Expérimentation animale : l’arnaque européenne

Charlie Hebdo – 23/05/2018 – Luce Lapin –

Le 3 mai dernier, les eurodéputés ont voté pour une interdiction mondiale des tests cosmétiques sur les animaux. Depuis le 11 mars 2013, ces tests sont interdits en Europe, y compris leurs ingrédients, et les produits cosmétiques testés sur des animaux dans d’autres pays sont interdits à l’importation. Mais qu’en est-il réellement ? Le point avec le Dr André Ménache, vétérinaire, directeur scientifique d’Antidote Europe.
Plus de tests en Europe, est-ce exact ?
Alors que les tests de cosmétiques sur des animaux sont officiellement interdits, les fabricants de cosmétiques exploitent des lacunes terminologiques pour obtenir les données manquantes requises. Normalement, il faut passer par onze tests différents afin d’obtenir une AMM (autorisation de mise sur le marché) pour un produit cosmétique. Or seuls quatre de ces tests ont été remplacés par des méthodes alternatives sans animaux. Étant donné que la plupart des substances entrant dans la composition des produits cosmétiques sont issues de l’industrie chimique, et que les tests sur les animaux sont largement approuvés dans ce domaine, cela permet aux fabricants de contourner l’interdiction.
Que penser du vote bienveillant des députés européens ?
Les eurodéputés sont dupes en ce qui concerne les astuces pratiquées par certains fabricants de cosmétiques. Tant qu’une interdiction totale n’est pas respectée en Europe, demander une interdiction mondiale est un non-sens. Antidote Europe exige une commission d’enquête parlementaire concernant l’expérimentation animale dans sa globalité, au vu des connaissances actuelles, qui remettent en question la fiabilité de tous les tests sur les animaux. Pourquoi se focaliser uniquement sur les produits cosmétiques ?
Historique
En 1980, le militant pour les droits des animaux Henry Spira place une annonce publicitaire d’une pleine page dans le périodique The New York Times avec la légende : « Combien de lapins Revlon rend-il aveugles au nom de la beauté ? » (1).
Dans l’année qui suit, Revlon fait don de $750.000 à un fonds pour la recherche sur les méthodes alternatives aux essais sur des animaux. Suivent des dons substantiels d’Avon, Bristol Myers, Estée Lauder, Max Factor, Chanel et les cosmétiques Mary Kay. Ces dons ont mené à la création du Centre pour les alternatives aux essais sur des animaux, aux États-Unis (1).
La directive du Conseil 76/768/CEE de 1976 relative aux produits cosmétiques entre en vigueur dans l’Union européenne (2).
Le septième amendement de la Directive Cosmétiques de 1976 interdit les essais de produits cosmétiques finis sur des animaux à partir de 2004 et interdit les essais d’ingrédients de produits cosmétiques sur des animaux à partir de 2009 (2).
REACH est le règlement européen pour l’enRegistrement, l’Evaluation, l’Autorisation et la restriction des substances CHimiques. Il est entré en vigueur en 2007, en remplacement du précédent cadre législatif sur les substances chimiques dans l’Union européenne (3.)
La loi européenne impose pas moins de onze essais de toxicité pour autoriser la commercialisation de produits cosmétiques. Seuls quatre essais sans recours à l’expérimentation animale sont disponibles (4). Donc, notre question est : les animaux sont-ils utilisés dans les autres sept essais ? Alors que les tests de cosmétiques sur des animaux sont officiellement interdits, les fabricants de cosmétiques exploitent des lacunes terminologiques pour obtenir les données manquantes requises. La plupart des substances entrant dans la composition de produits cosmétiques sont des substances chimiques industrielles (lesquelles, en conformité avec le règlement REACH, sont normalement toutes testées sur des animaux). Ainsi, ces substances entrant dans deux catégories d’utilisation (cosmétique et industrielle) peuvent toujours être testées sur des animaux. En réalité, l’industrie cosmétique pratique des essais sur des animaux sous couvert d’une autre législation.
Le recours à des essais sur des animaux est même autorisé par les directives Cosmétiques dans certaines circonstances, par exemple pour satisfaire aux exigences de santé et de sécurité des employés de l’industrie cosmétique (5).
D’après les chiffres publiés par la Commission européenne, le nombre de vies animales épargnées chaque année suite à l’application de la Directive Cosmétiques serait d’environ 5000. Ce chiffre représente moins de la moitié du un pour cent des environ 12 millions d’animaux utilisés annuellement pour des expériences dans l’Union européenne (6, 7).
Références
1. https://en.wikipedia.org/wiki/Henry_Spira
2. https://en.wikipedia.org/wiki/Cosmetics_Directive
3. https://ec.europa.eu/growth/sectors/chemicals/reach_en
4. https://www.cosmeticseurope.eu/files/1215/0245/3923/Non-animal_approaches_to_safety_assessment_of_cosmetic_products.pdf
5. https://echa.europa.eu/documents/10162/13628/reach_cosmetics_factsheet_en.pdf
6. http://www.vier-voeters.nl/files/the_Netherlands/campagnes/proefdieren/factsheet_laboratory_animals.pdf
7. http://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=CELEX:52007DC0675&from=EN

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