Jean Ziegler : « On ne peut ni amender, ni réformer le capitalisme »

Là-bas s’y j’y suis – 29/05/2018
-Camarades esclaves, exigeons des boulets moins lourds, demandons des chaînes plus longues, réclamons une réduction des coups de fouet ! Ou bien Camarades, levons-nous, prenons les armes et pendons les tyrans. Vous souriez ? Oui, mais la question est toujours : réforme ou révolution ?
Aujourd’hui, le capitalisme domine le monde. Progrès éblouissants, puissance créatrice, vitalité stupéfiante, la planète croule sous les richesses mais jamais les inégalités n’ont été aussi violentes, jamais l’environnement n’a été aussi saccagé, jamais aussi peu d’hommes n’ont confisqué autant de richesses au détriment de la majorité… Tout ça, nous le savons, tout ça, nous le voyons. Alors que faire ? Réforme ou révolution ? Lutter pour un capitalisme à visage humain ou faire exploser cet ordre cannibale ? Jean Ziegler le répète : « j’appartiens au camp des ennemis du capitalisme. Je le combats. [1] » Peu d’hommes sont aussi clairs aujourd’hui, aussi déterminés. Il explique pourquoi à sa petite-fille Zohra, en espérant qu’elle en verra la fin.

Un entretien de Daniel Mermet avec Jean Ziegler, auteur du livre Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu’elle en verra la fin) (Le Seuil, 2018).

Qui est cet ogre animé par un ordre cannibale qui broie la vie de milliards d’êtres humains, accroit comme jamais les inégalités et la misère, épuise la planète, plonge dans la déprime les populations, aggrave les replis identitaires sous l’effet de la dictature du marché ? Cet ogre c’est le capitalisme qu’il faut tuer comme l’hydre à plusieurs têtes. Par le truchement d’un dialogue avec sa petite-fille Zohra, Jean Ziegler, ancien rapporteur pour l’ONU pour le droit à l’alimentation et actuel vice-président du comité consultatif du Conseil des Droits de l’homme, en appelle à une insurrection qui renversera ce système économique dictatorial. « Quand viendra-t-elle ? », demande la petite-fille. « Personne ne le sait », répond le grand-père, « mais elle est proche ». Parce qu’elle est inéluctable.

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