de lui faire des appels du pied. Jean-Luc Mélenchon était autorisé à défiler lors des journées d’action de la CGT, mais il avait interdiction de figurer dans le carré de tête. Le syndicaliste avait aussi refusé de venir à «la fête à Macron», le 5 mai dernier, préférant se concentrer sur le 1er mai, lors de la fête du Travail.
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